II. — LA CONFEDERATION FRANÇAISE DES TRAVAILLEURS CHRÉTIENS
La Confédération Française des Travailleurs Chrétiens (C. F. T. C.) est en France le groupement le plus important des syndicats indépendants ; sa création est de date relativement récente puisqu'elle remonte au mois de Novembre 1919. Sans doute, le syndicalisme chrétien existait bien auparavant dans notre pays, mais les groupements comme la Corporation de la Soierie Lyonnaise à Lyon ou comme le Syndicat des Employés de Commerce et de l'Industrie, à Paris, demeuraient sans liaison entre eux, et se trouvaient ainsi dans l'ira-
(1) Abel Etienne, op. cit., p. 21.
possibilité de donner au mouvement syndicaliste chrétien uncf impulsion capable d'en assurer le développement.
L'union était nécessaire pour remédier à cet état de choses et c'est ainsi, qu'en Mars 1919, à l'issue d'une réunion internationale de travailleurs chrétiens, assemblés lors de la conférence de la paix, fut institué, à l'instigation du Syndicat des Employés et sur les inspirations du Secrétariat Social de Paris, un « Comité Fédéral » : quelques mois plus tard, de l'action de ce Comité, naissait la Confédération Française des Travailleurs Chrétiens (1).
Le but de la C. F. T. C. est de créer en France un mouvement d'ensemble du syndicalisme chrétien ; son programme comporte une série de réformes dont elle entend poursuivre la réalisation dans l'ordre moral, dans l'ordre économique et dans l'ordre social, en s'inspirant par dessus tout de la doctrine définie par Léon XIII dans son Encyclique sur : « La Condition des Ouvriers ».
La C. F. T. C. considère l'homme comme l'élément essentiel de la production dont il est à la fois la cause et le but ; elle estime que les conditions dans lesquelles s'effectuera la production doivent permettre le développement normal de la personnalité humaine, par la juste satisfaction de ses besoins matériels, intellectuels et moraux, dans l'ordre individuel, familial et social.
Catholiques avant tout, ses dirigeants veulent donner aux travailleurs chrétiens le moyen de défendre leurs droits légitimes tout en sauvegardant leur conscience et leur foi, car ils sont convaincus que la paix sociale ne sera réalisée que par l'application des principes de justice et de charité chrétiennes dont leurs actes s'inspirent. Et c'est pourquoi, dans le développement de l'action syndicale et dans la poursuite des revendications professionnelles, ils veillent à ce que les principes de la doctrine évangélique soient maintenus et que la foi de leurs membres soit sauvegardée, sans se préoccuper toutefois de la formation religieuse de ces derniers.
C'est là un des points qui les distinguent essentiellement des membres des Cercles Catholiques d'Ouvriers. « Le Syndicat n'est pas et ne peut pas être une œuvre de persévérance reli-
(1) Il convient de noter que si la réunion internationale de 1919 a eu une influence importante sur la création de la C. F. T. C., dès 1908, le Syndicat des Employés du Commerce et de l'Industrie de Paris, avait pris l'initiative de réunir annuellement les représentants des Syndicats chrétiens d'employés, d'ouvriers, et féminins de France, et que de cette initiative était née en 1913, la Fédération des Syndicats d'Employés Catholiques. Il est vraisemblable que, sans la guerre, la Confédération aurait été fondée dès 1914 — et au plus tard en 1915.
gieuse, il est et doit rester légalement une association professionnelle librement et exclusivement dirigée par des professionnels » (1).
C'est en dehors du syndicat et parallèlement à lui que cette formation morale se poursuivra ; il n'est pas douteux que les travailleurs qui auront reçu une forte éducation chrétienne, assureront aux organisations syndicales, un recrutement de choix dont leur action ne pourra que bénéficier.
Au cours du cinquième Congrès national que la C. F. T. C. tenait à Paris en 1924, M. Zirnheld, son président, ne manquait pas de dénoncer l'immoralité grandissante qui sévissait dans tous les rangs de la société, et il signalait, notamment, dans les milieux économiques l'oubli de la notion du juste prix et du juste bénéfice, la méconnaissance de l'autorité et de la notion de la propriété.
(( La nécessité des disciplines morales, ajoutait-il, est à ce point incomprise que trop de travailleurs se refusent à accomplir leur devoir professionnel et que trop de chefs d'entreprises proclament que la religion et la morale n'ont rien à voir avec l'économie. »
Or, pour la C. F. T. C. la morale chrétienne s'impose aux nations comme aux individus, aux hommes politiques comme aux simples citoyens, aux hommes d'affaires comme aux ouvriers. Il faut rappeler ces principes car « le salut de notre pays n'est pas dans une concurrence d'enrichissement ou d'ambition, il est, avant tout, dans l'émulation du sacrifice » (2).
Pour aider à la réalisation de ce salut, la C. F. T. C. demande à ses membres de s'attacher à remplir les devoirs que la société professionnelle et civile leur impose ; en demeurant fidèles aux principes de leur foi, ils aideront à promouvoir cet ordre chrétien sans lequel il est impossible de réaliser la paix dans la justice.
La perturbation qui règne dans l'ordre moral règne également dans l'ordre économique. « Le relâchement des lois économiques qui paraissent les plus intangibles, l'oubli des principes financiers les plus éprouvés, et surtout l'habitude prise d'atteindre le but sans se soucier des moyens, ont entraîné le double fléau de la spéculation et de la vie chère » (3).
L'intérêt général est battu en brèche par l'intérêt de puissants groupements économiques ; pour essayer de donner à
(1) Zirnheld Le Passé et l'avenir de la Confédération Française des Travailleurs Chrétiens, p. 4.
(2) Déclaration de M. Zirnheld au Congrès national, 1924.
(3) Déclaration de M. Zirnheld au Congrès National 1924.
réconomie son équilibre disparu, des mesures s'imposent, et,, parmi celles-ci, la G. F. T. G. préconise : le rétablissement et l'application rigoureuse d'une loi sur la spéculation et le bénéfice illicites, la protection des organismes coopératifs qui permettent aux consommateurs de se libérer de la tyrannie des mercantis, la réforme des tarifs douaniers et des traités de commerce, en vue de rétablir l'échange international des produits et de supprimer la protection exagérée de certaines industries, ce qui a souvent pour effet de paralyser l'initiative et l'effort des intelligences et des volontés, l'application rapide de la loi Astier sur l'enseignement professionnel permettant à l'ouvrier de développer ses aptitudes professionnelles, une sévère économie dans l'emploi des ressources du pays, une politique commerciale et coloniale qui libère la France autant que possible de la tutelle étrangère, une politique financière et économique permettant de donner à l'outillage national le développement indispensable, enfin, une réforme complète de la fiscalité répartissant équitablement le poids des impôts en tenant un large compte des charges de famille.
L'ordre social ne pourra être établi que lorsque le travail occupera dans la société la place qui lui revient et lorsque l'organisation professionnelle, qui est la condition première de la paix sociale, aura établi entre les forces de la production, l'équilibre nécessaire à la réalisation de la justice.
Les réformes proposées par la G. F. T. G. découlent de ce principe que le travailleur n'est pas une machine, que son travail n'est pas une marchandise, mais l'acte de sa libre volonté et de son intelligence, que sa valeur est faite d'éléments divers, qu'elle est indépendante du résultat qu'on tire du produit et que l'insuffisance de ce résultat ne saurait en aucun cas la faire diminuer.
Et c'est pourquoi à compétence et à consciences égales, elle réclame que le travail du père de famille soit rémunéré plus que celui du célibataire et proportionnellement à l'importance de sa famille ; elle estime qu'il vaut mieux, pour l'économie nationale, favoriser le développeinent de la famille française que de faire appel à la main-d'œuvre étrangère ; elle pense que les besoins de la famille ne doivent pas être subordonnés aux conditions de rétribution et d'accomplissement du travail mais que ce sont ces besoins qui doivent déterminer l'établissement de ces conditions mêmes.
Elle demande au Parlement : l'obligation légale des allocations familiales repoussées par le syndicalisme révolutionnaire, avec le maintien du principe de la compensation ; le maintien et l'application progressive de la loi de huit heures^
et la ratification des projets de conventions adoptes par les conférences internationales du. Travail sur la journée de huit heures, et notamment par celle de Washington ; la réalisation progressive dans les services publics comme dans les entreprises privées du repos hebdomadaire et collectif fixé au dimanche et complété par la semaine anglaise ; la constitution du logis familial et non pas seulement du logis ouvrier, car le bon état physique et moral de la main-d'œuvre et de la race, ainsi que leur développement, sont intimement liés à l'insuffisance où à l'aisance du logis familial ; le vote rapide du projet de loi sur les assurances sociales tel qu'il a été adopté par la Chambre des Députés.
L'organisation professionnelle a pour base le droit syndical; ce droit doit être non seulement reconnu par la loi, mais il doit pénétrer dans les mœurs. Les pouvoirs publics doivent donc solliciter et écouter les avis émanant des représentants réguliers des organisations syndicales et faire appel à leur concours quand ils créent des' organisations destinées à l'étude des questions d'oirdre économique ou social.
Selon la C. F. T. G., cette organisation professionnelle devra comprendre, en dehors des groupements syndicaux, des conseils mixtes du travail , locaux et régionaux chargés d'étudier et de mettre au point les questions générales intéressant la production, d'entériner les conventions collectives du travail, et d'assurer dans le détail l'application des lois sociales ; une inspection du travail chargée de surveiller l'exécution des lois, règlements et conventions du travail ; une juridiction professionnelle à tous les degrés qui aurait à connaître, à concilier ou à juger, avec toutes les garanties de compétence et d'indépendance nécessaire, les conflits nés à l'occasion du travail ; enfin, au sommet de la hiérarchie, non pas un Sénat professionnel, mais une sorte de conseil d'Etat économique, à chambres professionnelles mixtes pourvues de conseillers juridiques, ayant en matière de législation économique et sociale le droit d'avis, le droit de rédaction définitive et l'interprétation des lois et même le droit d'initiative.
En attendant la constitution définitive de cette organisation dans laquelle s'épanouira l'organisation professionnelle, la C.F.T.C. poursuit l'extension de la juridiction prud'hommale, l'organisation légale des conseils de conciliation et d'arbitrage et l'établissement de conventions collectives, car à la différence des syndicats révolutionnaires, elle estime que la signature donnée est une base d'équilibre puisqu'elle engage et oblige en conscience ceux qui l'ont donnée.
Telles sont les réformes que réclament les dirigeants de la C. F. T. G. dans l'ordre moral, économique et social.
La G. F. T. G. est juridiquement une union de syndicats professionnels constituée conformément aux dispositions des lois du 21 Mars 1920 (1).
Elle comprend deux sortes de groupements :
1° Les Fédérations Nationales qui sont constituées par l'ensemble des syndicats de travailleurs exerçant la même profession ou appartenant à un même type d'industrie ; ces Fédérations sont au nombre de neuf (cheminots, employés, enseignement libre, métallurgie, mineurs, textile, vêtement, établissements militaires, arsenaux de la marine) ;
2° Les Unions Régionales ou locales inter-professionnelles qui rassemblent tous les syndicats d'une région économique déterminée, ville, canton, arrondissement ou département.
Ges Unions sont au nombre de 23' ; au 30 Avril 1925 les groupes affiliés s'élevaient à 800 environ, groupant plus de 100.000 adhérents (2).
Un Gongrès annuel des syndicats a lieu à Paris au cours duquel est nommé un Bureau qui administre la Gonfédération.
La nécessité qui s'impose aux travailleurs d'internationaliser leur action a amené la G. F. T. C. à s'affilier à la Gonfédération Internationale des Syndicats chrétiens, dont le siège est à Utrecht et qui groupe près de 4.000.000 de travailleurs appartenant à douze pays différents.
On a reproché à la G. F. T. G. les manifestations de son internationalisme social en prétendant qu'elles pouvaient avoir de graves conséquences au point de vue patriotique, et au point de vue de l'économie nationale. Ges critiques ne semblent nullement fondées et les craintes qui les inspirent paraissent bien chimériques : au point de vue patriotique, en effet, le danger n'apparaît pas, puisque les statuts de l'Internationale des syndicats chrétiens reconnaissent l'autonomie entière des organisations nationales et prévoient que les décisions de principe, non votées à l'unanimité ne seront pas applicables aux organisations dissidentes ; on ne peut guère reprocher de plus aux ouvriers de se syndiquer internationalement surtout au moment où les chefs d'entreprise constituent d'énormes consortiums économiques, autrement dangereux pour l'économie nationale que les groupements d'ouvriers.
La G. F. T. G., à ses débuts, n'a pas été accueillie avec un enthousiasme bien grand ni par les éléments patronaux, ni par le syndicalisme révolutionnaire.
Cette attitude pleine de réserve observée à son encontre par
(1) Le siège social est à Paris, 5, rue Cadet.
(2) Exactement 101.276 adhérents.
le patronat peut s'expliquer dans une certaine mesure, par la suspicion dans laquelle ce dernier tient encore les syndicats La C. F. T. C. s'est attachée à dissiper ses préventions en s'efforçant de faire connaître et mieux apprécier l'ouvrier français ainsi que ses aspirations légitimes.
Depuis la guerre, où certains « se sont haussés à la dignité de chefs », les travailleurs, trop longtemps méconnus ou tenus en tutelle, ne veulent plus qu'on les croie incapables de réflexion, de jugement et de personnalité et qu'on les mette au rang de vulgaires serviteurs : certains sont dignes de devenir des collaborateurs.
La C. F. T. C. se préoccupe, dans ce but, de développer la valeur et la conscience professionnelle de ses adhérents ; si elle leur enseigne leurs droits, elle leur indique également quels sont leurs devoirs : elle voudrait, qu'en retour, le patroarrière-pensée, les sacrifices qu'exige de sa part le rétablisnat prît conscienoe de ses devoirs et qu'il acceptât, sans sèment de l'équilibre social.
Les groupements révolutionnaires ne lui ont pas réservé un meilleur accueil ; la C. G. T. « considéra avec quelque mépris le nouvel arrivant » et avec la C. G. T. U. elle ne put accepter l'idée qu'un autre groupement eût la prétention de représenter la classe ouvrière française et d'en défendre les revendications.
La C. F. T. G. a fini par triompher des résistances et des hostilités inévitables de la première heure et elle est parvenue à forcer les portes qui lui demeuraient obstinément fermées. On peut dire qu'aujourd'hui elle a acquis droit de cité dans la famille syndicaliste française ; ses représentants, en effet, ont accès dans les comités paritaires, dans les offices de pupilles, dans les conseils de prud'hommes, au Conseil Supérieur du Travail, au Conseil Supérieur de l'Enseignement technique, et au Conseil Supérieur des Chemins de fer.
Le 11 Avril 1925, au lendemain de la chute du Cabinet Herriot, le Journal Officiel publiait deux arrêtés, datés du 9, réglant certaines conditions de fonctionnement du Conseil National Economique ; parmi les organisations pouvant déléguer des représentants à ce nouveau conseil, la Confédération des Travailleurs chrétiens était mentionnée dans la catégorie du « Travail salarié » section commerce, comme ayant droit à un délégué et deux suppléants. N'est-ce pas là la reconnaissance de la place conquise en France par le syndicalisme chrétien ?
Ces résultats sont, en quelque sorte, la conséquence de l'attitude prise par la C. F. T. C. dans le syndicalisme actuel.
Vis-à-vis des éléments patronaux elle a toujours soutenu
avec énergie les justes revendications des travailleurs, mais, en retour, elle exige de ces derniers la scrupuleuse exécution de leurs devoirs et la loyale exécution de leurs engagements lorsqu'une convention est établie.
Comprenant la nécessité de réformer le syndicalisme ouvrier, elle bannit de son organisation toute manifestation d'ordre politique et entend cantonner son action uniquement sur le terrain professionnel où elle offre aux organisations patronales une loyale collaboration.
Vis-à-vis des ouvriers, non seulement la C. F. T. C. s'efforce de parfaire leurs connaissances et leurs aptitudes professionnelles en créant des cours techniques, en mettant à leur disposition des bibliothèques, en publiant des journaux et des bulletins corporatifs, mais encore elle est animée d'un souci d'organisation pratique dont il est intéressant de signaler les manifestations. C'est ainsi que le syndicat des Employés de Paris possède un restaurant coopératif qui donne mille repas par jour, et une coopérative qui fait plus de 5 millions d'affaires chaque année. Le syndicat a créé une caisse de secours, une caisse de chômage, une caisse de défense professionnelle, une organisation de villégiature à bon marché ; il est propriétaire de l'immeuble où sont installés ses services et qui a été acquis uniquement avec les revenus provenant des souscriptions de ses adhérents.
De nombreux syndicats de Paris et de province imitent son exemple. « Nous estimons que cette façon pratique de matérialiser nos sentiments de charité est la meilleure manière à employer pour maintenir la fidélité de nos adhérents, et qu'elle sera, tôt ou tard, pour les travailleurs, à l'heure actuelle encore égarés par des doctrines à réalisation lointaine, sinon chimériques, un exemple et un attrait qui les ramènera vraisemblablement dans le chemin de la vérité.
« Sur ce point encore, nous croyons perpétuer et réaliser les idées du Comte de Mun » (1).
Quelles que soient les oppositions de doctrine ou les divergences de vues qui la séparent des organisations révolutionnaires, la C. F. T. C. estime, toutefois, qu'il y a des intérêts communs et des revendications identiques, et que, lorsque ces intérêts sont en jeu, et que ces revendications sont justifiées, la charité, comme la justice, nécessitent l'union. « La solidarité ouvrière, déclare M. Zirnheld, ne saurait nous détourner du respect de l'intérêt général ». Mais il s'empresse d'ajouter : « l'injustice imméritée de certaines situations sociales ne saurait nous amener à admettre la lutte des classes ; l'imperfec-
(1) Lettre de M. Zirnheld, président de la C.F.T.C. à l'auteur.
\\ tion du régime économique actuel ne saurait légitimer à nos yeux ni la violence, ni la spoliation, ni la révolution » (1).
Et c'est pourquoi bien que les démarches pacifiques soient le moyen normal et habituel de son action, il lui est arrivé, cependant, pour la défense d'un droit certain et méconnu, de recourir à la grève, notamment en prenant part aux grèves des banques de Toulouse et de Paris, en 1919 et 1925, aux grèves du textile de Roubaix-Tourcoing et d'Alsace, en 1921,
Par contre, elle s'est opposé aux mouvements de grèves politiques et révolutionnaires fomentés en 1919, en 1920 et en 1925, soit par la Confédération générale du travail, soit par la Confédération unitaire : en prenant nettement position contre ces mouvements, elle a notablement contribué à leur échec. Rendant hommage à son attitude, M. Millerand adressait, en 1920, à son Président cet éloge : « Vous avez été un point de cristallisation pour les forces honnêtes du pays ».
Si la Confédération Française des Travailleurs Chrétiens n'est pas une création personnelle et immédiate d'Albert de Mun, elle n'en constitue pas moins le summum du succès obtenu par sa pensée sociale. Tout son programme d'ordre social est déjà dans Albert de Mun, et si elle devient en France, à l'heure actuelle, une des plus grandes forces économiques, c'est parce que, précisément, fidèle à la doctrine de son inspirateur, elle veut que le syndicalisme ouvrier soit avant tout l'expression d'une organisation professionnelle inspirée par les principes évangéliques, soucieuse de l'accomplissement intégral des devoirs et gardienne énergique des justes droits.
C'est bien en disciple d'Albert de Mun que M. Zirnheld a pu ainsi définir le rôle des dirigeants de la Confédération : « Nous voulons être dans notre pays les chefs d'un mouvement syndical largement animé d'esprit chrétien, fortement imprégné de la doctrine catholique, opposant aux entreprises d'égoïsme, de haine oui de révolution, de quelque côté qu'elles se dressent, la double barrière d'une justice égale pour tous et d'une charité prête à se prodiguer à tous » (2).