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IV. L ACTION POPULAIRE

La création de l'Action Populaire (A. P.) est due à l'intelligente initiative d'un religieux, le P. Leroy, qui, convaincu comme Albe-rt de Mun de la nécessité qui s'imposait aux catholiques de se consacrer à l'activité sociale, comprit tout le parti que ces derniers pouvaient tirer de la liberté d'association que leur apportait la loi de 1901 pour constituer des groupements sur tous les terrains.

L'A. P., qui fut fondée en 1903, s'attacha dès ses débuts, à

(1) Terrel, op. cit., p. 65.

(2) LoRiN. Leçon inaugurale. Semaine Sociale d'Orléans, 1905.

susciter et à lancer les bonnes volontés ; pour les déterminer à l'action, elle utilisa la force de l'exemple et publia des biographies ; pour leur expliquer la tâche à accomplir, elle fit paraître quelques monographies et quelques études doctrinales.

Lorsqu'elle fut parvenue à déterminer un courant d'activité, elle se rendit compte de la nécessité de l'entretenir en mettant à la disposition de ceux qu'elle avait décidés à se dévouer, une documentation sociale plus approfondie et une source d'information plus complète.

Et c'est ainsi que sous la poussée des circonstances se précisa sa tâche éducatrice : à l'heure actuelle, l'Action Populaire s'applique à préparer une phalange de chefs et à promouvoir les idées et les organisations sociales ; en plein accord avec les autres centres d'influence sociale catholique elle travaille à la restauration de l'ordre social chrétien.

L'A. P. est un véritable laboratoire intellectuel qui s'efforce de mettre au point et de diffuser « les études théoriques, les méthodes d'action et les types de réalisation les plus propres à seconder l'action sociale ». Elle constitue donc, comme on le voit, mais à un degré supérieur, une sorte de Secrétariat social disposant de moyens plus puissants et se livrant à des travaux plus scientifiques qui lui permettent d'accroître en surface et en profondeur le champ de son activité.

Le bilan de cette activité est particulièrement intéressant à établir pour la période comprise entre la date de sa fondation et le mois d'août 1914 : l'A. P. a publié, au cours de ces dix années, plus de 300 brochures tirées chacune à 5.000 exemplaires et parfois à 20.000 ; 117 autres brochures (45 sociales, 41 religieuses, 31 diverses); 59 livres dont les tirages ont atteint les 6® et 10® mille ; 4 volumes d' « Années Sociales Internationales )) ; des tracts, des almanachs, des feuilles populaires tirées à plusieurs millions.

Enfin trois périodiques : Le Mouvement Social (l'ancienne Association Catholique), revue d'études sociologiques supérieures ; La Revue de l'Action Populaire, combinée avec la Revue des Cercles d'Etudes et la Revue Syndicale, pour les dirigeants des organisations ; Peuple de France, pour la masse.

L'A. P., dont les bureaux étaient installés à Reims, a subi, dès le début de la guerre, le désastreux effet du bombardement ; les obus incendiaires détruisirent, en effet, vers le milieu de septembre 1914, l'immeuble qui abritait ses archives, sa bibliothèque et ses collections. « Là où deux mois plus tôt bourdonnait la ruche active, l'agression allemande

ne laissa que des cendres, des gravats et ces pans de murs désolés... »

Mais « l'âme de l'Action Populaire a survécu au désastre » et aujourd'hui elle a repris sa tache après s'être installée à Vanves (1).

L'A. P. comprend comme élément d'action, une direction, une rédaction, une section juridique et un secrétariat, ou bureau de renseignements.

Le fonctionnement de la rédaction est assuré par quatorze prêtres ou laïques qui, suivant leur compétence, se chargent des travaux destinés aux périodiques ou aux livres en préparation ; trois docteurs en droit s'occupent de la section juridique.

L'Action Populaire possède comme outillage une importante bibliothèque particulièrement riche en ouvrages de sociologie et d'économie politique ; son originalité consiste dans la diversité des journaux et des revues de toutes langues et de tous formats qu'elle reçoit et dont le nombre dépasse plusieurs centaines. Cet outillage est mis en œuvre dans les tracts, les ouvrages et les périodiques qui sont publiés.

L'A. P. possède actuellement deux périodiques : Les Dossiers, qui, sous une forme nouvelle, ont remplacé l'ancienne Revue de l'A. P. d'avant-guerre, et Peuple de France qui est une revue populaire visant à la formation sociale des élites populaires. Elle publie, en outre, par fascicules distincts, traitant successivement des divers organisations, un Manuel de Pratique Sociale, que complètent pour l'enseignement doctrinal de la sociologie les Archives du Manuel Social.

Enfin l'A. P. dispose comme instrument de diffusion d'un service des publications, d'un service de la documentation et d'un service de la propagande orale.

Le service des publications comprend l'administration générale, la propagande, le service de la publicité et des expéditions ; le service de la documentation est constitué par le bureau de renseignements qui, appuyé par la section juridique, se tient à la disposition des abonnés aux revues pour leur fournir non seulement des renseignements mais des conseils techniques, des consultations de droit, des directives morales et même des plans d'études et d'action.

Le service de la propagande organise des conférences, des leçons, et des visites en France et même à l'étranger, dans les milieux les plus divers : patrons, agriculteurs, ouvriers et employés, grands jeunes gens des lycées et collèges, chefs syndicaux des deux sexes, public des semaines sociales et des con-

(1) 15, rue de Paris, Vanves (Seine).

grès, clergé, élèves des grands séminaires, etc.. ; cet enseignement oral a pour but de vulgariser l'enseignement écrit.

Plusieurs comités tels que le bureau directeur des Semaines sociales et de l'Union internationale d'études sociales, de la C F. T. C. n'hésitent pas à faire le plus large appel à son concours.

Comme on le voit, l'Action Populaire est un chantier bouillonnant d'activité ; les résultats obtenus par elle, s'ils ne peuvent se nombrer, n'en sont pas moins féconds et l'on comprend que M. Cornilleau ait pu dire au Collège Libre des sciences sociales en 1921. « L'Action Populaire représente un effort de documentation, d'information et de propagande qui force le respect et l'admiration. C'est une œuvre unique ; il n'en existe pas de semblable ni même d'analogue à l'étranger. Par ses enquêtes, par ses monographies, par sa documentation minutieuse et abondante, par l'ensemble de son œuvre d'enseignement presque technique et de renseignements sévèrement contrôlés, l'Action Populaire qui a accompli ce travail formidable dans le silence, et pour ainsi dire dans l'anonymat, a rendu à la cause catholique et aux idées sociales un service comparable à celui que les moines du haut moyen-âge ont rendu à la civilisation en conservant, en transcrivant et en nous léguant les trésors intellectuels de l'antiquité » (1).

Ainsi donc, Albert de Mun n'a guère fait qu'une création qui puisse s'individualiser : l'Œuvre des Cercles Catholiques d'ouvriers. Mais celle-ci présente une valeur incontesiable comme expression et comme point de ralliem.ent d'un mouvement d'idées : ces idées se sont répandues dons une quantité d'œuvres contemporaines ; celle qui se trouve la plus intimement reliée à de Mun, est l'Association Catholique de la Jeunesse française, dont il a été l'instigateur.

Ces deux œuvres ont formé autour de lui comme une sorte d'école et ont servi' par le canal de leurs groupes et de leurs fondations à diffuser et à propager ses doctrines sociales ; elles ont ainsi permis au catholicisme social de prendre plus solidement racine dans notre pays et de s'y développer magnifiquement.

(1) Nous nous faisons un devoir de rendre hommage à VAction Populaire qui a bien voulu mettre à notre disposition une documentation bibîiograph'que très précieuse et nous donner, pour nos travaux, des conseils et des directives dont nous avons apprécié le prix. Nous tenons à lui en exprimer ici notre reconnaissance la plus vive.

La répercussion des idées sociales d'Albert de Mun s'est produite en quelque sorte par cascades ; sans doute il convient de ne rattacher qu'assez indirectement à lui comme à leur cause, les organisation actuelles que nous avons citées : Confédération Française des Travailleurs Chrétiens, Secrétariats Sociaux, Semaines sociales, Action Populaire. Toutes ces œuvres sont le fruit d'une poussée d'évolution que commandait tout un ensemble d'actions concomitantes, principalement l'acte souverain de Léon XIII traduit dans l'Encyclique Rerum Xovarum, mais peut-on dire qu'elles seraient nées et qu'elles se seraient épanouies d'une façon aussi splendide sans la diffusion des idées d'Albert de Mun ?

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