‹ L'œuvre sociale d'Albert De MunChapitre 5 sur 49 · II. — DE coux · texte numérisé non relu

II. — DE coux

De Coux est l'économiste le plus marquant de l'Ecole de VAvenir. Il se signalera principalement par une critique sévère de l'école libérale et, dénonçant le mal social à son tour, il indiquera la voie dans laquelle il conviendra de s'engager pour en trouver le remède.

L.' Avenir considérait l'économie politique comme une science de la plus grande importance. Dès l'origine, cette science avait été une arme aux mains des philosophes ; leurs disciples l'avaient tournée contre l'Eglise. Ils déclaraient qu'entre la religion et les progrès de la science nécessaires au bonheur de l'humanité, il y avait une incompatibilité absolue. « Les questions qui dépendent de l'économie politique, écrira de Coux, ont été toutes résolues dans un sens anticatholique.

(1) (;. GoYAu. ÀHtoiir du Catholicisme social. T. I, p. 43.

(2) Spuller. Op. c, p. 35G.

Comme elle est en réalité la théologie des intérêts matériels, les chrétiens l'ont oa dédaignée ou délaissée » (1).

Pour sa part, il ne saurait admettre que « la religion entrave le développement de notre perfectibilité sociale ». C'est l'absence de principes d'ordre qui a permis la création de l'économie politique, qui est « une sorte de physiologie sociale, étrangère à toute croyance et limitée par cela même aux seules combinaisons qui se résolvent en écus ». Ainsi dépouillée de toute préoccupation d'ordre moral, elle « s'est consacrée uniquement à la police du commerce » (2). Say, Smith, Sismondi ont négligé l'homme, et, « étalant devant les peuples toutes les richesses de l'industrie », ils n'ont songé qu'à la production sans se préoccuper de la distribution de ces richesses.

Le résultat a été de «subordonner l'aisance du prolétaire à la splendeur des favoris de la fortune... d'accroître toujours davantage la détresse du pauvre, et de concentrer les richesses entre les mains d'un petit nombre d'hommes, qui trafique de ses sueurs et spécule sur sa faim » (3).

« Les prolétaires, à peine dégagés du servage des temps antiques, se trouvèrent en contact avec la classe des marchands de travail! Elle naquit de leur liberté, mais avec un intérêt opposé aux leurs : aux ouvriers il faut des salaires élevés, aux marchands de travail, des journées à vil prix » (4).

Or, « le penchant des économistes à enrichir les marchands de travail aux dépens des ouvriers ou vendeurs de travail, a été funeste aux uns et aux autres. La détresse universelle trouve sa cause première dans ce fait ».

Le mal social a été aggravé d'abord par l'individualisme et par l'industrialisme. « L'individualisme est pour la France le plus grand de ses maux, la cause première de ses souffrances » ; quant à l'industrialisme, c'est lui « qui a allumé une soif ardente chez les classes ouvrières, la soif des jouissances matérielles » (5).

Le mal est allé en s'accentuant parce que, de plus, la religion a été présentée au peuple comme une gêneuse, comme un obstacle s'opposant à ce qu'il accède « au banquet de la fortune ». Le peuple a fini par croire que « son attachement aux trésors de l'éternité le privait de trésors plus prochains ».

Et dès lors à quoi bon essayer de lui parler d'ordre ? « Parlez d'ordre à qui l'ordre est utile et il pourra vous compren-

(1) L'Avenir, 29 décembre 1830.

(2) L'Avenir, 29 décembre 1830.

(3) L'Avenir, 30 juin 1831.

(4) L'Avenir, 29 décembre 1830.

(5) L'Avenir, 21 mars 1831.

d'Pe ; mais celui auquel cet ordre ne donne rien, répondra à vos déclamations par les rugissements du désespoir. Sans foi dans une autre vie, sans espérance dans celle-ci, que lui importe, à lui déjà ruiné, la ruine de tous ? » (1).

De Coux comprenait que la crise sociale était essentiellement d'ordre intérieur et d'ordre moral ; il la sentait très grave, trop grave même pour être résolue en un laps de temps très court. Les étapes de ce mal, il les a décrites avec une perspicacité étonnante : « Par degrés, la société se séparera en deux fractions, et la propriété défendue par l'une sera ouvertement attaquée par l'autre. Depuis trois siècles, le monde chrétien se prépare à cette lutte, qui sera comme la fin de la civilisation moderne » (2).

« Pourquoi l'ouvrier, se demande de Coux, serait-il plus sage que le manufacturier ? Si l'un prétend conserver à tout prix le monopole d'une société dans laquelle il ne devrait avoir qu'une part, est-il étrange que l'autre prétende se délivrer à tout prix d'un joug que la charte ne lui a point imposé? » (3 .

Le remède à la crise, de Coux le voit dans le christianisme. Dans le discours d'ouverture du cours d'Economie Politique qu'il professa à Paris en 1832, il déclarait apercevoir dans les conséquences pratiques du catholicisme, « le plus admirable système d'économie sociale qui ait été donné à la terre » (4).

(( Le catholicisme est aux prises avec l'aristocratie des richesses comme autrefois avec l'aristocratie territoriale ». II a brisé l'une au Moyen-age, « il brisera l'autre de la même manière, en affranchissant les prolétaires du monopole qu'exerceront sur leur main-d'œuvre les capitalistes qui l'achètent pour la revendre. D'autres relations sociales entre le maître et l'ouvrier succéderont à celles qui existent maintenant ; la religion présidera à leur naissance » C^),

Dans quels cadres s'établiront ces relations sociales dont ils pressent la nécessité ? De' Coux n'est pas encore à même de le définir. Toutefois, il est convaincu que le prêtre devra aider la réforme « en se faisant peuple » et en n'hésitant pas à entrer « dans la liberté afin de la retenir dans les limites de Tordre ».

Ainsi donc, pour de Coux la réforme sociale s'annonce comme devant être une réforme essentiellement morale et économique. S'il n'indique pas les solutions d'ordre pratique

(1) Cité par l'Abbé Cajlippe. Op. c. T. II, p. 70.

(2) Cité par l'Abbé Calippe. Op. c. T. II, p. 69.

(3) L'Avenir, 29 décembre 1830.

(4) Cité par l'Abbé Calippe. Op. c. T. II, p. 283.

(5) Cité par l'Abbé Calippe. Op. c. T. II, p. 65.

capables de remédier au mal, du moins voit-il dans l'observation des principes de la doctrine chrétienne, le moyen d'y pallier. Sa foi dans la bienfaisance du christianisme l'avait ramené aux pieds des autels : tous ses efforts n'ont eu qu'un but, celui de préparer le peuple à opérer sur lui-même une conversion identique à la sienne.

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