IV. LES INFLUENCES DE LETRANGER
Le mouvement catholique social, s'il fut à l'origine d'inspiration française, ne pouvait pas être un fait essentiellement national. Dans tous les pays industriels, en effet, le développement du machinisme s'effectuant parallèlement avec l'application des principes du libéralisme, devait produire des conséquences identiques. Partout, les catholiques, placés en face des mêmes problèmes et des mêmes difficultés, ont naturellement demandé à leuir foi, pour les résoudre, des solutions dont les affinités ne pouvaient être que très grandes.
« D'un pays à l'autre il s'est établi... dans les premières années du xix® siècle, un échange continu et bien significatif d'idées, d'aspirations et d'efforts ; et les catholiques français y ont, tour à tour, exercé ou subi une influence. » (1).
(1) Abbé Calippe, op. cit. T. III, p. 231-232.
Chaque peuple a abordé le problème des questions sociales en y apportant des solutions qui conviennent le mieux à son tempérament particulier. En Allemagne, l'action sociale a été essentiellement religieuse ; respectueuse de la discipline et du principe d'autorité, elle a préconisé de fortes associations constituées avec l'appui des pouvoirs publics ; en France, cette action s'est réalisée à peu près en dehors du clergé et a été plutôt d'inspiration laïque ; elle s'est, de plus, manifestée avec une libre spontanéité ; en Autriche, elle a été, par contre, nettement aristocratique, et elle a recherché dans le passé des formes de l'organisation du travail, s'adaptant le mieux aux nécessités du régime industriel moderne.
Les chefs d'écoles, hommes de science ou d'action, économistes ou réalisateurs, se sont inspirés des idées et des réformes pratiques des autres pays ; dans l'ensemble, les principes demeurent les mêmes, il n'y a de différence que dans les détails.
Albert de Mun n'a pas échappé à la règle et il n'est pas douteux qu'il a subi l'influence des catholiques sociaux étrangers les plus éminents, dont il a été le contemporain. S'il ne doit pas tout aux catholiques sociaux étrangers, il leur doit cependant beaucoup. Deux grands noms méritent, à ce sujet, d'être cités : ceux de Ketteler, en Allemagne, et de Vogelsang, en Autriche. Il doit être fait mention, de plus, de l'important groupe d'études que constitue l'Union de Fribourg.
Avec le premier, de Mun apprendra à aller au peuple et verra ce qu'on peut faire pour la défense de ses intérêts matériels ; le second lui montrera qu'en plein dix-neuvième siècle, le rétablissement des corporations n'est pas une utopie. L'Union de Fribourg lui permettra, surtout, d'aborder la question de la législation internationale du travail et de parfaire la mise au point de sa doctrine sociale.