I. — ^ KETTELER
Ketteler fut en Allemagne le véritable initiateur du catholicisme social. (( Le premier qui, dans ce siècle et de l'autre côté du Rhin, écrira de Mun, a appelé les catholiques à se grouper sur le terrain de la question ouvrière, le premier qui a dit qu'elle était non seulement une question matérielle, mais une question de subsistance, qui a dénoncé la plaie de l'individualisme et les ravages de la concurrence, c'est un évêque, le grand évêque de Mayence, Monseigneur de Ketteler. » (1).
<1) De Mun. Discours, T. I, p. 422-423.
De Mun a raconté dans « Ma Vocation Sociale » comment, pendant sa captivité, à Aix-la-Chapelle, il avait été mis en rapport avec le D' Lingens. Ce dernier lui parlait « du mouvement catholique et populaire inauguré, depuis 1848, par quelques hommes... Mallinckrodt, l'orateur catholique de Berlin» Lieber, le futur chef du Centre, et surtout, Guillaume- Emmanuel de Ketteler, l'ancien fonctionnaire prussien devenu le célèbre évêque de Mayence, l'initiateur immortel du catholicisme social » (1.).
Au moment où de Mun, de concert avec son ami, le capitaine de la Tour du Pin, cherchait aux malheurs de la France des raisons, non seulement techniques, mais morales, les récits du D' Lingens exaltaient en lui son amour pour l'Eglise et pour son pays. « Un désir ardent » lui venait « de servir l'Eglise et la Papauté en se dévouant au peuple » et déjà dans son cœur « se formait l'image d'une France rajeunie, rendue à la tradition catholique, détournée de la Révolution, et redressée dans sa gloire renouvelée » (2).
Ketteler se rendit célèbre dans son pays, en publiant, en 1864, un ouvrage intitulé « La Question Ouvrière et le Christianisme », dans lequel il aborde l'étude de la question sociale, qui, à son avis, domine « le marché aux esclaves de l'Europe centrale ». Ce n'était pas sans quelque étonnement, qu'on voyait un évêque prendre aussi nettement la défense des classes populaires.
Ketteler aborde l'étude de la question sociale, parce que la tradition chrétienne, comme l'intérêt de l'Eglise et celui du peuple, lui en font un devoir. L'Eglise ne peut ignorer la question sociale, car « elle manquerait envers des millions d'âmes à ce devoir que lui a imposé le Christ » ; elle ne peut pour la conjurer se borner « à l'exercice usuel de son minisrtère » (3).
Le clergé doit se préoccuper des besoins des masses populaires, car Ketteler savait que le Christ n'avait pas seulement voulu élever moralement l'humanité, mais qu'il s'était appliqué à soulager ses misères physiques; il se rendait parfaitement compte de plus que le flot montant du socialisme était irrésistible et que, si l'Eglise prêtait à la question sociale une attention insuffisante, elle risquait de s'aliéner à jamais le cœur des foules.
(1) De Mun. Ma Vocation sociale, p. 14.
(2) De Mun. Ma Vocation sociale, p. 14.
(3) De Girard. Ketteler et la question ouvrière, p. 171.
Pour Ketteler, la question sociale est à la fois une question « d'estomac » et une question morale ; mais il juge qu'elle est encore plus une question religieuse qu'une question économique.
Elle est un mal naoral, car le rationalisme et le libéralisme anti-chrétien en sont, en partie, la cause, « Les causes du. mal..., il les faut rechercher, non seulement dans un manque d'équilibre des rouages sociaux, mais encore jusque dans l'intime de l'âme humaine. Les institutions les plus parfaites restent stériles pour la prospérité publique quand la morale individuelle et sociale est méconnue. ))(!).
Elle est aussi un mal économique ; elle est une question de subsistance, et, par cela même, son importance dépasse celle des questions politiques. A la base de ce mal, se trouve, en effet, la question du salaire, car la plupart des ouvriers ne vivent que du salaire quotidien. « Or le salaire est calculé, dans toute la force du terme, sur le strict nécessaire, c'est-àdire sur ce qui est indispensable à l'homme pour se nourrir^ se vêtir, s^abriter, en un mot, pour conserver son existence physique. » (2).
Pourquoi en est-il ainsi ? Parce que « le travail est devenu une marchandise soumise aux lois qui régissent toutes lesautres. » (3).
Le salaire dépend de la loi de l'offre et de la demande. Dès lors, la concurrence exige, comme pour la marchandise ordinaire, que le producteur se la procure au plus bas prix, pour I>ouvoir la vendre à un prix inférieur. « La nécessité oblige l'infortuné travailleur à ne demander qu'un salaire insuffisant pour pourvoir à ses besoins les plus urgents et à ceux de sa famille. Il doit alors se priver, lui et les siens, du strict nécessaire en fait d'alimentation, de vêtements et de logement, parce que son salaire ne peut plus le lui procurer. Etre privé du strict nécessaire, même pour peu de jours, que de misère et de désolation dans ces quelques mots ! » (4).
Suppression de toute organisation en fait de travail — emploi croissant des machines qui augmente le nombre des salariés au détriment de celui des ouvriers pouvant travailler à leur compte — établissement de la liberté illimitée des professions — prépondérance croissante prise par le capital, telles sont pour Ketteler les causes de la perturbation qui règne dans le monde du travail.
(1) Cité par Nitti, op. cit. p. 125.
(2) Cité par Nitti, op. cit. p. 136.
(3) Cité par Nitti, op. cit. p. 125.
(4) Cité par Nitti, op. cit. p. 126.
Les remèdes de l'école libérale sont sans efficacité parce qu'ils sont basés sur des principes faux ; le libéralisme trompe sans cesse l'ouvrier et le leurre de ses promesses. « La liberté pour l'ouvrier est une dérision, dira Ketteler, car elle consiste à travailler au rabais et à mourir de faim, si personne n'a besoin de s^s services... Supprimer tous les moyens de protection, laisser l'homme, avec toutes ses différences naturelles et sociales, concourir chaque jour avec ses semblables, est donc un vrai crime contre l'humanité. » (1).
Les remèdes, pour Ketteler, seront comme les causes du mal, à la fois d'ordre moral et économique.
Au point de vue moral, il faut rechristianiser l'individu et les institutions. L'ordre social commandé par Dieu, doit êtrt; observé ; l'organisation économique doit avoir pour base le retour au règne de la justice. L'équilibre ne sera réalisé que s'il repose sur la justice.
A la différence de l'école libérale qui excite les jalousies, seul le Christ est capable d'enseigner aux ouvriers la résignation, et de leur faire accepter l'inégalité des conditions humaines.
Au point de vue économique, Ketteler, partisan convaincu du régime corporatif, verra le remède dans l'organisation du travail réalisée par les associations ouvrières. Pour lui, les associations de production étaient seules capables de relever la condition de l'ouvrier. Mais sa préoccupation dominante était de mettre à la disposition de ces dernières des capitaux suffisants. Gomment trouver ces capitaux ? Alors que Lasalle ira les demander à l'Etat, Ketteler fera appel aux sentiments chrétiens des individus : la charité, dans son esprit, devait suppléer à l'intervention de l'Etat.
Il écrivait à ce sujet : « L'Etat est créé pour l'homme, pour protéger sa liberté et son droit ; et non le contraire : l'homme pour l'Etat. L'Etat et le gouvernement ne sont jamais à euxmêmes leur propre but, mais seulement des moyens accordés à l'homme pour conserver et développer toutes les forces dont Dieu l'a doté. » (2).
Sur la fin de ses jours, il dut constater que la générosité des âmes, sur laquelle il fondait tous ses espoirs, ne répondait pas à son appel ; l'expérience l'amena, avec ses disciples, à réclamer un concours plus effectif de l'Etat. Comme l'écrit Nitti : « Il dut peut-être se convaincre que, dans les questions ouvrières, rien n'est plus dangereux comme les espérances
(1) Cité par Nitti, op. cit. p. 127.
(2) Nitti, op. cit. p. 132.
exagérées dans Tinitiative individuelle d'une classe naturellement conservatrice par besoin naturel de défendre ses intérêts, voire même ses privilèges. » (1).
Ketteler recommande donc aux ouvriers de s'associer pour mieux combattre les abus de l'économie sociale moderne, et, pour toucher sûrement au but, il les engage à formuler toute une série de revendications qu'il développe et précise luimême en 1869.
Ces revendications, qu'il estime absolument légitimes, sont au nombre de isix (2).
— La première revendication de la classe ouvrière porte d'abord sur le salaire. Le salaire doit subir une augmentation correspondante à la véritable valeur du travail.
La religion exige de plus, que le travail humain ne soit pas traité comme une marchandise, ni évalué purement suivant les fluctuations de l'offre et de la demande.
— Les heures de travail. Elles doivent être diminuées. Les principes de l'économie sociale moderne négligent le côté moral et religieux de la vie humaine : alors que ces principes ont rabaissé le salaire jusqu'à sa dernière limite, ils ont prolongé le temps du travail jusqu'à sa plus extrême durée ; c'est là un abus de la puissance capitaliste qu'il convient de combattre, car il est contre la nature et nuit à la santé.
— Les jours de repos. La religion en fait prévaloir la nécessité, car Dieu les a inscrits dans le Décalogue. C'est là une revendication dont la violation constitue un crime contre le genre humain.
— Le travail des enfants. Tant que les enfants seront astreints à fréquenter les écoles, le travail dans les fabriques devra leur être interdit ; car c'est là une cruauté monstrueuse, un véritable assassinat à petit feu du corps et de l'âme de l'enfant.
— Le travail des femmes. Les femmes, et surtout les mères de famille, ne doivent pas travailler dans les fabriques : leur rôle est de veiller aux soins du foyer.
— Le travail des jeunes filles. Il faut l'interdire d'une façon absolue, car il ravale le salaire des hommes et de plus il inocule les germes de l'immoralité.
Ketteler, comme on le voit, s'est plus préoccupé de faire de l'action que d'apporter une contribution quelconque à la doctrine. C'est en ce sens qu'il donne au mouvement catholique
(1) De Girard, op. cité p. 137.
(2) Cf. Association Catholique, 15 octobre 1893, pp. 429 et suiv.
social allemand sa physionomie propre. Abordant le problème social, plus au point de vue théologique qu'au point de vue économique, il est parvenu à orienter nettement l'Eglise de son pays vers l'action sociale et à stimuler le zèle de ses prêtres en faveur de la classe ouvrière : l'Eglise d'Allemagne a répondu à son appel et c'est ainsi qu'elle est parvenue à s'attacher le peuple et à permettre aux catholiques de devenir les arbitres des différents partis politiques.
Le premier, il a souligné que la question sociale est une question de subsistance, et l'on comprend que Léon XIII ait pu dire de lui qu'il fut « son grand prédécesseur », et que l'Encyclique Rerum Novariim reflète le souvenir des enseignements du grand évêque de Mayence.
Son originalité consiste en ce qu'il a créé des associations onvrières de production, dont le principe, il ne faut pas l'oublier, avait été entrevu par les catholiques sociaux français ; il fournit, d'auti^e part, mais après Ozanam, qui en avait fait l'ébauche, une étude précise des conditions du travail qui. constitue un véritable programme de législation du travail.
Pour MM. de Girard et Turmann, Ketteler serait l'initiateur du mouvement catholique social contemporain et son action marquerait le point de départ de ce mouvement. Nous sommes beaucoup plus incliné à déclarer avec M. Eblé, qu'il serait peut-être excessif de faire remonter à lui seul tout ce mouvement. Sans doute, Ketteler a survécu dans ses disciples et dans les institutions sociales qu'il a inspirées et créées; son influence sur Albert de Mun ne peut pas être niée ; toutefois, il convient de faire observer que Lamennais, trente ans auparavant, avait déjà indiqué les principes directeurs de sa doctrine et même de son action.
n. — DE VOGELSANG
Le baron Karl de Vogelsang est le fils spirituel de Ketteler. Ce dernier, en effet, travailla d'une part à sa conversion au catholicisme, et présida, d'autre part, à sa formation sociale.
Bien que d'origine prussienne, Vogelsang se fixa en Autriche, où il ne tarda pas à devenir le véritable chef du catholicisme social. Par sa propagande et par son activité, c'est lui qui a le plus largement contribué à la diffusion des idées de son maître et à leur réalisation, en étant l'inspirateur de toute la législation corporative autrichienne.
La Révolution de 1848 avait eu, dans son pays, une répercussion profonde ; le souffle démocratique avait balayé les
institutions anciennes, et les ouvriers avaient cru trouver, dans le régime nouveau de la liberté, une amélioration de leur condition. Malheureusement, là comme ailleurs, la liberté, avec ses abus inévitables et ses promesses fallacieuses, provoqua des déceptions, des mécontentements et des misères.
La situation s'aggrava de ce fait que les juifs furent seuls à bénéficier du nouveau régime qui leur permettait d'accaparer, peu à peu, toute la richesse nationale.
La réaction, qui fatalement devait se produire, réclama impérieusement le retour aux anciennes institutions, qui avaient jadis donné la sécurité et la tranquillité au peuple et assuré du même coup son bonheur. Toute l'action de Vogelsang s'explique par ces faits.
Il a vu l'importance de la question sociale avec son double caractère moral et économique, et il a compris les dangers du libéralisme économique et de l'individualisme révolutionnaire.
L'ordre social moderne livre, dans une lutte inégale, les plus faibles aux plus forts ; chaque individu, abandonné à lui-même, se débat pour la défense de ses propres intérêts dans un combat dont la victoire doit appartenir aux plus forts. Or les plus forts ne triomphent que parce qu'ils possèdent un capital plus élevé, qu'ils ne doivent, la plupart du temps, ni à leur intelligence, ni à leur habileté.
Ce régime constitue ce qu'on appelle le capitalisme. Le capitalisme, « c'est-à-dire la maxime que toute part de richesse est une propriété individuelle sans devoirs, ni charges, destinée à procurer à son propriétaire la plus grande somme possible de profits, sans égard pour la communauté ou ceux qui la lui ont procurée. Cette maxime trouve son expression la plus exacte dans le capital argent, c'est-à-dire dans la valeur séparée de l'objet, valeur qui doit porter intérêt au capitalisme en toute circonstance, quoi qu'il puisse arriver à l'objet lui-même. C'est sous cette forme que l'idée capitaliste domine actuellement toute la vie économique des peuples » (1).
Le capitalisme triomphe avec l'avènement de la bourgeoisie libérale qui a trompé le peuple en se servant de lui et en l'asservissant avec le mirage de la liberté.
Vogelsang juge le présent en remontant à la tradition des siècles chrétiens ; l'ordre social ancien reposait sur ce principe, que toute propriété doit « être une parcelle de la fortune nationale commune, concédée à titre de jouissance particulière en échange de services rendus à la communauté » (2).
(1) Cité par Nitti. Op. cit., pp. 227-228.
(2) Cité par Nitti. Op. cit., p. 226.
Il n'existait pas alors de propriété privée sans devoirs corrélatifs ; la propriété exe'rçait une fonction comportant des droits et des devoirs à la fois. Dieu n'a-t-il pas confié la terre à l'homme pour qu'il l'administre en vue du bien commun ?
Sans doute, parmi les institutions anciennes, certaines ont dégénéré peu à peu, par suite de l'obscurcissement de la notion du devoir et de l'emprise du sentiment du droit ; ces institutions ont été balayées par la Révolution, mais celle-ci, incapable d'opérer une réforme utile, consacra le droit d'user et d'abuser sans limite, de la propriété, en éliminant les devoirs imposés en contre-partie.
Dans cet état, « l'ouvrier des villes, dépouillé de son indépendance, sans sécurité pour le pain du lendemain, a été rabaissé au niveau du prolétaire... démoralisé par l'avilissement des métiers, (il) ne trouve plus de garanties ailleurs que dans les nouvelles lois d'Etat, pour que son nouveau seigneur et maître ne le laisse pas mourir dans la vieillesse sur la paille ; son sort, sous le régime de l'économie capitaliste, est devenu plus misérable qu'on ne saurait l'imaginer » (1).
Pour mettre un frein à la tyrannie du capital, Vogelsang feia appel à la tradition. Comme Ketteler, il remontera au moyen-âge pouir y retrouver les principes susceptibles de servir de base à la réorganisation de la société et à la préparation de l'avenir.
Il estime d'abord que le christianisme doit intervenir pour porter remède à l'anarchie de la production. L'Eglise a une mission à remplir, et son esprit doit pénétrer non seulement dans le domaine des consciences, mais également sur le terrain commun de la vie politique, sociale, économique et scientifique. « Il n'y a lieu, dira-t-il, de voir créer une organisation sociale basée sur la justice envers les faibles, si ce n'est sous l'influence de la foi chrétienne. » (2)
Mais cette intervention de l'Eglise serait à elle seule inopérante si l'Etat ne la secondait. « Il ne faut pas non plus se faire des illusions ; il faut comprendre qu'il n'y a pas de remède possible aux niaux de cette société, infestée de capitalisme, sans une intervention énergique de l'Etat. » (3)
Cette intervention des pouvoirs publics se manifestera utilement en aidant à la reconstitution du système des corporations. Dans la corporation professionnelle, en effet, les ouvriers trouveront leurs garanties. La corporation devra
(1) Cité par Nitti. Op. cit., p. 228.
(2) Cité par Nitti. Op. cit., p. 229.
(3) Cité par Nitti. Op. cit., p. 229.
avoir la capacité civile, et posséder sur ses membres une juridiction ; elle devra être un corps autonome sous la surveillance de l'Etat.
L'action de Vogelsang n'a pas été inutile, puisque, sur ses instances, une enquête sur la condition des travailleurs autrichiens fut entreprise ; les révélations de cette enquête amenèrent le Reichsrath dans la voie des réformes sociales, et c'est ainsi que l'Autriche est le premier pays d'Europe qui soit revenu dans la voie de l'organisation professionnelle.
La patente impériale du 20 décembre 1858, en décrétant « la liberté des industries », n'avait pas aboli le régime corporatif, mais en avait modifié sensiblement les modalités d'application. La situation de la petite industrie n'ayant pas été améliorée, le gouvernement, sous la poussée de l'opinion publique, déposa, en 1879, un projet dont les catholiques sociaux furent les rapporteurs : la loi du 15 mars 1883, en Autriche, celle du 21 mai 1884, en Hongrie, ont reconstitué le régime corporatif obligatoire pour la petite industrie.
Parmi les buts qui leur sont assignés, ces corporations doivent « conserver et développer l'esprit de communauté, l'honneur professionnel, les intérêts professionnels communs par la fondation de caisses de secours... Il leur appartient notamment de pourvoir au maintien des droits et devoirs réciproques des chefs et des ouvriers, d'établir un système d'apprentissage..., de favoriser l'enseignement professionnel, de donner des renseignements aux autorités sur les points qui se rattachent à leur mission, de former une Commission arbitrale pour régler les différends entre maîtres et ouvriers, de fonder une caisse de secours pour les malades... » (1).
Malgré les difficultés et les obstructions qui se sont élevées, malgré l'hostilité des libéraux, le régime s'est développé, et c'est ainsi qu'en 1909, on comptait 6 000 corporations (2).
Gomme Vogelsang, de Mun remontera au passé, non pas pour restaurer la société du moyen-âge, mais pour s'inspirer de l'esprit qui animait ses institutions, et pour l'appliquer aux réalités de l'heure présente.
(1) Cité par Turmann. Le développement du catholicisme social, p. 86.
(2) Il est inutile de faire observer que la révolution de 1918 et l'arrivée du socialisme au pouvoir ont sensiblement modifié la législation ouvrière autrichienne. Elle est non plus seulement sociale de tendance, mais socialiste dans beaucoup de ses dispositions.