LE CARACTERE DE L HOMME
non le but. Peu lui importait le sort définitif de ses œuvres, pourvu que, de son vivant, elles lui rapportassent toutes sortes de bénéfices. En lui le juif allemand de basse classe perçait toujours. Le pon bedit (jummerce !
A propos de ^Africaine qui, primitivement, devait être créée par M™« Stoltz, M. Blaze nous dévoile avec une inconsciente candeur un côté assez peu propre du caractère du vertueux Meyerbeer. Qu'on en juge : « Meyerbeer qui, dans la distribution de ses rôles, ne négligeait point le pittoresque, dut beaucoup se préoccuper de Yatiraclion pinjsique du mjet et de l'effet très particulier que n'aurait pas manqué de produire sur lepvJdic de l'Opéra une stelte et jolie femme, admirablement découplée, se cuivrant la peau d'une teinte de bistre. » Que dites-vous de ce compositeur qui appelle au secours de sa musique de pareils moyens et met un public en rut, pour le dominer plus complètement ? Ce dernier trait complète l'homme. Décidément, il y avait de tout chez Meyerbeer !
Combattre pour une idée, pour un système, pour ce que l'on croit être le Beau, ne pouvait être son affaire, et cela pour deux raisons. La première, c'est qu'il n'eut jamais de convictions arrêtées en fait d'art; la seconde, qu'il n'avait point le caractère assez fortement trempé pour entamer une lutte avec le public. Il y en a qui ne reculent pas devant ce combat, où le vrai génie se retrempe, mais ceux-là ont nom Beetlio-
18 l'œuvre théâtral de sikyerbeer
ven et Wagner. Ils écrivent les derniers âwaiiiors, la Neuvième, la TétralogieySatTis songer à se demander si le public comprendra leur pensée ou même en étant persuadés, comme Wagner pour cette dernière œuvre, que jamais aucun théâtre ne donnerait ]jon asile à sa gigantesque partition. Ecrire une œuvre pour soi-même, sans aucun espoir de bénéfice immédiat, voilà ce qui aurait dépassé l'intelligence du célèbre musicien juif. Décidément, Meyerbeer avait raison quand il affirmait, avec une suffisance grotesque, que Wagner ne savait pas son affaire ! Par contre, il la savait lui, l'auteur de l'Africaine^ il la savait si bien, qu'un de ses compatriotes, Israélite aussi, Henri Heine, a pu dire un jour spirituellement : « Quand Meyerbeer sera mort, qui donc s'occupera de sa gloire? »