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L'INFLUENCE SOCIALE DE L'ENSEIGNEMENT UNIVERSITAIRE

Jamais la société rm s’est vue en proie à des luttes intestines aussi vives, à des convulsions aussi menaçantes que celles dont le spectacle se déroule, depuis quelque temps, sous nos yeux.

Ce mal éclate partout, et de toutes parts s’élève le cri qu’il est urgent d'y porter remède.

Des unions s'organisent, des congrès se tiennent, des articles se publient, des livres se composent, des projets de loi s’élaborent qui ont pour but de résoudre la question sociale. Mais les solutions varient selon les doctrines. Et seule la doctrine catholique basée sur les enseignements du Christ ct la saine philosophie, peut offrir des principes dont l’application et l'influence répondent à tous les besoins. Elle est la seule vraie, partant, la seule salutaire.

Cette doctrine contenue dans les lettres des Papes et les écrits des maîtres chrétiens, il faut qu'elle soit étudiée, expoete, commentée; il faut qu'elle se répande. D’effroyables erreurs envahissent les esprits, troublent et dévoient l’opinon. Le socialisme, le naturalisme, le matérialisme, l’utilitarisme, ont conquis d'immenses multitudes que des chefs d’école remuants et tenaces enchaînent à leurs théories captieuses. Il appartient principalement aux Universités catholiques de rompre la trame de ces théories, de refouler la vague de ces erreurs, par un enseignement ferme, pénétrant et efficace. Dans leur récent mandement sur les motifs de venir en aide à l’Université Laval, les évêques de la province, ecclésiastique de Québec mentionnent experssément cette noble tâche: Il nous semble, disent-ils, spécialement nécessaire que les cours dont relèvent les si épineuses questions,

élargissent leurs ca-

dres et s'ajustent, autant que possible, à toutes les nécessités du jour, en conformité des principes posés par les Papes, et qui seuls offrent aux peuples de solides garanties de justice et de paix. Le monde traverse une crise intellectuelle très grave. Nous ne pourrons y faire face qu'en fortifiant, à la Inmière des doctrines de la sainte Eglise catholique, les centres d'enseignement, d'où la pensée des maitres rayonne sur les élèves, et, par eux, sur les esprits qui jouent un rôle émi-

nent dans la société.

L'oeuvre de la pacifi harmonieux de trois facteurs, liers. (1) oix pour dire quelle fonction

Les Papes n'ont qu'une V essentielie, fondamentale, échoit à la religion dans le règle-

ment de: questions ouvrières, et quel bien immense peuvent faire, en ce domaine, des ecclésiastiques savants, zélés, et exrérimentés. Dans une lettre du 11 mars de cette année, à l’Evêque de Bergame, Benoît XV écrivait: Nous voulons que les prêtres considèrent comme une de leurs obligations de se consacrer le plus possible à la science et au mouvement social par l'étude, le contrôle ou l'action, et de collaborer par tous les moyens avec ceux qui, sur ce terrain, exercent une saine influence en vue du bien général. (°\

L'Etat, de son côté, remplit un rôle sociz. plein de responsabilités. Si les hommes qui président aux destinées politiques ont puisé dans l’enseignement secondaire et supérieur, d'excellents principes sociaux, les lois faites par eux seront, yraisemblablement, des mesures de justice, des garanties d’ordre et de paix. Si, au contraire, ces législateurs manquent de la science et de la formation nécessaire pour échapper à la séduction des faux systèmes, des opinions dangereuses, ils feront, sans s’en douter peut-être, une oeuvre de mort.

es, de notre époque,

relfgieuses et social

cation sociale requiert le concours l'Eglise, l'Etat, les particu-

(1) Encycl. Rerum novarum. — Voir notre Droit public c. l'Eglise. L'Action relig. et la loi civile, IVe P. ch. 6, 7 8. (2) Documentatien catholique, 3 avril 1920. PE

ee PC

Ils resteront, tout au moins, bien au-dessous de leur tàche.

Sur ce terrain de l'action sociale, il y a place encore pour l'initiative privée, pour l'inte vention de ceux que leur culture, leur condition de famille, leur état de fortune, leur esprit franchement chrétien, semblent destiner à un poste de combat et d'honneur. Ceux-là, Léon XII, dans des termes pressants, les invite (1) à mettre leurs ap titudes et leur dévouement au service d’une oeuvre qui devient l’une des suprèmes préoccupations de l'Eglise. Quelques hommes de rares talents peuvent sans doute s'initier d'eux-mêmes à ce genre d’apostolat. La plupart, pourtant, des champions de l’action populaire catholique, ne donneront la pleine mesure de leur valeur que si des maîtres compétents ont su, d’abord, éveiller leur vocation, et les outiller pour la lutte.

Tout cela montre bien quelle force morale, quelle puissance d'ordre et de restauration sociale, représentent les maisons d'enseignement supérieur où se forment, d’après les principes chrétiens, les hommes d’Eglise, les hommes d'Etat, les hommes d'oeuvres. Par contre, l’un des chefs de l’'Allemagne socialiste, Bebel, a un jour nettement établi la corrélation «ui existe entre le socialisme et la doctrine universitaire rationaliste et athée. (4)

L'Université Laval, consciente de sa mission, a déjà fait beaucoup pour répondre aux nécessités sociales du jour. En dehors des lecnns générales de métaphysique et de religion, données par ses professeurs, et qui sont la base des études sociologiques, elle a introduit dans ses programimes des questions qui portent la marque de la plus haute actua: lité. Le manuel de philosophie publié, il y a quelques années, par l’abbé Lortie, et adopté: par nos collèges, s'étend assez longuement sur les principes qui régissent la société professionnelle, les devoirs et les droits des patrons ct des

ve Encycl. Graves de communi.

(2) Kannengieser, Ketteler et l'or nisati À Allemagne, pp. 125-126. RE

ouvriers. Un cours d'Economie politique et sociale, fondé à la Faculté de Doit, apprend aux élèves, tout particulièrement, les conséquences légales et les répercussions économiques de la question sociale. Nous-mêmes, en quelques chapitres de l’un de nos ouvrages, nous avons essayé, bien imparfaitement, il est vrai, de traiter cette même question dans ses rapports avec le droit public de l'Eglise. (1)

Toutcfois les problèmes sociaux prennent aujourd’hui une telle importance, ils soulèvent des discussions si àpres, et {touchent de si près aux fondements mêmes de l’ordre et de la scciété. que l’Université a cru devoir inscrite, parmi les des'äerata de son enseignement philosophique superieur, une chaire spéciale de sociologie. En toute branche des ::onnaissances humaines, pour assurer la force d’une conclusion ou la justesse d’une application, c’est aux principes qu'il faut remonter. Plus la lumière descend abondante sur le sol où l'on pose le pied, moins l’on risque de buter contre les obstacles ou de s’empêtrer dans les halliers. La question ouvrière se présente sous des aspects très divers, de plus en plus complexes; et on sent le besoin, pour ne pas s’y perdre en des solutions confuses, incertaines, désastreuses peut être, de toute la clarté et de tout le rayonnement des vérités mères de M philosophie socisle.

L’exposinion, l'interprétation et la défense de ces vérités, avec leurs innombrables ramifications logiques, offrent à l'esprit studieux un champ très vaste. Dans la section scientifique de l’enseignement supérieur où la philosophie tient le premier rang, il semble donc souverainement opportun que les étude: sociologiques, déjà esquissées dans l’enseignement secondaire, occupent une place à part et se développent en des cadres suffisamment élargis.

(1) Nous pourriuns ajouter à cela ie travail très effeciif qui se fait dans les cercles de l’Association de la Jeuness: ‘atholique dont les membres se recrutent parmi nos étudiants. Ce travail dirigé par les professeurs de l’Université porte souvent sur la question sociale.

L'Université deviendra ainsi, pour tous ceux que préoccapent les grands problèmes du jour, pour les penseurs, les économistes, et surtout pour la jeunesse catholique, un foyer puissant de science sociale, dont Îles lumières ajouteront grandement au prestige de cette institution.

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