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LE CACHET NATIONAL DE L'ŒUVRE UNIVERSITAIRE

L'Université Laval s'élève au berceau même dela nutionalité canadienne-française. Elle est née d’une pensée <minemn :« religieuse et patriotique. Elle a été fondée dans le dessein de porter à leur plus haut degré de développement et de puissance les facultés et les vertus caractéristiques de notre race.

La race française, considérée dans ses traditions les plus pures et à la lumière de son histoire la plus glorieuse, sc distingue par un cute d’idéal qui l’honore singulièrement. Sa passion ardente, expansive, pour le vrai, le beau et le bien, lui fait une physionomie à part dont elle ne saurait effaccr les traits sans cesser d’être elle-même, sans abdiquer sa inission civilisatrice.

Cette mission, nos ancêtres l’apportèrent avec eux de France, ci nous l’ont transmise comme un héritage. Nous en somme: investis. La méconnaître et en faire fi dans l’élaboration des programmes où se prépare l’avenir, serait de notre pa.‘ une infidélité très grave. Ecoutons des voix d’évêques nous traçant en deux mots notre devoir: |

C'est par la supériorité dans tous les domaines, surtout dans les domaines religi-ux et intellectuel, que le peuple canadien-français pourra répondre à sa vocation et prendre une part prépondérante dans la préparation des dertinées.

canadiennes. (1) Il y a donc une suprématie que nous devons ambitionner avant toute autre, parce qu’elle est la raison profonde de notre survivance : celle du spiritualisme. C’est pour faire triompher autour de nous le règne de l’esprit que nous avons été jetés sur ces plages d'Amérique, que Dieu, par sa miséricordieuse providence, nous y a maintenus, et qu’il nous a donné d'y former, en dépit de mille obstacles, des centres toujours croissants d'influence française ct de rayonnement catholique.

Nos universités tromperaient l'attente de l'Eglise et l'instinct de la race, elles se déroberaient aux nobles exigences de notre caractère et de notre vie nationale, si elles ne se proposaient de discipliner des esprits et d’éclairer des consciences avant de forger des instruments de richesse.

Certes, la prospérité économique n’est pas un bien qu’il faille mépriser. Elle fait partie du champ d’action ouvert par Dieu aux sociétés temporelles. Ni l'Evangile ni l'Eglise m'ont jamais proscrit la richesse en soi, mais seulement l'abus qu'on en fait. Saint Thomas d’Aquin a formulé sa pensée par une distinction fort sage :

Les biens temporels, enseigne-t-il, (2) lorsqu'ils nous détournent de l'amour et de la crainte de Dieu, doivent être pour rus un objet de mépris. Mais il en va tout autrement si ces biens nous servent d'instruments dans l'oeuvre de notre avancement moral.

On représente parfois le catholicisme comme une religion rétrograde, opposée au progrès économique. Des esprits superficiels ont cru voir, chez les nations protestantes, une abondance de bien: matériels dont les nations catholiques leur semblaient privées, et ils en ont tiré une conclusion défavorable aux enseignements de l'Eglise de Rome. C'ette conclusion, fruit d’un examen hâtif ou de raisonnements sophistiques, ne résiste pas à une discussion appro-

(1) Mandement collectif déjà cité.

(2) Som. théol., Q. CXXVI, art. 1 ad 3. — Cf. ihid., Q. CXVII, art. 1. ï

"De

fondie (1). Sans doute, la morale chrétienne condamne la soif immodérée des richesses, cette convoitise de l’or dont l'acquisition, l’accumulalion, apparaît comme le but supréme de la vie ; mais elle n’interdit à personne l’élan vers la fortune consicérée comme moyen de perfectionnement individuel et social. Elle n’entrave ni l'initiative, ni le travail, ni le suceès. Loin de là : par ses principes mêmes, elle active les énergies, elle maintient l’ordre essentiel aux exploitations fructuüeuses, elle favorise une distribution équitable des biens de ce monde. (2) :

Voilà pourquoi il est désirable que, dans nos maisons d’enseigrement supérieur, les sciences propres à outiller l'homme pour la poursuite des biens terrestres, aient leur juste place. L'Université Laval désire fortifier, dans la mesure de ses ressources, son enseignement scientifique. Tous ses amis la féliciteront de ce souci qu’elle témoigne, du bienêtre et des intérêts économiques de ses compatriotes.

Toutefois, la prospérité véritable d’un peuple ne s’estime pas seulement, ni même principalement, par le nombre de ses usines, la fièvre de son commerce, ou les sommes entassées dans ses banques. Ce qui fait les nations heureuses, c’est moins la richesse dont elles jouissent ce la force morale qui en gouverne l’usage, et qui en assure la tranquille possession. Il importe donc, dans tous les pays, que l'éducation de la jeunesse se règle d’après ce principe de la supériorité indispensable des éléments religieux et moraux sur les éléments matéricls.

Ceci est particulièrement vrai pour le Canada français dont la mission, sur cette terre d'Amérique, consiste justement à elever au dessus de l’écume du flot matérialiste qui bat nos remparts, le signe sauveur d’un idéal de foi, d’intel- :ectualisme, de probité et de beauté. Religion, philosophie,

(1) Ives de la Brière, Nations protestantes et nations catholiques (5 rue Bayard. Paris).

(2) Voir Ch. Périn, De la richesse dans les sociétés chréttennes. :

sciences morales et sociales, langues classiques et lettres chrétiennes, voila donc où doit se porter l'effort premier et le plus souteru de nos universités. Cette culture si haute, si riche de l'apport des siècles, correspond mieux que toute entre, à nos goûts latins, à notre descendance française, à nos croyances catholiques. I convient, il est nécessaire que nos programmes d'instruction supérieure s’harmonisen\ avec ce que nous sonimes, avec ce que Dieu attend de nous. Personne n'aura le droit de s'étonner que l'Université Laval, dans ses projets de développement, s'inspire de cette pensée, qui l'a d’ailleurs dirigée dès sa iondation, et dans toutes les phases de son existence.

Elle restera fidele à ses traditions. Et cette fidélité même lui fera donner à ses étéves un enseignement qui les atteigne dans tout leur être. qui s'adapte en même temps à leurs titres d'hommes, de fils de l'Eglise, de citoyens du Canada, et de Canadiens-français.

Les {Universités sont des foyers de doctrine. Et la doctrine, qu'elle soit sacrée ou profane, se compose de principes, d’énoncés, de démonstrations, dont la vérité rayonne su dessus de toutes les frontières. Dans le domaine littéraire lui-même, la pensce s’éclaire de tous les feux allumés au sommet des âges par les génies qui se sont faits les interprètes les plus élevés du vrai et du beau, et que l’on regarde comme les guides classiques de tous les peuples.

Mais cette discipline générale qui ouvre et orne l'esprit, exclut pas le souci d’une formation nationale. Les plus petites patries ont leurs cadres, leurs horizons, lenr vie, lenr âme, leur langage, leurs héros, leur histoire, leurs luttes, leurs problèmes, leurs intérîts, leurs ambitions, leurs aspirations. Ce culte de la patrie a sa place toute marquée dans la snhère où se meut l’Université catholique. iu scvfile patriotique qui anime l'enseignement naissent de grandes pussions, des visiors d'avenir, des résolutions de virilité.

Nous n'avons pas qualité pour parler officiellement au rem de l’Université Laval. Mais nous croyons pouvoir affr-

mer qu’elle s fera toujours un devoir et un honneur d’associer, dans ses préoccupations, le soin de former des chrétiens et des savants, et celui de préparer, pour les besoins de notre société, de véritables patriotes.

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