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L'ŒUVRE UNIVERSITAIRE ET SES ESPÉRANCES

Dans leur appel à la générosité canadienne, les amis de l'Université Laval ne sont mus que par des motifs d'intérêt public. ils espèrent fermement que cet appel sera entendu.

Le premier fondement de leurs espérances, c'est l'éveil, dans l’âme des nôtres, du sens social. L’individualisme tient l’homme cloîtré dans un isolement égoïste et fâcheux. Trop longtemps nos sollicitudes, nos énergies et nos labeurs, ont subi l'effet funeste de ce cantonnement. Des voix se sont élevées pour prêcher l'évangile de la solidarité, de l’assistance et de la bienveillance mutuelle. Nos compatriotes paraissent mieux comprendre l’importance de l'effort collectif, de la coopération aux œuvres d'utilité générale. Beaucoup d'œuvres de ce genre, dont nos villes et nos paroisses s’hosorent, sont dues à l'initiative de riches particuliers, ou à la mise en commun de modestes contributions populaires.

Dans le corps social, comme dans le composé humain, règnent des lois d'influence coordonnée, et de dépendance réciproque. L'ordre et le progrès de la société résultent précisément de cette collaboration harmonieuse de toutes les parties. 11 y a échange admirable de services. Ce que les institutions enseignantes reçoivent en secours pécuniaires et matériels. elles le rendent, elles le dispensent sous une forme ennoblie. Et plus se font abondantes les générosités qu’on leur verse, plus se multiplient, pour toutes les classes sociales, les bienfaits sans nombre dont ces maisons sont la source.

Cette réciprocité est à base d'intérêt.

Nous nous permettons de croire que l'Université peut compter sur une aide d’un caractère plus élevé, et que la chaiité bien connue des catholiques canadiens, charité attestée de tant de manières et d’une façon si constante, ne saurait rester froide en face d’une œuvre dont les besoins sont < grands. et qui est si hautement recommandée.

La vertu divine de charité n’a pas seulement pour objei de venir en aide aux personnes physiques. Il entre aussi dans sa fonction de secourir les personnes morales, les œuvres, les institutions.

Aucun théologien n’a parlé du rôle de la richesse et des devoirs de la bienfaisance en termes plus précis, plus lumineux, que saint Thomas d'Aquin. (1) Et Léon XIII ne fait que sanctionner sa forte doctrine, lorsqu'il écrit : (2) Nul assurément n'est tenu de soulager le prochain en prenant sur son nécessaire ou sur celui de sa famille, ni même de rien retrancher de ce que les convenances ou la bienséance imposent à sa personne. Nul en effet ne doit vivre contraire ment à ce qui convient. (3) Mais dès qu'on a suffisamment donné à ia nécessité et au décorum, c'est un devoir de verser le superflu dans le sein des pauvres.

Cette ‘doctrine de l'Eglise laisse une marge très large au budget des plaisirs légitimes, des épargnes familiales, des réserves d'avenir. Elie permet d’amasser d’honnêtes et utiles fortunes. Mais ele demande que les libéralités croissent, que les aumônes grossissent en proportion même de l’avoir des personnes possédantes.

Soulager de son revenu l’indigence ou doter les institutions besogneuses, c'est répondre aux vues de la Providence qui se sert de ceux qui ont plus pour aider ceux qui ont moins. C'est s'assurer des trésors de mérites, d’innombrables grâces de miséricorde et d'expiation. C'est se créer des titres solides à la reconnaissance publique, et poser, pour soi et pour les siens. les fondements d'une gloire plus durable que tant de renommées pompeuses enfouies dans l'oubli des siècles.

S'il nous fallait un troisième motif d'espérer que nos concitoyens voudront se montrer généreux envers l’Université de

1—Som. théol. T-N. QQ. XXXI-XXXII.

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