DU 16 AVRIL
(( 1^ Avantages stratégiques de notre offensive. — L'ennemi avait un plan d'action pour 1917. Certaines parties de ce plan nous sont connues d'une façon certaine, d'autres donnent encore lieu à des hypothèses plus ou moins plausibles, mais qui sont sans intérêt, comme on le verra ci-après.
« La partie du plan connue avec certitude, c'est le repli sur ce que le commandement allemand considérait comme le principal front d'attaque, dans le but d'échapper à notre étreinte.
(( Le plan du commandement français, qui ignorait au moment où il a été établi le projet de repli, avait été conçu d'une façon assez large pour pouvoir répondre au plus grand nombre d'éventualités possible.
« En fait, si les Allemands ont échappé dans une certaine mesure à notre étreinte dans la partie centrale du front d'attaque, ils ont été obligés de la subir aux ailes : au nord d'Arras pour les Anglais, en Champagne pour les Français.
« Nous leur avons donc imposé notre volonté, contraire à la leur ; nous avons pris l'initiative des opérations et nous la garderons, comme nous allons le montrer.
120 l'offensjve du 16 avril
« C'est la plus importante de toutes les victoires stratégiques.
« 2^ Avantages tactiques. — Obligés, malgré eux, de subir notre étreinte, les Allemands ont décidé de résister à outrance sur la première ligne (ce n'est pas une hypothèse, c'est une certitude, résultant des ordres saisis, des dépositions faites).
« Pour cela, ils ont renforcé leur front de défense jusqu'à lui donner une densité plus forte que celle de l'offensive (sur le front du G. A. R., où nous attaquionsavecl9 divisions, nous en avons trouvé 21).
« Or, cette résistance « jusqu'à la mort )>, ordonnée sur la première ligne, nous l'avons brisée partout, puisque partout nous avons enlevé les premières lignes, en plusieurs endroits les deuxièmes. I
« C'est la victoire tactique.
« 3° Résultats déjà acquis de la bataille engagée, — Je ne parle pas des prisonniers, des canons, ce n'est qu'un amusement pour le public. Ce qui importe, c'est l'usure des forces ennemies. Or, cette densité énorme des troupes de défense de première ligne, encore augmentée par l'afïlux sur la première et la deuxième ligne des bataillons de troisième ligne (déposition des prisonniers) a eu pour effet de causer à l'ennemi des pertes colossales évaluées par des indications concor-
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dantes à plus de 100 000 hommes, dès le 17 avril et qui se sont considérablement accrues depuis (doublées, disent certains), par notre tir d'artillerie incessant et surtout par les nombreuses contre-attaques de l'ennemi.
v( Mais surtout, résultat particulièrement important : toutes les disponibilités ennemies ont disparu. Sur 43 divisions que l'ennemi avait en réserve intactes en arrière de son front le 8 avril, il n'en reste plus que 10. Les 33 autres ont été repérées par prisonniers de tous les régiments faits sur le front anglais et français.
« L'ennemi se trouve donc dans l'impossibilité, à Vheure actuelle, d'entreprendre quoi que ce soit d'important sur aucun front.
« 4° Entretien de la bataille. — L'ennemi emploiera le procédé qu'il a employé l'an dernier, pour entretenir la bataille de Verdun et celle de la Somme. C'est le procédé de la noria (il n'y en a pas d'autres), remplacer dans les parties neutres du front des divisions n'ayant pas combattu (mais pas fraîches puisqu'elles sont en secteur) par les divisions usées de la bataille.
« L'an dernier, la bataille de la Somme se livrait sur un front étroit, à cheval sur la Somme et l'Ancre. Il y avait donc relativement peu de divisions dépensées, et le front
neutre comprenant tout le reste était très étendu et pouvait permettre à la noria de fonctionner longtemps, sinon indéfiniment. Actuellement, le front d'attaque est très vaste, d'où usure d'un bien plus grand nombre de divisions. Par contre, le front de ravitaillement est beaucoup plus étroit, d'où difficultés plus grandes du fonctionnement de la noria.
« Un calcul fait par le maréchal Douglas Haig montre que, dans les conditions actuelles, le système de la noria ne pourra fonctionner plus de quatre ou cinq semaines. A ce moment, les Allemands n'auront plus de divisions fraîches à mettre en ligne, si ce n'est celles venues de Russie.
« Nivelle. »
Je mets en fait que quiconque aura lu ce morceau pompeux, à la fois vague et péremptoire, sera immédiatement édifié sur la réussite de l'offensive, surtout s'il a lu auparavant les ordres d'attaque et les instructions qui ont préludé à l'engagement de la bataille. Je n'insiste pas sur le mal fondé de certaines affirmations, notamment sur celle qui déclare que l'ennemi « est à Vheure actuelle incapable d'entreprendre quoi que ce soit d'important sur aucun front ». Nous n'avons qu'à nous rappeler la contre-offensive aile-
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mande dirigée contre les Russes le 19 juillet, quinze jours après les foudroyants succès de Broussilolï, la prise de Czernowitz le 3 août, de Riga le 3 septembre, alors que la bataille des Flandres bat son plein de la fm juillet jusqu'en octobre, et que les Allemands ont eu à supporter en mai les violentes attaques du Chemin des Dames, en juin la bataille de Wytschaete-Messines, de durs combats en Artois, en juillet au nord de l'Aisne, à la cote 304, sur le plateau de Californie, en août au Mort-Homme. Enfin rappelojis-nous le 25 octobre, l'offensive de Caporetto contre l'Italie, au moment même où nous infligeons à nos ennemis la défaite de la Malmaison.
La chose importante à retenir, c'est l'aveu de la méthode que le général Nivelle compte employer pour venir à bout des Allemands, qu'il n'a pu vaincre dans la grande bataille stratégique préparée par lui.
Cet aveu, il l'a déjà fait d'ailleurs par la note qu'il a adressée le 22 avril au général Wilson, chargé de la liaison entre le G. Q. G. britannique et le G. Q. G. français :
« Il me paraît utile de préciser mes intentions en ce qui concerne le développement de nos offensives, afin que vous puissiez éclairer complètement sir Douglas Haig à ce sujet.
« 1<^ Bien que la progression des armées d'attaque soit moins rapide que nous l'avions
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escomptée, je ne change rien aux instructions générales pour Voffensive que fai données précédemment^ et dont le maréchal a connaissance. En particulier, aucun arrêt des opérations n'est à envisager.
« 2° Les armées du G. A. R. et du G. A. C. poursuivent activement la préparation des prochaines attaques devant tout leur front. Celles-ci seront déclenchées à des dates très rapprochées, que je vous ferai connaître dès qu'elles seront définitivement fixées.
« 3° En ce qui concerne l'offensive des armées britanniques, je désire qu'elle se poursuive dans le même temps. Ces armées doivent profiter des opérations engagées devant le front français, pour augmenter l'ampleur de leurs attaques et pour viser des objectifs plus éloignés. Leur collaboration à notre offensive commune ne sera, en effet, réellement efficace que si leur action s'exerce sur une profondeur suffisante pour menacer sérieusement l'adversaire, et V obliger à engager des réserves importantes^ etc., etc. »
Il y a tout de même une certaine légèreté, après ce qui s'est passé les 16, 17 et 18 avril, à écrire : « Je ne change rien aux instructions générales pour l'offensive... )>
Ce programme, s'il avait été appliqué, aurait épuisé complètement les forces franco-anglaises sur le front occidental. La situation
stratégique restait aussi fâcheuse pour nous qu'au début de l'offensive, telle que l'avait faite le repli allemand sur la Somme : nous venions de perdre cent mille hommes ; nous nous trouvions devant un formidable réseau fortifié, sans ailes, contraints à n'avancer qu'au prix de coûteux efforts qui auraient rapidement accru le chiffre de nos pertes et qui se seraient vite arrêtés. Par contre, l'Allemagne avait à sa disposition de larges ressources, sans compter celles du front oriental, que la déconfiture russe lui aurait permis d'amener ; car, la suite l'a démontré, la victoire de Broussilofî sur les Autrichiens ne pouvait pas avoir de lendemain dans l'état de révolution où se trouvait la Russie.
La bataille sur le front occidental aurait été une répétition de Verdun, de la Somme. On sait comment elle se pratiquait. Pour nourrir les attaques, les adversaires amènent successivement sur les fronts en activité les divisions au repos sur les fronts tranquilles, qu'ils remplacent par les unités éprouvées. Et ainsi de suite. Le général l'a dit, c'est le système de la noria. Pourquoi espérer, alors qu'on est l'assaillant, un épuisement plus rapide des ressources de l'Allemagne que des siennes ? L'issue de la lutte par usure n'est possible que si l'ennemi, accablé par une énorme supériorité numérique, attaqué sur tout son
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front, comme le fera Foch, ne peut pratiquer ce roulement de divisions et doit faire face partout à la fois.
Pour nous convaincre de l'excellence des projets du général Nivelle à ce moment, on invoque l'attitude des Anglais. Le gouvernement britannique, avisé sans doute par le maréchal Douglas Haig du mauvais effet produit en France par l'échec de l'offensive et des pseudo-entraves que le cabinet français voulait mettre à son déroulement, demanda qu'une réunion fût tenue à Paris le 4 mai. Le protocole de cette séance est significatif. Nos alliés manifestent leur désir de voir poursuivre énergiquement la campagne commencée. Mais ils disent :
« Nous sommes toutefois unanimement d'avis que la situation a changé depuis l'époque où les deux gouvernements anglais et français se sont mis d'accord sur le plan offensif commencé en avril. Ce plan n'est plus opérant; il ne peut être question de viser à rompre le front ennemi et à atteindre des objectifs éloignés.
« Laquestion est maintenant d'user et d'épuiser la résistance ennemie. Si ce but est atteint et quand il sera atteint, il faut en exploiter les conséquences jusqu'à la dernière limite possible.))
Et ce qui montre que le gouvernement
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britannique obéissait bien à une suggestion militaire, en formulant ainsi sa confiance dans le succès d'une reprise de la guerre d'usure, c'est que le maréchal Douglas Haig, reçu le 25 avril à l'Elysée, déclarait que les Allemands, n'ayant plus que 12 divisions fraîches, seraient bientôt battus par nous.
Le maréchal Douglas Haig et le gouvernement anglais, poursuivis par l'idée fixe de remporter la victoire avant l'entrée en ligne des Américains, étaient les victimes d'une dangereuse illusion. La suite le leur a prouvé et, récemment, le Times l'a reconnu loyalement.
Quand le maréchal Douglas Haig tablait sur l'existence de 12 divisions fraîches allemandes, pour justifier auprès du gouvernement français son espoir de voir l'ennemi bientôt épuisé si l'on continuait la bataille, il se trompait, comme il se trompera sur les résultats de la bataille des Flandres. Nous aurions dû, cependant, être blasés sur ces calculs trompeurs de divisions usées qui renaissent toujours.
Au 1^^ juin, après un mois de durs combats tant du côté anglais que français, les chiffres du 2® bureau du G. Q. G. indiquent que les Allemands ont 156 divisions sur Je front occidental, dont 96 ont pris part à la bataille. Si 20 divisions de landwehr ne sont
pas dignes vraisemblablement de paraître sur les fronts d'attaque, il reste 40 bonnes divisions qui n'ont pas encore été engagées, dont 14 sont disponibles en arrière du front. On voit combien les chiffres du maréchal Douglas Haig au 25 avril sont erronés.
L'heure critique.
En réalité, au lendemain du 16 avril, par dté de notre échec, de la révolution russe, •de l'entrée en guerre de l'Amérique, la situâ- Itiqn générale était complètement modifiée.
Jusqu'ici, l'Entente avait la supériorité ^des effectifs, mais l'infériorité matérielle ; le problème de la victoire se résumait pour nous à une question de canons. Les retards apportés aux fabrications nous avaient empêchés de profiter de notre supériorité d'effectifs.
Or, maintenant, par suite de la défection probable de la Russie, il devenait clair que nous allions perdre la supériorité du nombre au moment même où nous serions sur le point d'obtenir la puissance de matériel suffisante L'Allemagne, libre en Orient, pouvait, un jour ou l'autre, réunir toutes ses forces contre nous.
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Cependant, la perspective de l'apport américain permettait de croire que l'équilibre serait bientôt rétabli et que nous aurions, en fin de compte, l'énorme supériorité de tout genre, grâce à laquelle la victoire était certaine. Mais quand se produirait cette arrivée des renforts américains? Ici, il fallait compter large, se montrer d'une extrême prudence. L'Entente n'avait qu'une politique : essayer de ménager ses forces pour réaliser la soudure entre ses effectifs et ceux des Américains, pour être en mesure de profiter de tous ses avantages, au moment où elle les aurait en sa possession.
Cette conception claire, le général Pétain l'eut dès le mois d'avril 1917. Grâce à Dieu, ce fut à lui que le sort de nos armées fut confié. Ni le général Nivelle, ni le gouvernement anglais, ni le maréchal Douglas Haig n'avaient la notion juste de la politique de guerre qu'il était indispensable d'avoir à ce moment critique. S'ils l'avaient eue, auraientils demandé avec cette insistance à poursuivre une campagne d'usure qui ne pouvait tendre qu'à nous affaiblir sans nous donner les résultats décisifs qui devaient la justifier? La bataille d'avril-mai avait coûté aux Anglais 180 000 hommes. La bataille des Flandres, aussitôt entamée par le maréchal Douglas Haig, arrêtée quatre mois après sans
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avoir atteint son objectif qui était de débloquer la côte belge, leur coûtera 350 000 hommes, des cadres précieux, fatiguera le moral I de l'armée. A la suite de ces sanglants sacrifices, nos alliés se montreront incapables de reconstituer leurs effectifs et se trouveront obligés de réduire leur armée d'un quart à un cinquième par suppression de trois bataillons sur douze dans chaque division métropolitaine.
L'armée française, en s'arrêtant sur son échec d'avril et sur les améliorations de terrain de mai à juin, avait réussi à maintenir à peu près ses effectifs. En outre, elle avait retrouvé son équilibre moral. De sages mesures, une discipline ferme l'avait remise entre les mains de son chef. Par des opérations bien préparées, mais limitées, telles que La Malmaison et les nouvelles avances au nord de Verdun, nos soldats avaient de nouveau acquis la certitude de leur supériorité sur l'ennemi. Nous avions réalisé des gains précieux de terrain et amélioré notre situation par suppression des points de friction. D'autre part, l'augmentation régulière du matériel avait permis l'équipement progressif du front.
L'armée anglaise, au contraire, à la fin de 1917, était diminuée, démoralisée. A la crise d'effectifs s'ajoutait une crise de réorganisation.
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^ Que le général Nivelle ait obtenu de poursuivre sa campagne, nous aurions été dans la même situation que les Anglais, peut-être dans une situation pire. Il est permis, enfin, de se demander si l'armée dont le moral venait de fléchir au lendemain des sacrifices inutiles d'avril aurait accepté l'effort qu'on voulait exiger d'elle et si le général qui venait de tromper toutes les espérances aurait eu l'autorité morale nécessaire pour la reprendre?
Offensive et défensive.
Il ne s'agit pas de dresser Pune contre l'autre deux doctrines, celle de l'offensive et celle de la défensive, et d'affirmer que celle-ci vaut mieux que celle-là. Il n'y a pas de doctrine a priori, il y a des circonstances auxquelles il faut s'adapter. Au lendemain d'avril, nous n'avions plus rien à faire. A échéance de deux ou trois mois, nous pouvions monter matériellement et exécuter une attaque sur un front de 35 kilomètres (en comprenant le matériel prêté aux Anglais). Mais rien n'était prêt, et nous ne pouvions espérer donner le change à l'ennemi, par l'équipement simultané de plusieurs secteurs. Il fallait donc reprendre l'offensive sur le terrain d'avril et monter une nouvelle opération.
En second lieu, nos matériels d'artillerie
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lourde, en grande partie à tir lent, nous interdisaient une préparation abrégée. Nous manquions d'obus chimiques pour user du tir de neutralisation de zone, qui permet de brusquer les choses; nous étions réduits à exécuter des tirs réglés, ce qui rend la préparation très lente.
Enfm nous n'avions pas de chars d'assaut ou presque.
Nous étions donc obligés d'adopter une préparation régulière et lente, précédée de l'aménagement du champ de bataille. L'ennemi, comme toujours, prévenu de nos desseins, se fût trouvé en force devant nous. D'autre part, nous ne pouvions espérer attaquer sur un front assez large, même avec la collaboration anglaise, pour absorber d'un coup les réserves allemandes.
Que pouvions-nous espérer? Sur la Somme en 1916, une bataille de quatre mois nous avait coûté plus de 600 000 hommes, tant aux Anglais qu'à nous, pour récupérer 4 à 10 kilomètres de terrain en profondeur, sur 60 kilomètres de front. Et l'usure subie par les Allemands ne les avait pas empêchés de soutenir les Autrichiens gravement battus par les Russes et d'abattre la Roumanie. En 1917, aurions-nous obtenu avec le même matériel de meilleurs résultats ?
Ce qui est sûr, c'est qu'au prix où se payait
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ce genre d'attaques nous aurions perdu 400 000 hommes en quelques mois. Les Allemands les auraient perdus également. Mais les Allemands pouvaient les perdre ; nous ne le pouvions pas.
Il est facile de le justifier.
L'armée française, en avril, comptait 108 divisions. Nous disposions pour nos recomplètements de 675 000 hommes environ. Au taux de l'usure de 1915, c'est 115 000 hommes par mois qu'il fallait compter perdre du fait seul de l'ennemi, d'où, pour dix mois, 1 200 000 hommes environ. A quoi il fallait ajouter les malades et les indisponibles de tout ordre. Même en serrant davantage, au taux de 1916, c'était 800 000 hommes perdus. Dans ces conditions, il était normal de s'attendre à un déficit considérable que nous n'aurions pu combler. Nous devions ou réduire nos divisions à l'état squelettique, ou en supprimer une trentaine. D'ailleurs, même avec la politique d'économie qui fut suivie, on arriva au l^^^ janvier à un déficit de 50 000 hommes, ce qui nous obligea à supprimer 5 divisions et des unités isolées.
L'armée allemande, elle, forte de 234 divisions, dont 156 sur le front français, entretenait sur ce seul front un matériel d'artillerie équivalent en nombre à celui des alliés et l'emportant en qualité. Au point de vue du
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recomplètement de ses effectifs, elle disposait, à échéance d'un an, de 2 000 000 d'hommes, auxquels pouvaient s'ajouter éventuellement environ 200 000 hommes, prélevés sur la classe 1921. Or, ses pertes calculées sur la base des années les plus dures ne devaient pas dépasser 1 500 000 hommes. Donc, elle conservait une marge de sécurité de 700 000 hommes.
Au mois de janvier 1918, notre situation aurait été la suivante, si le parti de l'offensive à tout prix avait poursuivi ses desseins en 1917 : l'armée anglaise réduite d'un quart ; l'armée française réduite d'un quart ; l'armée américaine en espérance devant toute l'armée allemande intacte.
Grâce à la sagesse des prévisions du général Pétain, l'armée française s'est trouvée au 21 mars 1918 dans une situation assez bonne pour résister aux furieuses offensives allemandes pendant quatre mois, et attendre l'arrivée des renforts américains qui permirent au maréchal Foch de libérer le pays.
Il resterait à montrer que les partisans de l'offensive ont mauvaise grâce à s'appuyer sur l'exemple de Foch pour exalter Nivelle. Le maréchal Foch a dû attendre quatre mois que le dispositif allemand lui offrît la possibilité d'une manœuvre convergente et que ses forces fussent à la hauteur de la tâche ; les
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Allemands, par leurs avances mêmes, ont créé les saillants qui ont donné au maréchal Foch une prise favorable, alors qu'en 1917 ils avaient supprimé le saillant de Noyon pour mieux se garder.
D'autre part, nos ennemis étaient sortis de la zone fortifiée, et c'est sur un terrain mal organisé que nous les avons contre-attaques, sur un front qui a fini par englober tout le front franco-anglais. En 1917, nous nous sommes heurtés à une barrière puissamment organisée contre un ennemi averti dont les forces n'étaient pas usées, sur un front trop étroit, avec des moyens médiocres. L'exemple du général Ludendorlï est là pour montrer que l'offensive engagée inconsidérément ne réussit pas toujours, et que la défensive a quelquefois du bon. C'est par la juste combinaison des deux doctrines que Foch et Pétain ont conduit l'Entente à la victoire. Leurs noms sont inséparables.
Quelque effort que l'on fasse pour obscurcir l'affaire du 16 avril, on n'y parviendra pas. Les faits sont trop clairs pour qu'il soit possible de faire du général Nivelle soit une victime de la politique, soit le tenant d'une doctrine offensive en défaveur. Le général Nivelle n'a été que sa propre victime. Son cas est celui d'un général malheureux, et rien de plus. Son nom s'ajoute à la liste de ceux qui
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ont encouru les mêmes disgrâces. Il ne faut pas que le désir de tempérer son infortune soit l'occasion de fausser l'histoire.
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