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144 l'offensive du 16 avril
L'année 1916 est un peu moins onéreuse. De février 191 6 à janvier 1917 (exclus), c'est-à-dire en onze mois, les pertes atteignent 876 000 hommes, soit environ 80 000 hommes par nïois. Dans ce laps de temps, il est vrai, on a réalise des opérations importantes : la défensive de Verdun, la bataille de la Somme, la première offensive de Verdun.
En 1917, nous trouvons une période relativement calme au début, sans offensive. Les opérations commencent en fait au 15 avril, par l'offensive de l'Aisne. Au départ du général Nivelle, le 15 mai, nos pertes se montent, après un mois d'offensive de l'Aisne, à 150 000 hommes, pour cette seule bataille, auxquels il faut ajouter 106 000 hommes pour les trois mois précédents, qui doivent être considérés comme des mois sans grandes pertes. Il est difTicile, pour ce début d'année, d'établir la moyenne, les opérations se poursuivant en général dans la belle saison.
Du 15 mai 1917 au 15 mars 1918, période pendant laquelle le général Pétain réalise la politique d'économie des forces, tout en poursuivant la conquête du Chemin des Dames, la bataille des Flandres, la Malmaison, les offensives de Verdun, les pertes totales en dix mois sont de 362 000 hommes, soit une moyenne de 36 000 hommes par mois. Remarquez que la période de stabilisation de janvier-février 1918 mérite cette fols bien son nom, puisque nos troupes n'accusent qu'un chiffre de 51 000 hommes de pertes, soit deux mois de 25 000 hommes.
Il est facile de voir que, si le général Pétain, méconnaissant; les conditions dans lesquelles venait d'entrer l' Entente, avait, dans la période qui a précédé l'offensive allemande, c'est-à-dire du 15 mai au 21 mars 1918, appliqué la méthode d'usure de ses prédécesseurs, nous aurions, en tablant sur la moyenne la plus basse, de 75 000 hommes de pertes par mois, perdu 700 000 hommes, soit 400 000 hommes environ de moins, qui auraient contribué à arrêter l'envahisseur.
Le tableau de M. Marin montre la justesse de nos calculs.
Mais il met également en lumière les graves fautes de l'année 1915. Le commandement, pénétré de cet esprit offensif qui est traditionnel dans l'armée française ; par surcroît, désireux d'appliquer la règle néfaste qui veut qu'on prenne à tout prix l'initiative des opérations, a multiplié les attaques, sans aVoir la méthode appropriée à cette guerre, ni le matériel suffisant. Pour des. résultats minimes il a, à la lettre, épuisé l'armée française. Nos
LA VEUITE SUR
troupes ont payé cher l'expérience que les états-majors devaient acquérir avant de vaincre, expérience qu'on aurait pu assurément acquérir à moins de frais.
Mais ici, on doit tenir compte d'une nouvelle illusion dont il faut que nos états-majors se débarrassent, s'ils ne veulent pas retomber dans les mêmes aberrations. Les calculs de pertes attribuées à l'ennemi, l'usure des divisions adverses tels que les 2° bureaux les établissent sont essentiellement trompeurs. Dans une guerre qui met en jeu toutes les forces d'une nation, il est vain de croire qu'on peut user les ressources de l'ennemi, sans s'user soi-même- Que de fois avons-nous entendu dire : les Allemands n'ont plus que tant de divisions! Lors de l'entrée en ligne de la Roumanie, notamment, le 2" bureau du G. Q. G., comptant avec l'extension du front qui résultait de cette intervention, niait aux Allemands le pouvoir de grouper sulfisamment de forces pour contre-attaquer en Transylvanie. « Ils n'ont plus qu'une seule division de réserve, » affirmai t-on. Or, moins de quinze jours après, Mackcnzen, avec 10 divisions de premier ordre, bousculait les Iloumains et commençait la' campagne qui se terminait par l'écrasement de nos Alliés.
Il serait déplorable que de telles leçons fussent perdues. Il faudrait, tout de même, enseigner aux futurs chefs de l'armée française que « l'oftensive » et « l'initiative des opérations » ne constituent pas des dogmes intangibles, et qu'il convient d'user de discernement pour les apphquer.
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