L UNITE DE COMMANDEMENT PENDANT LA BATAILLE DU 16 AVRIL
Les phases successives des pourparlers, au terme desquels fut décidée la subordination du commandement britannique au général commandant en chef les armées françaises, se décomposent ainsi :
Le 15 janvier, au War Comitte, tenu à Londres, le général Nivelle avait demandé et obtenu, en dépit de certaines résistances du maréchal Douglas Haig, la relève des unités
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françaises par les troupes britanniques, depuis le y> que celles-ci occupaient alors jusqu'à la route de Rf)
D'autre part, les armées britanniques devaient tenues prêtes à attaquer le 1< •■ avril.
Il n'est pas question encore de ^^uprématie du commandement français. Cependant, à la suite d'ouvertures faites dans ce sens auprès du gouvernement anglais, on décida de trancher la question.
Une deuxième réunion fut fixée le 27 février à Calais, à laquelle prirent part MM. Lloj^d George, le maréchal Haig, M. Briand, le général Lyautey, le général Nivelle, parmi les principaux. Il en sortit un accord dont voici les passages établissant le mode de subordination auquel fut astreint le maréchal anglais.
I. Attendu que l'objet essentiel des opérations prochaines sur le théâtre occidental de la guerre est de chasser l'ennemi du territoire français, et attendu que l'armée française dispose d'effectifs plus considérables que l'armée britannique, le cabinet de guerre britannique reconnaît ([ue la direction générale de la campagne doit appartenir ai; commandant en chef de l'armée française.
II. Dans ce but, le cabinet de guerre britannique gage à donner au maréchal commandant l'armée expéditionnaire britannique l'instruction de mettre son projet d'opération en accord avec le plan stratégique d'ensemble du commandant en chef de l'armée française.
III. Pour la période comprise entre la signature de la présente convention et le début des opérations, le cabinet de guerre britannique s'engage, de plus, à donner au maréchal commandant l'armée expéditionnaire britannique l'ordre de se conformer aux vues du commandant en ' "• de l'armée française, sauf au cas où il estimerait qu't conformant il compromettrait la sécurité de son ari,,.v.. Dans le cas où le maréchal sir Douglas Haig se croirait tenu, pour ce motif, de s'écarter des instructions du gén'ral Nivelle, il devrait adresser un rapport sur l'attitude
a prise et les raisons qui l'y ont déterminé au chef de li major impérial pour être communiqué au cabinet de guern britannique.
IV. Le cabinet de guerre britannique s'engage, de plus à donner au maréchal commandant l'armée expéditionnaire britannique les instructions suivantes :
A partir de la date à laquelle commenceront les opérations prochaines sur le front occidental, et jusqu'au moment oC
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ces opérations seront terminées, il devra exécuter les ordres donnés par le commandant en chef de l'armée française en tout ce qui concerne la conduite des opérations, étant bien entendu que le commandant des armées anglaises sera libre de choisir les moyens à employer et la manière d'utiliser ses troupes dans la zone d'opérations qui lui a été attribuée par le commandant^en chef de l'armée française, dans le plan primitif d'opérations.
V. Le cabinet de guerre britannique et le gouvernement français, chacun en ce qui concerne sa propre armée, restent juges de la date à laquelle seront considérées comme terminées les opérations. A ce moment, les arrangements en vigueur avant le début de cette période reprendront leur plein etïet.
NOTE III Les pertes du 16 avril.
Il existe, dans la légende du 16 avril, un point particulièrement troublant, au sujet des pertes subies par l'armée française. Le gouvernement, en communiquant aux parlementaires des chiffres faux et démesurément grossis, aurait contribué à affoler l'opinion publique. Il importe de rétablir les faits sur ce point particulier.
Tout d'abord, quelles sont les pertes subies par l'armée française du 16 au 25 avril? Les chiffres officiels établis avec certitude le 15 mai sont les suivants en chiffres ronds :
Tués sur le terrain 28 000
Morts dans les formations sanitaires
de l'avant 5 000
Blessés 80 000
Prisonniers 5 000
Il est à remarquer que, dans les 80 000 blessés, figurent une vingtaine de mille blessés légers et éclopés, qui ont rejoint leui- corps avant le 30 avril.
Devant la Commission de l'Armée du Sénat, M. Justin
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Godart, interrogé sur le chiffre des pertes dès le 26 avril, répondit : « D'après les chiffres du G. Q. G., le nombre des blessés atteindrait près de 100 000, exactement 99 821 -). M. Godart présumait que ce chiffre était exagéré, qu'il y avait double emploi à cause de la méthode en usage. Ses propres recoupements lui donnaient, en effet, des chiffres variant entre 77 000 et 80 000.
Le même jour, M. Godart signalait au G. Q. G. que des erreurs devaient s'être glissées dans ses chiffres, et que sa méthode devait entraîner des doubles emplois. Sur cette observation, le capitaine Loiseau, du service de santé du G. Q. G., abaissa son chiffre aux environs de 95 000, 5 000 malades ayant été comptés par erreur parmi les blessés. Son chiffre de tués était de 25 000.
Le 28 avril, devant la Commission de l'Armée de la Chambre, M. Godart donnait comme évaluation du G. Q. G. 20 000 tués et 95 000 blessés, en spécifiant encore ui^e fois que ces chiffres seraient vraisemblablement diminués par une évaluation plus exacte.
Les jours suivants, le sous- secrétaire d'État au service de santé, ayant constaté que les erreurs se multiphaient dans les calculs du G. Q. G., que des doubles emplois constants s'y ghssaient, résolut de ne plus s'appuyer sur ces chiffres.
Toutefois, le 13 mai, à la demande expresse du gouvernement, qui réclamait des chiffres plus précis, le général Nivelle envoya les évaluations suivantes :
15 689 tués ; 60 036 blessés ; 20 500 disparus.
Il y avait un écart assez fort entre ces chiffres donnes par le général Nivelle et ceux communiqués par M. Godart aux commissions, sur les indications, il est vrai, du G. Q. G. 11 n'y avait qu'un malheur, c'est que les chiffres donnés par le commandant en chef étaient radicalement faux.
En effet, il convient de remarquer que cette statistique est conçue de manière à ce que les 5 000 hommes morts dans les formations sanitaires de l'avant, avant le 25 au i>oir, n'y figurent pas.
D'autre part, cette Uste ne comprend pas non plus les petits blessés qui ont rejoint du 16 au 30 avril.
Enfin, ne sont comptés comme tués que ceux dont la mort a été certifiée par deux témoins, tous les autres ayant
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cté placés sous la rubrique disparus. Or, d'après l'ennemi même, nous n'avons eu que 5 000 prisonniers.
Comme on le voit, le chiffre obtenu par le général Nivelle, au moyen d'omissions, est encore plus éloigné de la vérité (jue le chiffre approximatif établi sur des données hâtives par M. Godart est éloigné de celni-ci.