‹ L'officier de fortuneChapitre 55 sur 97 · LE ROI, LA METTRIE · texte numérisé non relu

LE ROI, LA METTRIE

LE ROI

Vous conviendrez au moins, docteur, que j’ai pris toutes les précautions de nature à protéger l’arrivée de nos deux messagers; c’est à leur intention que j’ai fait établir ici cet avantposte.

LA METTRIE, l’interrompant.

Et Votre Majesté prend bien de la peine pour rien.

LE ROI, avec colère.

Comment? Vos amis les Invisibles ne doivent-ils pas m’apporter aujourd’hui môme les cent mille ducats...

LA METTRIE

Pardon 1... m’apporter... à moi, votre humble serviteur.

LE ROI

Qu’importe! et il ne vous vient pas môme à l’idée... vous ne supposez môme pas que nos ennemis, qui sont à deux milles de nous, à peine, puissent en avoir l’éveil et tenter de s’en emparer.

LA METTRIE

Je ne le suppose pas; j’en suis certain.

LE roi.

Eh bien, alors... fin politique que vous ôtes, n’ai-j8 pas raison d’être inquiet. J’ai môme fait un calcul... pour arriver ce soir au camp, il faut que vos Invisibles passent à travers les grand’gardes des Pandours?

LA METTRIE

Tiens, tiens, mais le calcul de Votre Majesté est assez juste.

LE ROI

Ah ! Et il se pourrait alors qu’il ne fussent ici que demain dans la journée... Or, j’ai compté sur cette somme et il me la faut demain matin pour solder mes troupes.

LA METTRIE

Je me disais aussi... Diable... Si les rois se mettent à calculer juste... qu’allons-nous devenir ! Mais votre conclusion me rassure, car elle est complètement erronée.

LE ROI

Plaît-il ?

LA METTRIE, tranquillement.

Je vous ai promis que mes messagers arriveraient ce soir... ils arriveront ce soir.

LE ROI

Même en passant à travers les lignes ennemies?

l’officier de fortune

LA METTRIE

Môme en passant à travers les lignes ennemies. Ecoutez donc, on ne les appelle pas les Invisibles pour rien.

LE ROI, qui est allé regarder à sa montre à la lueur d une lanterne.

Joli genre de plaisanterie ! — Et que diriez-vous, monsieur l’infaillible, si je vous apprenais que l’heure est passée ?

LA METTRIE

De combien de minutes, Sire ?

LE ROI

De dix minutes, monsieur! C’est peu, sans doute, mais...

LA METTRIE

C’est beaucoup, quand il s’agit de tenir une parole. Et à cela je répondrai, Sire, que, selon toutes probabilités, vos cent mille ducats sont arrivés.

LE ROI, avec colère.

Ah! c’est trop fortl... cette fois, je vous prie decesser cette raillerie.

LA METTRIE

Mais je ne plaisante pas, Sire, (Lentement en regardant les bohémiens.) et si vous possédiez la lumière qui fait voir...

Les deux bohémiens se lèvent.

LE ROI

Je ne vous comprends pas !

LA METTRIE

Vous verriez ce que je vois, moi : (Accentuant.) moi, qui suis un de ceux qui savent et qui voient ?... Moi, qui sais que l’heure est venue... l’heure do la justice et de la liberté.

Los deux bohémiens écartent leurs haillons et laissent voir sur » % * }

leur poitrino 1 équerre maçonnique.

. . % Ct * LA METTRIE.

Regardez, Sire. Regardez!

LE ROI

Ah ! (Haut et après un moment.) Soyez les bienvenus, messieurs. Il était dangereux d’arriver jusqu’ici. Je vous remercie de votre exactitude !... Vous allez me suivre, messieurs!

Entrent Kerner, Schell, et les soldats.

LE ROI, à Kerner.

Cet avant-poste est maintenant inutile. Que tout le monde rentre au camp. Et demain, en campagne !

LA METTRIE, en sortant, h part.

Nous verrons, alors, si c’est de l’argent bien placé.

LE ROI

Eh bien, venez-vous, La Mettrie? Au camp, messieurs I

Sortie dn roi, de La Mettrie et des bohémiens.

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