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môme cet employé a le droit d’en exiger autant de notre part. Bien que notre service ne tombe pas directement sons le contrôle du public, il n’en relève pas moins.
Nous entendons les clameurs de la très grande majorité de nos camarades.
— Quoi, ce voyou qui passe a le droit de se mêler de notre vie, de surveiller ce que nous faisons, de demander des comptes? Eh bien! il ne manquerait plus que ça; qu’il y vienne I
Ce n’est pas tout à fait ce que nous- disons.
Nul n’a le droit de se mêler de votre vie privée, tant que vous vous tenez dans les limites naturelles imposées à chaque homme par l’obligation de vivre en société, pas plus le voyou en question que vos chefs, quoi qu’en dise le règlement, mais tout le monde a le droit, dans les formes légales nous le répétons, de vous demander compte de votre vie officielle. Si vous flânez à l’exercice, si vous brutalisez vos hommes, le premier passant venu a le droit et le devoir de demander aux pouvoirs compétents des mesures pour qu’il n’en soit plus ainsi. Et vous n’avez qu’un droit, vous, celui de vous justifier et d’obéir, s’il y a lieu. Que si vous êtes mis en cause injustement, la loi est là qui vous offre son appui contre le calomniateur.
Nous disons bien la loi. Il y a des officiers, en effet, qui se figurent pouvoir se tirer d’affaire en envoyant des témoins à leur accusateur. Le cas s’est produit plusieurs fois, et assez récemment pour qu’il soit nécessaire de faire des personnalités.
Ces officiers ont tort, incontestablement. Si on
I , se mettait sur ce pied-là, tous les fonctionnaires n’auraient qu’à fréquenter assidûment les salles d’armes et à envoyer un coup d’épée à tout citoyen assez mal avisé pour se plaindre de leur service. Ce serait un joli régime.
On cause souvent des ouvriers à table et dans les salons militaires. 11 va de soi qu’on est bourré ; d’idées fausses et de renseignements inexacts. Il
1 n’est pas rare d’entendre affirmer que les ouvriers
i gagnent, beaucoup : de 10 à 12 francs par jour, la
moyenne de 7 à 8 francs, les moins bien payés, de 5 à 6 francs. Si avec ça, ils ne sont pas heureux, ajoute-t-on, c’est leur faute, c’est qu’ils dépensent I la plus grande partie de leur argent au cabaret,
i L’ouvrier ivrogne, on ne connaît que cela parmi
1 les officiers.
Nous ne disconvenons point des ravages de l’al- * cool dans le prolétariat et dans la classe ouvrière,
I en particulier. Gela tient à des causes multiples ; qu’il serait trop long de discuter ici et qui ne rentrent pas dans le cadre de notre étude. Nous croyons devoir dire cependant, avec beaucoup d’économistes, que cet état de choses regrettalile doit être im- ’ puté en grande partie à la société et surtout aux gros industriels qui, pour la plupart, n’ont même pas une idée de leurs devoirs vis-à-vis des ouvriers. Le jour où les patrons ne verront plus seulement en eux des instruments auxquels il faut faire produire le plus possible, mais aussi des hommes ayant une vie intellectuelle et morale dont il faut tenir compte, le jour où le capital se décidera enlin à voir dans le travail un auxiliaire précieux et un collaborateur indispensable, ayant au moins autant
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de droits que lui aux bénéfices des entreprises, en attendant qu’il soit le vrai souverain, ce jour-là la situation changera.
Quoi (pi’il en soit, nombreux sont les ouvriers rangés, connaissant peu le cabaret, vivant modestement mais dignement. Malheureusement, malgré des prodiges d’économie, nombreux aussi sont ceux qui n’arrivent pas à joindre les deux bouts, par suite de salaires notoirement insuffisants.
Nous nous sommes livré à une petite enquête pour Paris et la banlieue, où les salaires sont le plus élevés. En voici le résultat.
Un grand nombre d’ouvriers, presque tous ceux qui n’ont pas appris de métier, employés dans les fabriques de produits chimiques, ou dans les constructions, par exemple, gagnent de 0 fr. 35 à 0 fr. 45 l’heure. Les ouvriers de profession, maçons, menuisiers, fondeurs, ajusteurs, etc... gagnent environ 0 fr. 60 l’heure; les charpentiers vont deOfr. 70 à Ofr. 80; seulement ils chôment pendant au moins le quart de l’année. Le chômage du reste, les atteint tous plus ou moins, mais suffisamment pour que la misère soit toujours au logis. Les employés de bureau, dans les usines, gagnent de.l25 à 175 fr. par mois.
Nous sommes bien loin, n’est-ce pas, des chiffres mirifiques cités plus haut. Trente-cinq centimes l’heure, soit 3 fr. 50 avec la journée de 10 heures, somme qu’il faut réduire à 2 fr. 50 par suite du chômage et des jours fériés. Allez donc nourrir une femme et toute une nichée de mioches avec cela. Ah! comme on voit bien que messieurs les officiers connaissent peu la vie.
Certains officiers méconnaissent tellement les droits du public qu’ils en arrivent à se croire complètement indépendants. L’idée que le pouvoir dont ils sont investis leur a été simplement délégué par ; la Nation dans un but déterminé, ne leur vient même plus à l’esprit. Du moment ou ils ont la i force, ils se croient les maîtres, et ils veulent faire marcher le pays. Quand on leur parle de respect aux lois, de supprématie du pouvoir civil, ils ne comprennent pas et se figurent que ce sont là des conceptions plus ou moins baroques de politiciens aux abois. Il en est de même aussi bien de certains principes élémentaires de sociologie et de politique, tels que la séparation des pouvoirs, les droits de la défense, l’inconvénient des lois de circonstance, la soustraction d’un accusé à ses juges naturels, etc. Nous citons ceux-là, parce qu’ils ont été mis passionnément en cause par les deux partis au cours de la douloureuse crise que nous venons de traverser et qu’ils ont frappé plus particulièrement notre esprit. Quand toute la France éclairée et libérale était suspendue aux lèvres des sénateurs Béranger, Waldeck-Rousseau et Monis, combattant avec une éloquence émue et élevée, l’odieuse loi de dessaisissement de la Chambre criminelle, la plupart des ofliciers français ne voyaient dans et s trois hommes éminents, que des agents de l’étranger achetés par le fameux syndicat. Alors que les principes fondamentaux des sociétés civilisées, par un étrange retour à la barbarie, étaient remis en discussion, nos
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officiers se repaissaient des inepties quotidiennes que leur servait une certaine presse; ils ne voyaient rien, ils n’entendaient rien, sinon les cris de haine et de mort de sauvages égarés dans notre siècle. Que leur parlez-vous de droits de la défense, de débats contradictoires, de juges faits pour juger, quand des généraux et des ministres affirment (( sur l’honneur » que l’accusé est coupable ?
Mais enfin, disions-nous, ces ministres ont pu se tromper; nous en avons la preuve par le faux Henry, qu’on nous avait cependant donné comme très authentique. Du reste, ajoutions-nous, quand bien même nous serions- « certain » de la culpabilité de l’accusé, nous ne voudrions jamais le condamner sans l’avoir entendu. Mais pensez donc à l’erreur possible, malheureux, la certitude « absolue » n’étant pas de ce monde I Pensez donc à ce que doit être le supplice d’un innocent, .surtout quand il est condamné pour crime de haute trahison 1
C’était prêcher dans le désert. Bien mieux, on nous prenait en pitié. Il paraît même qu’en dehors de notre présence, on ne se gênait pas pour dire que nous étions un peu toqué. La tradition est si forte chez ces gens-là, le galon et l’autorité leur en imposent tellement, que rien ne peut les faire revenir de leur aveuglement. A notre avis, il y en a encore au moins pour un siècle, avant que leur éducation civique soit à peu près suffisante. 11 y a des conceptions qui leur échappent totalement, qu’on ne saurait à aucun prix, pour le moment, faire pénétrer dans leur esprit. C’est comme si on parlait grec à un illettré. Il est par conséquent inutile de discuter : ils ne comprendraient pas.
I Mais revenons à nos moutons
■ Nous avons parlé du passant de la rue, de l’ou- ; vrier. Le commerçant, le petit fonctionnaire ne
sont guère mieux traités. D'abord leurs femmes et leurs lilles sont la proie naturelle de l’oflicier, on les regarde insolemment dans la boutique, dans la , rue, à la promenade, à la musique, même quand j elles sont au bras du mari ou du père; on ne s’oc- I cupe pas plus de ceux-ci que s’ils n’existaient pas.
! Quelquefois même, sans en avoir l’air, on donne ' un petit coup de coude à madame, en passant. Si le I mari se plaint, on le trouve bien extraordinaire, i Gomme s’il ne devait pas s’estimer très heureux I qu’un officier veuille bien remarquer sa femme, et ; au besoin, l’honorer de ses faveurs. On n’a pas idée I de ça, vraiment, des manants qui ont la prétention i d’avoir une femme pour eux tout seuls ! En vérité 1 ■ la roture devient de plus en plus insupportable, j avec les idées égalitaires du jour, il n’y a plus ! moyen de vivre. Si on n’avait pas le cheval et la brasserie, ce serait à mourir d’ennui!...
Puis(iue nous parlons de la brasserie, mention- , nous en passant la conduite peu digne de certains j jeunes ofliciers, quand ils en sortent la nuit, légè- ! rement émus, pour ne pas dire plus. 11 n’y a pas
■ de garnison où le fait ne se produise plusieurs fois : dans l’année. Ces messieurs parcourent les rues, en
i faisant du tapage, criant, g . , le mot est plus
j juste, cognant contre les devantures des magasins, ï tirant les sonnettes, réveillant les gens paisibles,
I insultant ceux qui osent se plaindre, vociférant { des propos révoltants. Le lendemain les chefs sont ij généralement au courant, mais ils en rient; cela
L’OFFICIER
leur rappelle, disent-ils, leurs années de souslieutenant. C’est possible, mais en attendant, la police qui est toujours si bienveillante pour les officiers en goguette, est impitoyable pour les civils qui osent prendre de pareilles libertés, et elle les « fourre carrément au bloc ». Et tout le monde les traite de voyous. C’est notre avis, mais pourquoi les uns mériteraient-ils cette qualification et les autres non? La voyoïicratie ne résulte pas de la situation sociale, mais delà conduite.
Il arrive souvent, après ces saturnales de mauvais goût, que des pékins adressent des réclamations au colonel. Neuf fois sur dix, celui-ci n’en tient aucun compte, ou bien il convoque ses officiers pour leur faire part de la plainte qu’il a reçue et les admonester paternellement. Il a été souslieutenant avant eux et il sait bien ce que c’est ; il est du reste convaincu que le « bonhomme » qui se^ plaint exagère ou n’est pas digne de foi. Après tout, il n’en aura que mieux dormi après. Tout de même, il faut faire attention. Songez donc à ce qui arriverait si la presse, cette presse qui se mêle toujours de ce qui ne la regarde pas, allait prendre l’affaire en mains ; il peut en résulter une interpellation à la Chambre, un scandale qui entraînerait peut-être le déplacement du régiment ou des punitions disciplinaires, un tas d’ennuis en un mot.
Quant à savoir si la dignité des officiers consiste à se conduire comme des voyous ; quant à savoir s’ils ont le droit, à une heure avancée de la nuit, de réveiller brutalement les gens et de les in.sulter grossièrement, il n’en est pas question. Evitez les
histoires, messieurs; pour le reste vous pouvez vous considérer en pays conquis....
En vérité, tout ceci finira mal ; ces-gens là ne voient pas qu’ils courent à l’abîme.
On n’a guère affaire au paysan que pendant les exercices autour de la garnison ou aux manœuvres. Des conflits assez fréquents se produisent cependant, presque toujours par la faute des officiers et grâce à leur arrogance.
Le paysan peine toute l’année et l’on conçoit qu’il ne soit pas très content quand une troupe pénètre dans sa luzerne ou dans son blé. Souvent, nous l’admettons, le dégât est insignifiant, mais enfin il y a dégât. On comprend donc facilement que « cette espèce de bonhomme », comme on l’appelle dédaigneusement, proteste. Ce qu’on comprend moins, c’est que les officiers le traitent généralement de haut, surtout quand ils ont manifestement tort.
Aux grandes manœuvres, mêmes observations. On arrive dans un cantonnement et l’on s’y installe presque comme en pays ennemi ; on fait « comparaître » le propriétaire, on manifeste souvent des exigences excessives, sur un ton plus ou moins arrogant, on entre chez lui comme dans un moulin. Ils sont encore nombreux les officiers qui manquent totalement de politesse vis-â-vis de leur hôte quand ce dernier n’est pas homme du monde. Du moment où il s’agit d’un fermier ou d’un pauvre homme, on ne se croit plus tenu à aucune conve-
nance, ce qui prouve bien que pour beaucoup de ces messieurs, l’éducation n’est qu’une question de l'orme et qu’elle n’est que superficielle; le éœur n’en a pas été pénétré. Sortez-les de leur milieu et grattez-les un peu, vous trouverez le reître.
Pour terminer sur ce point, un conseil à tous les pékins qui ont à se plaindre des militaires et surtout des officiers et sous-offlciers. Qu’ils n’adressent jamais leurs réclamations aux colonels, mais bien au commissaire de police ou au procureur de la République, s’il y a lieu. Qu’ils n’hésitent jamais non plus à en saisir la presse. C’est le seul moyen d’en finir avec des coutumes vraiment intolérables et des procédés d’un autre âge.
Tant qu’on n’aura pas fait comprendre à messieurs les officiers que nul n’est au-dessus des lois, une crise de militarisme aigu sera toujours à craindre et. Dieu merci, la France n’en ressent nullement le besoin.
Nous voudrions maintenant faire connaître l’opinion des officiers sur les républicains en général et sur les socialistes en particulier. C'est bien simple.
Définition :
« Les républicains se recrutent, sauf de rares » exceptions, dans la canaille ; quant aux socialis- » tes, c’est de la canaille pure ».
Comme on le voit, ce n’est ni compliqué, ni difficile à retenir.
Un officier supérieur avec qui nous nous entretenions il y a quelques mois sur ce sujet, nous ci-
' tait, comme les principales personnalités de « ce I monde de la canaille ».
, 1° M. Henri Brisson, l’autenr de la Révision. Il
i paraît que son mobile, en transmettant à la Cour de Cassation la requête de madame Dreyfus, était de livrer la France aux socialistes (sic). Du reste, il avait dû certainement toucher de grosses sommes du f syndicat. Quant à croire qu’il pouvait, après tout,
[ avoir eu des doutes sur la culpabilité du condamné I de 1894, il ne fallait même pas y songer. Notre j interlocuteur partait de ce point, c’est que cette j culpabilité était certaine, du moment que plusieurs ! ministres de la guerre l’afürmaient. Dans ces conditions, l’idée que M. Brisson avait simplement fait son devoir ne pouvait môme pas lui venir à l’esprit. Gela lui paraissait du reste extraordinaire de la part d’un républicain radical, franc-maçon par dessus le marché !
Puis(iue nous parlons de la franc-maçonnerie, nous nous permettrons de dire que nous la désap- I prouvons absolument, sous un gouvernement de I liberté comme le nôtre. Nous trouvons ses us et coutumes aussi ridicules que ceux de l’église catholique, aussi carnavalesques. Ils ne peuvent à notre humble avis, qu’éloigner les gens de la Ré- I publique au lieu de les attirer. Nous ne parlons I pas du programme « théorique » de l’association, absolument sublime, pas plus que de sa guerre I très méritoire au cléricalisme et à l’esprit de réac- I tion. Mais si elle se comprenait sous l’empi’re, au- I joiird’hui elle n’a plus aucune raison d’être, î Quoi qu’il en soit, beaucoup de braves gens, en ) France, pas mal d’officiers tout au moins, ont cru,
l’officier
comme parole d’Evangile, que le « sinistre » Brisson avait sauvé le ministère Waldeck-Rousseau, le jour où il s’est présenté devant la Chambre, en, faisant une espèce de signe cabalistique que les grands chefs de la maçonnerie emploient dans les circonstances suprêmes.
In hoc signo vinces.
Et il fut vainqueur! Sans cela, ça y était. Il paraît que tout maçon qui ne se serait pas rallié au drapeau dans ce moment de détresse, aurait été excommunié.
Voici ce qu’écrivait à ce propos un homme qui passe pour avoir de l’esprit mais qui semble, dans tous les cas, manquer totalement d’esprit critique.
« Il est inadmissible que pour sauver un minis- )) tère qui scandalise le pays, un bonze sinistre n’ait )) qu’à faire à la tribune des gestes grotesques et » qu’il apporte à une fraction considérable de la » Chambre l’ordre sans réplique d’une confrérie qui » se cache et dont le peuple ignore également les » desseins et les titres. »
(Jules Lemaître, Echo de Paris, du jeudi 6 juillet 1899.)
N’empêche que plusieurs républicains maçons, entre autres M. Méline, pour ne pas le nommer, n’ont pas obéi à cet ordre « sans réplique », et ont voté contre le ministère. Aussi sommes-nous convaincu qu’il a dû se passer des choses épouvantables dans les loges, mais que rien n’en apercé au dehors. Si les chairs tenaillées ont crié grâce, si les membres écartelés se sont tordus dans d’atroces douleurs, nul ne l’a su, le mystère et l’ombre ont gardé leur secret. Mais cela a dû être épouvantable.
Songez donc ? L’ordre était sans réplique et le bonze , sinistre ! Et il s’agit d’nne confrérie qui se cache !
; Ne vous semble-t-il pas sentir comme une odeur d’inquisition ? Déjà, derrière le mur, la bannière sinistre pour tout de bon cette fois, apparaît, avec sa tête de mort et ses os en croix. C’est Torquemada qui s’acquitte envers les fiancés, c’est l’abîme qui s’ouvre sous les pas de l’esprit humain, c’est l’Es- . pagne qui descend dans la nuit.
Il en est ainsi de toutes les inepties d’une certaine presse. On les avale comme pain bénit : au fond ça se vaut. Il n’en est pas moins vrai que la maxime jésuitique a du bon : « Mentez, mentez toujours, quelque chose en restera. » Quand on a affaire à des gens dressés suivant la méthode ro- I maine, elle a même beaucoup de bon, puisqu’ils j croient tout, pourvu que cela vienne des autorités I reconnues par eux.
; 2" Tous les champions de la Révision, Zola en
' tête. Glémenceau est «vendu» aux Anglais, cela est , de notoriété publique. Ses admirables articles de ! V Aurore, où la beauté du style ne le cède qu’à la ' hauteur des vues et à la profondeur de la pensée, j ont tous été faits en vue de préparer le triomphe ; de l’Angleterre ; c’est encore un de ces « sans pa- I trie » qui préfèrent la nationalité anglaise à la nationalité française. Inutile de dire quec’estunde ceux qui ont été « arrosés » le plus par le Syndicat.
I 30 L’admirable et éloquent Jaurès, cet apôtre, n’est qu’un farceur à la phrase vide et sonore, une i de ces « canailles » socialistes dont les grands 1 mots ne visent, au fond, qu’à l’assiette au beurre I et qui vivent de la misère du prolétariat. On nous
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affirme cela, puis, on ajoute immédiatement, sans se douter le moins du monde de la contradiction :
(( Du reste, c’est un faux socialiste ; il a un château et une grande fortune qu’il se garde bien de partager. » Ce dernier mot est le suprême argument de cette multitude immense des imbéciles, ignorant le premier mot des doctrines socialistes, ce qui ne les empêche pas d’en parler ex cathedra.
Qu’il y ait de faux socialistes, cela n’est pas douteux, l’égoïsme et l’hypocrisie régnant dans tous les milieux, mais quand on accuse M. Jaurès d’être un de ceux-là, nous protestons, bien que nous n’ayons pas l’honneur de le connaître. Il n’y a qu’à lire ses articles et ses ouvrages pour sentir sa sincérité et sa bonne foi. Quand on est doué d’un peu d’esprit critique, il y a des choses qui ne trompent pas.
4° M. de Pressensé est un protestant sectaire, un « immonde polisson », comme disait ce brave colonel qui ne le jugeait même pas digne d’un coup d’épée.
Voilà ce qu’on dit de ce publiciste courageux, de ce grand lutteur, de ce missionnaire, de cet homme de bien, de ce bourgeois qui, un jour, à l’occasion du !“’■ mai, écœuré de l’égoïsme et des préjugés de sa caste, se rallia solennellement au socialisme, montrant ainsi son âme généreuse et noble, sacrifiant tout à sa conviction. Quel recueillement, que de méditations, quelle virilité de la conscience et de la raison, pour en arriver là! Et l’on ose insulter cet homme. 11 faut vraiment vivre en des temps bien troublés pour voir de pareilles choses.
Nous pourrions en citer beaucoup d’autres ({ui, dans ces deux dernières années, se sont signalés par leur courage et leur talent, entre autres M. Urbain Gohier. Celui-ci jouit d’une haine à part, particulière, dans toute l’année. Ne s’est-il pas avisé de traiter les ofliciers de « fonctionnaires » ? En vérité, ceci dépasse les bornes. Nous lui souhaitons en cas d’émeute de ne pas tomber entre les mains des descendants de Goblentz, et surtout de n’être pas jugé par une cour martiale ; son alî'aire serait « claire ».
De tous les républicains marquants, il n’y a guère que M. Méline qui trouve grâce près des officiers : lui, c’est un u brave homme. »
' Comme on le voit, la République et les républicains sont loin d’ètre prisés dans les milieujc militaires.
A quoi cela tient-il?
Nous l’avons déjà dit, à l’éducation faite de tous points pour fausser l’esprit. Beaucoup d’officiers, la très grande majorité même, en sont encore à une conception plus qu’arriérée de la Républi(iue qu’ils confondent avec la démagogie. Ils ont pour elle cette antipathie héréditaire, celte haine irraisonnée et cette peur qui caractérisaient si bien l’Assemblée législative de 1849 et l’Assemblée nationale de 1871. On sait que la première nous a conduits au Deux-Décembre et la seconde à la constitution de 1875 ; elle nous aurait conduits à la monarchie si le comte de Chambord ne s’était pas
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entêté dans une misérable question de drapeau, ou plutôt dans des rivalités de famille.
Pour le socialisme, c’est encore pis ; socialistes et communards, ça ne fait qu’un. Ils ne savent, du reste, pas un mot des théories libérales et philanthropiques qui sont, par excellence, l’aspiration démocratique. Ne croyant qu’à la force et ne s’inclinant que devant elle, ils ne peuvent pas comprendre que d’autres hommes aient des conceptions tout autres, fondées sur le Droit et la Justice et qu’ils croient fermement à leur triomphe dans un temps plus ou moins éloigné. Utopistes ou farceurs, farceurs surtout, tel est le qualificatif usité pour les désigner.
De cet admirable mouvement socialiste qui depuis un demi-siècle secoue fortement le Vieux- Monde et la Jeune Amérique, mouvement d’où sortira infailliblement la rénovation sociale de demain, ils ne connaissent rien, ils ne savent rien. Pour se rendre compte de leur ignorance, il n’y a qu’à se rappeler le discours du commandant Marchand à Thoissey, à la date du 19 juin 1899 :
(( Si la pauvreté et la médiocrité noblement et » patriotiquement supportées sont synonymes de » socialisme, beaucoup d’officiers dans l’armée sont » socialistes. »
Telle est la conception que se fait du socialisme le chef de la mission Congo-Nil, et avec lui quatrevingt-dix-neuf pour cent des officiers français, avec cette restriction cependant, que les mots « noblement et patriotiquement supportées », n’ont été prononcés que parce qu’ils étaient destinés à la publicité et qu’ils rendaient possible la comparai-
son entre les officiers et les socialistes. Nous voulons bien croire que le commandant était sincère en les prononçant, mais nous ne saurions accorder le bénéfice d’un pareil sentiment en faveur des socialistes, à la plupart de nos camarades.
Ainsi, c’est bien simple : le socialiste est un homme qui, vivant dans « la pauvreté et la médiocrité » veut en sortir. Pour cela il flatte la foule et il l’excite contre la « Société » {la société c’est ceux qui possèdent) au moyen de grands mots et de grands gestes, mais au fond il ne demande que l’assiette au beurre.
Voilà, ô Karl Marx, ô Lassalle, ô Spencer, ô Jaurès, comment on comprend votre idéal. Voilà comment on apprécie vos théories diverses, quoique visant toutes au même but. On ne sait comment faire? On reproche à Spencer d’être un peu trop individualiste, à Marx d’être trop collectiviste, à Jaurès d’être un tantinet éclectique? On reproche aux uns de ne tenir compte que de la loi économique, aux autres de faire la part trop grande à la loi morale? Niaiseries que tout cela, jeux de dupes; les désaccords ne sont qu’apparents, au fond ils veulent tous le gâteau.
i Les gens s’occupant tant soit peu de psychologie ; ont tous fait cette remarque, c’est que, pour appréicier une personne, il faut toujours tenir compte des sentiments que cette personne prête -aux autres. Quand ces sentiments ne s’appuient pas sur Mes faits précis, quand ils ne sont que le résultat d’hypothèses passionnelles, on peut presque infailliblement en conclure qu’ils sont la caractéristique ' même de la personne en question, que ce sont ceux
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(iui s’agitent le plus fortement en son âme. Dans la crise que nous venons de traverser nous en avons eu des exemples frappants, individuels et collectifs. Jamais tous les chevaliers du faux et de la trahison n’ont tant traité leurs adversaires de faussaires et de traîtres. Il en est de même de certains (( patriotes », qui accusent les autres d’être des « sans patrie ». Nous avons idée que le patriotisme si fougueux de ces gens-là, ne tiendrait pas longtemps si on leur donnait à choisir entre leur bienêtre actuel soutenu par les baïonnettes étrangères, comme au bon vieux temps du Roy, ou « la pauvreté et la médiocrité » simplement soutenues par l’amour de la France. Nous pensons qu’entre un bon uhlan qui ne demanderait pas grand’chose, et un collectiviste français qui voudrait a partager un peu », ils n’hésiteraient pas, ils choisiraient le uhlan. Après tout, tous les hommes sont frères, n’est-il point vrai, qu’ils soient Prussiens ou Français? L'étranger n’est pas toujours l’ennemi, que diable, à preuve la fameuse « personne honorable » du faussaire national, qui n’était autre qu’un marquis espagnol, et le colonel Schneider lui-même, avant le démenti, sans compter, jusqu’à un certain point, certains Russes, princes ou généraux. Nous ne parlons pas du menu fretin. Au reste tous les honnêtes gens ne doivent-ils pas se liguer contre la « canaille », sans souci des nationalités ? C’est notre avis.
La conclusion à tirer des quelques réflexions qui précèdent est facile à formuler. Si les réactionnaires en général et les ofliciers en particulier, ne voient dans les républicains et surtout dans les
socialistes que des gens uniquement soucieux de leur intérêt; s’ils ne voient dans leurs doctrines ({ue des appétits déguisés sous de grands mots, c’est qu’eux-mèmes ne sont inspirés que par ces mobiles inavouables, c’est (]ue ne comprenant pas la beauté de l’Idée et la foi dans le Progrès, ils ne sauraient les supposer chez les autres.
Inutile de dire que nous faisons d’honorables exceptions.
Nous comprenons fort bien, même au point de vue théorique, que, pour le moment, des esprits éminents se rallient au principe monarchique; les peuples sont si jeunes encore, si peu majeurs, que la forme du gouvernement peut être discutable pour beaucoup.. Nous tenons à dire tout de suite cependant, (lue pour nous elle ne Pest pas. A notre humble avis la République est le seul gouvernement légitime et sera fatalement de plus en plus, celui de tous les peuples civilisés. Dans un siècle peutêtre, la monarchie héréditaire, surtout celle de droit divin, ne sera pas pour nos petits-neveux l’un des moindres étonnements de l'histoire.
D’après ce qui pré(;éde, il est facile de se rendre compte des sentiments que les ofliciers doivent nourrir à l’égard de la presse.
Le journaliste, c’est la bête noire, celui qu’on charge de tous les méfaits d’Israël, ce pelé, ce galeux, d’où nous vient tout le mal. C’est lui qui est responsable de la décadence de la France, c’est à lui qu’on doit l’état d’anarchie dans lequel nous