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L'ANATHEME AU PEUPLE ALLEMAND

Seigneur, vous connaissez sa rage et sa folie, Seigneur, vous connaissez ses monstrueux péchés; Ce peuple a bu le vin d'orgueil jusqu'à la lie. Et ses forfaits impurs ne vous sont point cachés.

Il a rougi de sang ses mains et son visage,

Il s'est fait étranger parmi les nations,

La guerre est son plaisir, le meurtre son ouvrage,

Il a semé partout la désolation.

Il n'écoute plus rien que la voix de la haine, L'appel du mal c'est le seul appel qu'il entend; De mensonge impudent toute son âme est pleine. Et le dieu qu'il ' lore aujourd'hui c'est Wotan.

C'est le dieu sacrilège, ami des hécatombes,

Le dieu féroce et dur, à face d'animal,

C'est l'idole de nuit, c'est l'idole du mal,

Le dieu qui veut du sang et qui creuse les tombes.

Ce dieu fauve a chassé le Christ du fond des cœurs, Il loge dans ton sein, sauvage Germanie; C'est le dieu que tu sers, c'est lui le dieu vainqueur Qui te pousse dans ton chemin d'ignominie.

Il a soufflé les désirs fous en ton cerveau, Il t'a dit: Au dessus de tout et de toi-même! Il t'a fait proclamer l'évangile nouveau, Un évangile de néant et de blasphème.

Tu as prêté l'oreille à ses conseils mauvais.

Tu marches dans son ombre et célèbres ses rites,

Tu vas perpétuant ses besognes maudites;

C'est ton dieu, ce dieu noir qui toujours clame, hais !

Ton empereur est son vassal et son grand-prêtre. Tes philosophes sont ses bouffons et ses fous, Il a pour serviteurs la masse de tes reîtres; Voilà, peuple de nuit, voilà ton dieu jaloux.

Voilà le dieu de tes sanglantes saturnales, Voilà l'idole à qui vont tes vœux et tes jours, Voilà le dieu maudit, ô peuple de Vandales, A qui tu as sacrifié le Dieu d'amour.

Tu as pour lui foulé aux pieds la paix féconde. Tu as semé le mal et fait couler le sang; Voilà le dieu pour qui, à la face du monde. Tu t'acharnes à massacrer les innocents.

Nos pères ont lutté pour des causes plus justes. Ils combattaient pour leurs libertés et leurs droits. Nous leurs fils, tu le sais, ô Dieu des cœurs robustes. Nous mourons pour défendre nos terres ; mais toi.

Mais toi, peuple d'airain, peuple qui n'as plus d'âme, Peuple qui as perdu le sens vrai du réel, Peuple qui n'as plus rien que des instincts cruels, Peuple d'impurs mené par des maîtres infâmes.

Tu es venu vers nous dans l'espoir du butin. Dans l'attente des viols, du crime et des ripailles... Mais sache-le, peuple sans cœur et sans entrailles, Tu n'échapperas pas à ton sombre destin.

Le Dieu fort, le vrai Dieu, le Dieu de la justice, L'Eternel, le Très-Haut qu'on adore avec foi, T'a marqué, et déjà vers ton ombre complice Son châtiment vengeur s'appesantit sur toi.

Il va courber ton front, il te fera descendre Dans l'abîme implacable où sont les réprouvés, Il te revêtira, peuple, d'un sac de cendre. Et de ce qui fut toi, rien ne sera sauvé.

Tes palais et tes forteresses d'épouvante. Tes casernes de nuit, tes cités, tes remparts, Crouleront, dispersés soudain de toutes parts, Pareils à des brins d'herbe au vent de la tourmente.

Tes rois seront vaincus, ainsi que Dieu l'a dit, Et ton Maître sanglant, au visage funèbre. Portera sur son front le signe des maudits Et se retrouvera tout seul dans les ténèbres.

Malgré tes pleurs, tes cris et tes gémissements. Personne vers ta main n'avancera l'obole;

Tu vivras dans la cendre avec les ossements Des tiens et les débris impurs de tes idoles.

Tu te diras : Voilà tout ce que j'ai semé, Voilà mon châtiment et le prix de mes crimes. Et dans le couchant rouge et l'espace enflammé, Tu entendras monter la voix de tes victimes.

Et le froid de la mort te glacera les os, La désolation assombrira ta face, Tu seras à jamais la méprisable race Vouée à ne trouver ni pitié ni repos.

Tu seras, peuple vil, écrasé sous ta faute. Et le passant dira, en te voyant de loin Tremblant, abandonné sous la lumière haute: Qu'à donc ce peuple à bas qui pleure sans témoin?

Qu'a-t-il fait pour subir un semblable anathème? Qu'a-t-il fait qu'il gémit sous des habits de deuil, La bouche encor tordue et noire de blasphèmes? Oii sont tombés ses arcs de triomphe et d'orgueil ?

Et tu écouteras plein d'ombre et de silence, Tu resteras muet comme quelqu'un de mort, Mais au fond de toi-même une voix de remords Parlera seule et te redira ta sentence.

Et le passant alors poursuivant son chemin. Songera au rachat des fautes de ce monde, Il sera plein de trouble et de peine profonde, Il songera, mais ne te tendra pas la main.

Car il saura que ton supplice redoutable.

Tes yeux hagards et tout ton fauve désarroi,

Et tes larmes de sang sur ta face d'effroi

Sont les signes dont Dieu marque les grands coupables.

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