‹ L'offrande héroiqueChapitre 26 sur 28 · J'IMAGINE UN PRINTEMPS · texte numérisé non relu

J'IMAGINE UN PRINTEMPS

J'imagine un printemps où tout refleurira De ce qui fut détruit par la Bête de haine. J'imagine un printemps de paix où l'on verra Les moissons de la gloire onduler sur la plaine.

J'imagine partout un vaste renouveau

De la terre de France où vit la race grande.

J'imagine un printemps de rêve et de légende,

Un printemps où les fleurs couvriront les tombeaux,

Effaçant à jamais les traces de la guerre, Pour ne plus laisser voir aux yeux de nos enfants Que les petites croix montant dans la lumière Avec des gestes triomphants.

J'imagine une France aimable et toute neuve, Avec des bandes d'hirondelles sur les toits, Une France sortie ardente de l'épreuve, Digne, régénérée et belle dans sa foi.

Les hameaux reconstruits auront un air de fête, L'angelus tintera dans les clochers à jour De La Bassée à Notre-Dame de Lorette, De Lassigny à Beauséjour.

Les agneaux bêleront au fond des métairies, L'aurore sourira sur les bords de l'Yser, Les fraises pousseront au bois de la Gruerie, Au bois Le Prêtre, à Saint-Hubert.

Les cloches sonneront comme pour un baptême; La Grande Rue de Vie oii tant de gens sont morts Sera toute fleurie, et sur Pargny et Blesmes, Sur Maurupt et Sermaise où le deuxième Corps

Vit tomber tant des siens, tant de mes camarades, On entendra, au lieu du bruit sourd des canons.

Du fracas des obus et de la fusillade,

Le chant des coqs et le vol joyeux des pigeons.

Vailly, Tracy-le-Val, les Hurlus et Boureuilles, Ville-sur-Tourbe avec ses murs démantelés, Souriront dans leurs clos de roses et de feuilles. Et Perthes dans son horizon de champs de blé.

Suippes ressuscité fera tinter ses cloches; Et Vauquois, redressant au ciel sa haute tour, Avec Craonne, assis sur son plateau de roches, Entonneront un chant de victoire et d'amour.

Les forges ronfleront dans Ablain-Saint-Nazaire, Au loin le Vieil Armand rira dans le soleil, Et les feux du couchant se feront plus vermeils Sur la ferme de Quennevière.

j'imagmc un printemps au visage enchanté.

Un de ces clairs printemps des premiers jours du

[monde, Où s'épanouira dans la lumière blonde Notre pays ressuscité.

J'imagine sonnant aux églises de France, Un carillon de joie auguste et de bonheur, Un carillon sacré, qui louant le Seigneur, Lancera dans les cieux un chant de délivrance.

J'imagine un concert de cloches et d'oiseaux. De cloches qu'on dirait volant à tire d'ailes. De cloches répandant et par monts et par vaux La bonne et divine nouvelle.

J'imagine le chant des cloches de l'Artois, Celles d'Alsace, de Moselle et des Ardennes, Celles de Metz, celles d'Arras au fier beffroi. Celles de Lille répondant à Valenciennes.

J'entends Rocroi chanter, Longw^y et Saint- Quentin, J'entends ton vieux clocher gothique qui résonne, O Mézière, et le vôtre, ô Rethel et Péronne, Et toi, Douai, qui dresses ton cimier hautain.

Oh ! ce chœur entendu par moments dans mon âme. Ce chant universel, ce chant futur et vrai.

Où tu mêles, ô Reims, ta grande voix de flamme Aux jacquemarts et aux carillons de Cambrai !

O Seigneur, puissions-nous, Seigneur, bientôt Tentendre Ce chant joyeux, ce chant pieux, ce chant vainqueur, Unissant les accords des cloches de la Flandre A celles de Paris qui vibrent dans mon cœur !

Puissions-nous dans la joie et la patrie en fête, Entendre vos appels, ô vieux clochers amis, Saintes cloches d'espoir, cloches encor muettes. Cloches des terroirs envahis!

Puissions-nous vous entendre, en crevant Tombre noire Que sur nos fronts en deuil l'ennemi déploya, Chanter à mon pays l'ardent alléluia Et son réveil dans la lumière et dans la gloire!

Anticipations

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