XXVIII INTRODUCTION
que la nature ait à la fois et en même temps ces deux aspects antithétiques ; Tun d'esclavage, Vautre de liberté.
« La nature présente travail et effort d'une part, loisir de Vautre.
« Extérieurement, elle s'active sans répit ; intimement, elle est toute silence et paix. »
N'est-ce pas la signification de cette pièce étrange :
Tu es le ciel et tu es le nid aussi bien.
O toi plein de beauté ! ici, dans le nid des couleurs, des sons et des parfums, c'est ton amour qui enclôt l'âme.
Voici venir le Matin, avec une corbeille d'or à la main droite, que charge la guirlande de beauté dont il va sans bruit parer la terre.
Et voici venir, par de vierges sentiers, le Soir sur les pacages solitaires et qu'ont désertés les troupeaux ; il apporte dans sa cruche d'or le frais breuvage de la paix, flot de l'océan du repos, pris à la rive occidentale.
Mais là, là où s'éploie le ciel infiniment afin que l'âme s'y essore, là règne intacte et blanche la splendeur. Il n'est plus là ni nuit ni jour, ni formes ni couleurs, et ni paroles, ni paroles.
Tous les poèmes dont je viens de parler
AU GITANJALI xxix
sont inspirés encore par le sentiment de cette dualité, dualité que commente ingénieusement ce charmant passage du Sadhana :
« Voye:^, par exemple, la fleur. Si charmante quelle paraisse, elle est pressée de rendre un grand service. Sa forme et sa couleur ne sont qu'appropriées à son emploi. Elle doit mener à bien le fruit, sous peine d'interrompre la continuité de la vie de la plante et de laisser la terre prendre bientôt l'aspect du désert. La coideur de la fleur et son parfum ne sont quen raison de cela ; elle nest pas plutôt fécondée par f abeille, que voici venir le temps du fruit, que voici tomber ses délicats pétales et qu'une économie cruelle la contraint de résigner son doux parfum. Plus aucun loisir ne lui reste pour étaler au soleil sa parure ; elle est toute requise déjà.
« Vue du dehors la nécessité semble l'unique agent de la nature par quoi chaque chose est poussée. Par quoi le boutoîi tend à la fleur, la fleur au fruit. Par quoi le fruit répand sur le sol la semence. Par quoi la semence germe à nouveau, et par quoi la chaîne ininterrompue, ainsi, d'activité en activité se poursuit...
« Mais cette même fleur s'adresse-t-elle au cœur de l'homme, il n'est aussitôt plus question de sa