‹ L'Offrande lyriqueChapitre 9 sur 25 · XXVI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXVI INTRODUCTION

esprit errait à l'aventure et je ne le sus pas. Ma corbeille était vide et la fleur resta délaissée.

Mais parfois et encore une tristesse s'abattait sur moi; je m'éveillais en sursaut de mon songe et sentais la suave trace d'une étrange fragrance dans le vent du sud.

Cette vague douceur faisait mon cœur malade de désir; il me semblait reconnaître l'ardente haleine de l'été s'efforçant vers sa perfection.

Je ne savais pas alors que c'était si près, que c'était mien, et que cette suavité parfaite s'était épanouie au profond de mon propre cœur.

Lors même que je serais plus qualifié pour le faire, je ne tenterais pas d'exposer, si sommairement que ce soit, la philosophie de Tagore ; d'autant moins que Tagore se défend d'apporter quelque changement, quelque innovation que ce soit à la philosophie contenue dans les Upanishads et que, donc, rien n'est moins neuf. Aussi bien n'est-ce pas cette (/ philosophie que j'admire ici, mais bien l'émoi tion qui l'anime et l'art exquis par quoi M Tagore va l'exprimer.

Tagore sait que Dieu a besoin de lui. Il se

AU GITANJALI xxvii

compare entre les mains de Dieu à cette flûte de roseau que lui, poète, anime de son souffle — « Mon poète », dit-il à Dieu, ou encore « Maître poète » — un maître poète dont il est, lui, dont l'homme est la vivante poésie. « Que seulement, dit-il, je fasse de ma vie une chose simple et droite, pareille à une flûte de roseau, que tu puisses emplir de musique ».

C'est par sa création, c'est en sa créature que Dieu prend conscience de soi. Que lui, Tagore, soit la conscience de Dieu, qu'il est la conscience de Dieu — c'est cette pensée qui anime les poésies les plus parfaites (p. LVl et LXV).

Parfaites celles encore où la Maya se définit, s'explique et s'entr'ouvre pour laisser voir le cœur môme de la sagesse (p. LXXI ou LXVIIl).

Dans les leçons de Tagore qu'on vient de réunir en volume, sous ce titre : Sadhana, il est plus d'un passage qui peut servir de commentaire à ces poèmes. Vers la fin du chapitre intitulé : a Réalisation dans l'amour », nous lisons, par exemple :

« Ne semble-t-il pas merveilleux, en vérité,

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