‹ L'Offrande lyriqueChapitre 14 sur 25 · G L'OFFRANDE · texte numérisé non relu

G L'OFFRANDE

dre. Et je m'abandonnai, perdu dans l'aise d'une profonde humiliation — dans l'ombre d'un incertain délice.

Le repos de l'obscurité verte ourlée du soleil se déployait paresseusement sur mon cœur. J'oubliai pour quoi j'avais peiné, et sans lutte je renonçai mon esprit dans les lacis d'ombre et de rêve.

Quand je rouvris les yeux enfin et m'éveillai de mon assoupissement, je vis Toi dressé devant moi, inondant mon sommeil d'un sourire. Moi qui tant avais craint que le sentier ne fût pénible! et que pour t'atteindre il ne fallût lutter durement.

Du haut de votre trône vous êtes descendu et vous êtes tenu devant la porte de ma hutte.

Je chantais tout seul dans un coin et la mélodie surprit votre oreille. Vous êtes descendu et vous êtes tenu devant la porte de ma hutte.

Nombreux sont les virtuoses dans votre palais et des chants sont chantés à toute heure. Mais l'hymne simple de ce novice a frappé votre amour. Une plaintive petite cadence s'est mêlée à toute la grande musique du monde, et, avec une fleur pour récompense, vous

êtes descendu et vous êtes tenu devant la porte de ma hutte.

J'étais allé, mendiant de porte en porte, sur le chemin du village lorsque ton chariot d'or apparut au loin pareil à un rêve splendide et j'admirais quel était ce Roi de tous les rois !

Mes espoirs s'exaltèrent et je pensais : c'en est fini des mauvais jours, et déjà je me tenais prêt, dans l'attente d'aumônes spontanées et de richesses éparpillées partout dans la poussière.

Le chariot s'arrêta là où je me tenais. Ton regard tomba sur moi et tu descen-

dis avec un sourire. Je sentis que la chance de ma vie était enfin venue. Soudain, alors, tu tendis ta main droite et dis : « Qu'as-tu à me donner ? »

Ah! quel jeu royal était-ce là de tendre la main au mendiant pour mendier! J'étais confus et demeurai perplexe; enfin, de ma besace, je tirai lentement un tout petit grain de blé et te le donnai.

Mais combien fut grande ma surprise lorsque, à la fin du jour, vidant à terre mon sac, je trouvai un tout petit grain d'or parmi le tas de pauvres grains. Je pleurai amèrement alors et pensai :

Que n'ai-je eu le cœur de te donner mon tout.

La nuit s'épaississait. Notre tâche du jour était faite. Nous pensions que le dernier hôte était arrivé pour la nuit et que dans le village toutes les portes étaient closes. Seulement, quelqu'un dit que le Roi allait venir. Nous avons ri et dit : « Non ce n'est pas possible. »

Il semblait que des coups fussent frappés à la porte et nous disions que ce n'était rien que le vent. Nous avons éteint les lampes et nous nous sommes couchés pour dormir. Seulement quelqu'un dit : « Voici le messager ! » Nous avons ri et dit : « Non; cela doit être le vent. »

Il y eut un bruit dans le cœur de la nuit. Endormis, nous pensions que c'était le distant tonnerre. La terre trembla, les murailles oscillèrent et nous fûmes inquiets dans notre sommeil. Seulement, quelqu'un dit que c'était le bruit des roues. Tout assoupis, nous avons dit dans un murmure : « Non ; ce doit être le grondement des nuages. »

La nuit était obscure encore lorsque le tambour a retenti. La voix est venue : « Eveillez- vous, ne perdez pas de temps! » Nous avons pressé nos mains sur nos coeurs et tressailli de peur. Quelqu'un dit : (c Voyez, voici l'étendard du Roi! » Nous nous sommes relevés en sursaut et avons crié : « Il n'y a pas de temps à perdre! »

Le Roi est venu — mais où sont les lumières, où sont les couronnes? où est le trône où il puisse s'asseoir? O honte! ô honte extrême! Où est la salle, où sont les ornements? Quelqu'un a dit :

« Que sert de se lamenter? Saluez-le avec vos mains vides, accueillez-le dans vos chambres nues ! »

Ouvrez les portes et que les conques retentissent! Dans la profondeur de la nuit est venu le Roi de notre sombre triste demeure. Le tonnerre gronde dans le ciel, l'obscurité frémit d'éclairs. Apportez cette nappe dépenaillée et étendez-la dans la cour. Avec l'orage est venu tout à coup notre roi de la nuit terrible.

LU

Je voulais te demander — mais je n'ai pas osé — la guirlande de roses que tu portais au cou. Ainsi j'attendis au matin et que tu sois parti pour en trouver sur le lit quelque vestige. Et, pareil au mendiant, je quêtai dans le crépuscule, ne fût-ce que pour un pétale

égaré.

Pauvre de moi! Qu'ai-je trouvé? Quel gage a laissé ton amour ? Ce n'est ni fleur, ni flacon de senteur, ni aromates. C'est ton puissant glaive, étincelant comme une flamme, pesant comme un coup de tonnerre. La jeune lumière du matin, par la fenêtre, vient se répandre

sur ton lit. L'oiseau matinal gazouille et demande : Femme, qu'as -tu trouvé?

Non, ce n'est ni fleur, ni flacon de senteur, ni aromates — Seigneur, c'est ton terrible glaive.

J'admire et je m'étonne, quel don m'as-tu fait-là? Je ne sais trouver nulle place où le cacher. J'ai honte de le porter sur moi, frêle comme je suis, et je me blesse à lui quand je le presse sur ma poitrine. Pourtant il me faut supporter dans mon cœur l'honneur que tu m'as fait de ce don d'un fardeau de peine.

Désormais, pour moi nulle peur ne saurait plus être en ce monde, et dans mes désaccords tu resteras victorieux.

Tu m'as laissé la mort pour compagne et je la couronnerai de ma vie. Ton

glaive est avec moi pour trancher mes liens, et pour moi nulle peur ne saurait plus être en ce monde.

Désormais, je renonce à tout attifement futile. Roi de mon cœur, je ne connaîtrai plus l'attente et ni le pleurer à l'écart; plus la réserve et les douces manières. Tu m'as donné ton glaive pour parure. Qu'ai-je affaire à présent avec les attifements de poupée !

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