‹ L'Offrande lyriqueChapitre 2 sur 25 · XII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XII INTRODUCTION

en plus, écartant peu à peu les éléments adventices pour ne parler bientôt plus que du centre même du livre et de son cœur exquis

— je dirai d'abord quelques mots des autres écrits de Tagore :

Depuis l'apparition du Gitanjali, deux autres volumes de poèmes ont paru — l'un, The Crescent Mooîi, est un recueil de pièces enfantines ou de pièces concernant les enfants. Nous y retrouvons trois des poèmes du Gitanjali — non des meilleurs, mais de ceux qui, ces temps derniers, furent les plus cités (poèmes LX, LXI et LXII).

Un autre volume, The Gardener, a paru en novembre dernier. C'est une suite de poèmes, sinon précisément de jeunesse — du moins d'une époque antérieure, antérieure de beaucoup, dit la préface, à ceux du Gitanjali. Ce recueil est très inégal; mais, parmi de moins bonnes pièces, scintillent quelques poèmes d'amour — non point d'amour divin comme ceux, les plus beaux, du Gitanjali — mais d'un amour humain, charnel même, dirai-je

— encore que d'une qualité quasi mystique, si particulière que je ne résiste pas au plaisir de vous en citer un :

AU GITANJALI xiii

Je serre ses mains ; je la presse contre ma poitrine.

J'essaie d'emplir mes bras de sa beauté, de piller avec mes baisers son sourire, de boire avec mes yeux ses regards.

Hélas ! mais où est tout cela ? Qui peut forcer l'azur du ciel ?

J'essaie d'étreindre la beauté; elle m'élude, ne laissant que le corps entre mes mains.

Confus et lassé, je retombe.

Comment pourrait le corps toucher la fleur que seule l'âme peut toucher ?

D'autres poèmes de ce livre, en plus grand nombre, sont d'une veine très différente. Ce sont des pièces sensiblement plus longues, qui, au lieud'exprimer directement l'émotion, Técartent de nous et la juchent sur une sorte de tréteau, de scène, où elle est jouée, interprétée au cours d'une affabulation légère — et même parfois dialoguée. Quelques-unes des poésies, sans doute les moins réussies, du Gitanjali, dérivent encore de cette source — que, pour ma part, je l'avoue, il m'arrive de ne pas goûter beaucoup. Ce monnayage de la sagesse ou de l'émotion en menus apologues, n'est pas toujours heureux. Certains de ceux-ci

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