‹ L'Offrande lyriqueChapitre 3 sur 25 · XIV INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XIV INTRODUCTION

vont retrouver plutôt dans mon esprit, assez fâcheusement, le souvenir des contes du chanoine Schmidt.

A cette série se rattachent les poèmes LIet XXXI par exemple, et une pièce mystérieuse où il est question de guerriers, d'armures, de flèches; pièce assez mal venue, mise dans ce recueil on ne sait trop pourquoi (peut-être uniquement pour le grossir) et que, pour ma part, je verrais tomber sans peine. Par contre, je ne me séparerais pas volontiers des deux apologues que voici (p. LXXVIII et L) :

Quand la création était neuve et que les étoiles brillaient toutes dans leur première splendeur, les dieux tinrent leur assemblée dans le ciel et chantèrent : « O tableau de la perfection! joie sans mélange ! »

Mais l'un des dieux cria soudain : « Il semble qu'il y ait quelque part un laps dans cette chaîne de clarté et qu'une des étoiles se soit perdue. «

La corde d'or de leurs harpes rompit; leur chant s'arrêta et dans l'épouvante ils pleurèrent : — « Certes, elle était la plus belle, cette étoile perdue, et la gloire de tous les cieux ! «

Depuis ce jour, on la cherche sans cesse et la lamentation de l'un à l'autre se transmet : « Avec

AU GITANJALI xv

elle le monde aura perdu sa seule joie ! » Cependant, dans le profond silence de la nuit, les étoiles sourient et murmurent entre elles : « Vaine est cette recherche 1 Une perfection ininterrompue est partout ! »

Le polythéisme subit de ce poème, unique dans le Gitanjali, déconcerte au premier abord — polythéisme apparent, non réel — il ne surprendra pas sans doute ceux qui se souviennent de l'admirable strophe du Rig-Veda, le livre le plus ancien de l'Inde ancienne, écrit dans une langue qui n'était pas encore le sanscrit.

« Qui connaît ces choses ? Qui peut parler d'elles? D'où viennent les êtres? Quelle est cette création? Les dieux aussi ont été enfantés par Lui. Mais Lui, qui sait comment il existe ? »

Voici le second apologue :

J'étais allé, mendiant de porte en porte, sur le chemin du village lorsque ton chariot d'or apparut au loin, pareil à un rêve splendide et j'admirais quel était ce Roi de tous les rois !

Mes espoirs s'exaltèrent et je pensais : c'en est fini des mauvais jours, et déjà je me tenais prêt

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