XVI INTRODUCTION
dans l'attente d'aumônes spontanées et de richesses éparpillées partout dans la poussière.
Le chariot s'arrêta là où je me tenais. Ton regard tomba sur moi et tu descendis avec un sourire. Je sentis que la chance de ma vie était enfin venue. Soudain, alors, tu tendis ta main droite et dis : « Qu'as-tu à me donner? »
Ah ! quel jeu royal était-ce là de tendre la main au mendiant pour mendier ! J'étais confus et demeurai perplexe; enfin de ma besace, je tirai lentement un tout petit grain de blé et te le donnai.
Mais combien fut grande ma surprise lorsque, à la fin du jour, vidant à terre mon sac, je trouvai un tout petit grain d'or parmi le tas des pauvres grains- Je pleurai amèrement alors et pensai : Que n'ai-je eu le cœur de te donner mon tout.
Cette poésie se rattache, d'autre part, à une longue suite dont je vous reparlerai bientôt — que l'on pourrait détacher du Gitanjali comme on pourrait détacher, du Buch der lieder de Heine, la suite du Heimkher ou le Lyrisches Intermei^o, et auquel on donnerait volontiers le titre un peu suranné de la poésie de Musset — Lespoir en Dieu — ou plus proprement encore L'Octtente de Dieu.
Il semble que ce soit la mise en poèmes, en
AU GITANJALI xvii
chansons, le monnayage d'un des deux drames de Tagore. Le premier de ces deux drames, œuvre de première jeunesse, était inspiré du Mahahharata — le second, celui qui nous intéresse et qui me paraît de la même inspiration que cette suite de poèmes, est tout moderne en apparence. Il s'appelle : The Post- Office. Nous y voyons un enfant malade, que soutient l'anxieux espoir, l'attente d'une lettre du roi. L'enfant est assis à sa fenêtre et interpelle les passants, qui commencent à causer avec lui, contre leur gré d'abord; mais bientôt la conversation enfantine les délivre de leurs soucis, sans même que bien précisément ils s'en doutent, de sorte qu'ils s'en retournent réconfortés. Cette lettre qu'attend l'enfant doit venir, doit toujours venir et n'arrive jamais. Mais comme l'enfant va mourir, le roi lui-même se présente enfin devant lui. Il ne se nomme pas, mais l'enfant cependant le reconnaît.
On imagine volontiers le petit poème que voici, écrit comme en marge de cet étrange drame.
Ceci est mon délice, d'attendre et d'épier ainsi