XVIII INTRODUCTION
sur le bord de la route où l'ombre poursuit la lumière, et la pluie vient sur les traces de l'été.
Des messagers, avec des nouvelles d'autres cieux, me saluent et se hâtent le long de la route. Mon cœur exulte au dedans de moi, et l'haleine de la brise qui passe est douce.
De l'aube au crépuscule, je reste devant ma porte ; je sais que, soudain, l'heureux moment viendra où je verrai.
Cependant je souris et je chante, tout solitaire. Cependant l'air s'emplit du parfum de la promesse.
Dans la suite de poèmes, dont fait partie celui-ci, toutes les formes de l'attente, tous les modes plutôt de l'attente, sont exprimés — et certaines strophes frémissent d'une intime musique qui me fait tour à tour penser à quelque mélodie de Schumann ou à tel arie d'une cantate de Bach (p. XLV, XLVI, XLVII et XL).
Par instants il semble presque que l'attente soit amoureuse ; puis aussitôt la voici qui redevient mystique éperdument (p. XLI).
Dans quelques-uns de ces poèmes un pronom féminin vient tout à coup nous avertir que c'est une femme qui parle. Mais comme rien n'indique où commence et où s'arrête
AU GITANJALI xix
cette suite, et qu'en anglais le genre, le sexe de la personne qui parle — de la première personne, peut rester plus lontemps, plus constamment caché qu'en français où les accords grammaticaux sont plus nombreux, — le traducteur se trouve parfois embarrassé. La vérité c'est que le chant est ici celui de l'âme même, asexuée.
Au petit matin un bruissement a dit que nous allions nous embarquer, toi seulement et moi, et qu'aucune âme au monde, jamais, ne saurait rien de notre pèlerinage sans but et sans fin.
Sur cet océan sans rivages, à ton muet sourire attentif, mes chants s'enfleraient en mélodies, libres comme les vagues, libres de l'entrave des paroles.
N'est-il pas temps encore ? Que reste-t-il à faire ici? Vois, le soir est descendu sur la plage et dans la défaillante lumière l'oiseau de mer revole vers son nid.
N'est-il pas temps de lever l'ancre ? Que notre barque avec la dernière lueur du couchant s'évanouisse enfin dans la nuit.
Car vous entendez bien que le voyage dont il s'agit ici est un voyage mystique