XX INTRODUCTION
— ou peut-être celui qui faisait dire à Baudelaire :
0 Mort, vieux capitaine, il est tejiips ! levons l'ancre !
et qui, dans un sentiment bien peu baudelairien du reste, va tout à l'heure inspirer à Tagore ses chants les plus étranges et les plus beaux.
Nous voici parvenus bientôt au cœur même du livre. A force d'avoir écarté les pièces d'alentour, je n'ai presque plus devant moi, en plus des poèmes de l'adieu à la vie, que les poèmes métaphysiques.
Pourtant, avant de parler de ceux-ci, je voudrais lire encore deux hymnes à la lumière — si beaux qu'ils ne se laissent pas oublier — séparés dans le volume, mais qu'il semble assez naturel de rapprocher.
Lumière ! Où est la lumière ? Qu'elle s'anime au feu rutilant du désir !
Voici la lampe, mais sans jamais le vacillement d'une flamme — est-ce là ton destin, mon cœur? La mort, ah ! pour toi serait de beaucoup préférable.
AU GITANJALI xxi
La misère frappe à ta porte ; son message est que ton maître est de veille et qu'il t'appelle au rendezvous d'amour à travers l'obscurité de la nuit.
Le ciel est encombré de nuages et la pluie ne cesse pas. Je ne sais ce que c'est qui se soulève en moi; je ne sais ce que cela veut dire.
La lueur soudaine d'un éclair ramène sur ma vue une ténèbre plus profonde, et mon cœur cherche à tâtons le sentier vers où la musique de la nuit m'appelle.
Lumière, ah ! où est la lumière ? Qu'elle s'anime au feu rutilant du désir ! Il tonne et le vent bondit en hurlant à travers l'espace. La nuit est noire comme l'ardoise. Ne laisse pas les heures s'écouler dans l'ombre. Anime avec ta vie la lampe de l'amour.
Lumière ! ma lumière ! lumière emplissant le monde, lumière baiser des yeux, douceur du cœur, lumière !
Ah ! la lumière danse au centre de ma vie ! Bien-aimé, mon amour retentit sous la frappe de la lumière. Les cieux s'ouvrent; le vent bondit; un rire a parcouru la terre.
Sur l'océan de la lumière, mon bien-aimé, le papillon ouvre son aile. La crête des vagues de lumière brille de lys et de jasmins.