‹ L'Offrande lyriqueChapitre 7 sur 25 · XXII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXII INTRODUCTION

La lumière, ô mon bien-aimé, brésille l'or sur les nuées; elle éparpille à profusion les pierreries.

Une jubilation s'étend de feuille en feuille, ô mon amour! une aise sans mesure. Le fleuve du ciel a noyé ses rives; tout le flot de joie est dehors.

Certainement ces deux pièces se répondent. Je dis qu'il est naturel de les rapprocher — mais non ; elles sont bien chacune à sa place; la première pleine d'angoisse encore parmi les poèmes de l'âme inquiète, attentive et passionnée, de 1 ame qui cherche encore Dieu comme en deçà de l'apparence, qu i, donc, n'a pas atteint la communion parfaite — la seconde : chant triomphant de 1 ame exultante et débordée par Dieu.

Quel est donc le secret de cette joie frémissante qui ruisselle et scintille comme l'eau, qui luit et chauffe comme le jour? Quelle est cette vérité qui tout à la fois nourrit l'âme et l'enivre ? Est-ce le fruit de la philosophie des brahmanes? Est-ce le culte de Vischnou? Non : c'est l'amour de cette philosophie, c'est ïamour de cette religion.

AU GITANJALI xxm

Car, dit-il, dans la préface du livre où l'on a recueilli ses leçons :

« Pour les Occidentaux qui étudient les vénérables écrits religieux de l'Inde, ces textes m araissent présenter qu'un intérêt purement rétrospectif et archéologique, mais pour nous ils sont d'une vitale importance. »

Ce que j'admire ici, ce qui m'emplit de larmes et de rires, c'est l'animation passionnée de cette poésie, qui fait de l'enseignement brahmanique — on eût pu croire si intellectuel, si abstrait — quelque chose de frémissant, de pantelant, à la manière d'une phrase du Mystère de Jésus de Pascal — mais ici frémissant de joie.

Que tous les accents de la joie se mêlent dans mon chant suprême — la joie qui fait la terre s'épancher dansl'intempérante profusion de l'herbe; la joie qui, sur le large monde, fait danser mort et vie jumelles ; la joie qui précipite la tempête — et alors un rire éveille et secoue toute vie; la joie qui repose quiète parmi les larmes dans le rouge calice du lotus douleur; et la joie enfin qui jette dans la poussière tout ce qu'elle a et ne sait rien.

Cette joie naît toute naturelle au sentiment

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