XXIV INTRODUCTION
de la vie universelle, au sentiment de la participation à cette vie.
Le même fleuve de vie, qui court à travers mes veines nuit et jour, court à travers le monde et danse en pulsations rythmées.
C'est cette même vie qui pousse à travers la poudre de la terre sa joie en innombrables brins d'herbe, et éclate en fougueuses vagues de feuilles et de fleurs.
C'est cette même vie que balancent flux et reflux dans l'océan-berceau de la naissance et de la mort.
Je sens mes membres glorifiés au toucher de cette vie universelle. Et je m'enorgueillis car le grand battement de la vie des âges, c'est dans mon sang qu'il danse en ce moment.
Et d'abord nous ne voyons ici qu'un sentiment quasi panthéistique; celui dont nous trouvons déjà l'expression admirable dans le monologue du réveil qui ouvre le second Faust :
« Les pulsations de la vie battent avec une vivacité nouvelle pour saluer pieusement l'aube éthérée ; toi aussi. Terre, en cette nuit tu es restée la même, et tu respires nouvellement rafraîchie à mes pieds, tu commences déjà à m' environner de
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volupté; tu excites, tu émeus en moi une puissante résolution de continuer toujours mon effort vers la plus haute existence... »
Bien plus, Faust lui-même, à la fin de ce monologue contemplant la cascade qui ruisselle de la montagne, dira :
c( De chute en chute elle roule, se répandant à tout instant en mille et mille courants, faisant siffler haut dans les airs écume sur écume. Mais avec quelle majesté, naissant de cette tempête, se recourbe la changeante durée de l'arc, aux couleurs variées, tantôt purement dessiné, tantôt se dissipant dans l'air, répandant alentour une fraîche et vaporeuse ondée ! C'est ici le miroir de l'énergie humaine. Penses-y, et tu saisiras plus nettement : ce reflet coloré nous représente la vie. »
Et c'est bien à peu près là — ce reflet coloré — ce que la philosophie hindoue appellera Maya. Mais la joie qu'enseigne Tagore, c'est au delà précisément de la Maya qu'il la trouve ; et c'est tant qu'il cherchait son Dieu en deçà du reflet coloré, du mouvant rideau des phénomènes que son âme restait altérée.
Le jour que la fleur de lotus s'ouvrit, hélas ! mon