‹ L'OgoouéChapitre 2 sur 7 · TOPOGRAPHIE · texte numérisé non relu

TOPOGRAPHIE

I/Ogooué est le plus grand 'fleuve de notre possession du Gabon ; iT se dêVerse dans la mer par un vaste délta situé par i° de latiiade sud, et dont les branches les plus importantes sont : au nord, la rivière Nazàreh, puis les rivières Lopez et Mexias; au 1 sud, la lacune du Fernand Vaz.

Tout ce delta n’est qu’un immense 1 marais au Wifieu duquel des palétuviers, arrêtant le 'limon du fleuve,'ont formé 1 des îlots d’une"végétation composée surtout deqttn- 'darius, d’yuccas et de palmiers.

Au-dessus du delta, on arrive dans un bras de rivière de deux'kilomètres de largeur, bordé de férets inondées par les eaux.

Quand on s’approche des rives, on côloie d’immenses plaines de roseaux, s’étendant à perle de vue, marécages fangeux qui. engloutiraient l’homme assez imprudent pour s’y hasarder. Quelquefois, des portions de ces prairies sont emportées par le courant, et descendent le fleuve avec ra-

Nous,traversons rapidement cette région malsaine, pour arriver jusqu’au confluent de POgooué et son principal affluent, le Ngounié. Je ne m’arrêterai pas à décrire cette partie du fleuve, visitée par beaucoup d’autres avant nous, et sur laquelle plusieurs médecins de la marine, et particulièrement M. Griffon du Bellay ont publié.d’intéressants renseignements.

Ici l’Qgooué devient une sorte, de lac de cinq à six kilomètres de. longueur sur autant de largeur, qui reçoit d’une part, les eaux de l’Ogooué supérieur et du.Ngounié, et qui se déverse de l’autre, par l’Qgoouè inferieur et la rivière Ougavisa, tributaire du lac Azingo.

Au milieu .de ce lac se trouve un assez grand nombre d’fles alluvionnaires, boisées, couvertes par les crues du. fleuve. Sur. ses bords, sont installées les dernières factoreries Européennes, dans des points avantageux peut-être pour le commerce, mais horriblement choisis au point de vue de: la salubrité, à cause de la proximité de marais pestilentiels. Aussi les dite ou douze blancs ou mulâtres qui les habitent paient-ils un large tribut, à la fievre. a l’anémie, à la. dysentérie et à toutes les affections paludéennes ël itropioales.

Au-delà du confluent du Ngounié,. le pays est bas et marécageux,'parsemé, à une certaine distance de la .rive.

de lacs sans profondeur, et sillonné par des canaux qui vont déboucher dans le fleuve. On ne voit pas de traces de roches sur ce sol qui doit probablement son origine aux dépôts alluvionnaires.

Les bancs que l’on rencontre sont formés par le sable que la rivière charie ; ils changent de forme et de place, jusqu’à ce que l’herbe d’abord, une plus haute végétation ensuite, viennent les rendres stables, et les transformer avec le temps, en îles basses et boisées, semblables à celles qui se trouvent plus bas. Deux de ces îlots, bien qu’inondés à l’époque des crues, ont servi à établir des factoreries bâties sur pilotis.

Jusqu'au pied des collines, dont on voit les cimes boisées à huit ou dix milles des rives, toute la contrée est entièrement boisée. Les fougères les plus arborescentes, les lianes les plus inextricables, les arbres les mieux fournis, tout se mêle, s’entrecroise, pour former de ces forêts une barrière à peu près infranchissable.

Au-delà, le fleuve vient du Nord, toujours calme et peu • rapide. Mais bientôt, ses rives se resserrent et s'élèvent, sa profondeur augmente. Le pays change d’aspect et cesse d’être marécageux, la forêt devient plus épaisse et l’on commence à voir des traces de roches. Les bancs de sable jusque-là très nombreux ont disparu. Les collines d’une centaine de mètres de hauteur se rapprochent et bordent les rives à

Plus loin, le fleuve vient du Nord-Est ; les rives s’abaissent de nouveau et redeviennent boisées, laissant voir à nu les racines d’arbres gigantesques, qui seront emportés par la crue, pour déterminer au point où ils s’échoueront, la

formation d’un banc de sable. Puis les rives sont de nouveau bordées par des collines, et les roches granitiques apparaissent définitivement, dénotant ainsi une nouvelle constitution géologique du sol.

On rencontre alors quelques ilôts bas et boisés, ayant leur base sur la roche. Toute la contrée à l’exception des hauteurs est entièrement couverte de forêts. Le brouillard que la chaleur dégage de cette épaisse végétation se dissipe rarement. Tout ce pays est fertile et malsain. L’humus y est d’une épaisseur considérable ; car chaque année, une nouvelle couche de matières organiques en décomposition y couvre le sol.

Mais bientôt l’aspect du fleuve change. Il s’élargit, barré par des îlots et des bancs de roches, et s’engouffre avec violence dans d’étroits canaux. Alors commence une série de rapides et de chutes, qui rendent la navigation très difficile, même pour les pirogues des indigènes. Les collines jusqu’alors entièrement couvertes de forêts ne sont plus boisées qu’au pied et dans les ravins ; les sommets sont dégagés et recouverts de prairies, entièrement formées de graminées. Le cours du fleuve devient sinueux, et continue “ à être barré par des rochers et des rapides, et arrive ainsi à Lope, pays des Okandas, après avoir traversé le pays des Ocotas et des Apinjis.

„ Lope, point central du commerce de cette région, commerce qui consiste principalement dans la vente des esclaves, est situé par sept minutes de latitude Sud, et neuf degrés trente minutes de longitude Est, au milieu d’un pays peu accidenté, couvert de vertes prairies, qui s’étendent sur la rive gauche du fleuve, pendant une longueur de plusieurs

à l’abri des

lieues. Ces prairies, sont, assez élevée? pour.être inondations. périodiques du fleuve.

On arrive ainsi;entre,ces plaines sur la rive gauche, et des montagnes dénudées sur la rive droite, jusqu’à la chute deiüoflué, la plus importante du fleuve, située à quelques milles seulement au Sud de l’Équateur. Nous sommes alors au milieu des Fans Cannibales.

Au-dessus de la chute, le fleuve entrecoupé de rapides, coule à travers des collines boisées jusqu’au confluent de la rivière Ivindo, le plus important des affluents de l’Ogooué supérieur. L’Ivindo vient du Nord ; elle charrie des eaux noirâtres, qui pendant longtemps coulent parallèlement à celles du fleuve, sans se mélanger avec elles. Le régime des eaux de l’Ivindo, qui vient du Nord, et celui des eaux de l’Ogooué, qui, à partir de ce moment vient du Sud, sont un peu differents.

En remontant toujours le fleuve dont la direction est Sud-Est, on arrive après environ cinquante milles d’un parcours à peu près calme, au pays des Sebe, où l’on retrouve des chutes, puis à celui des Adoumas.

Le pays prend alors un aspect nouveau. Tantôt de tiom r breux palmiers, des.plantations de manioc et de bananiers ont remplacé les forêts, tantôt de vastes plaines, dans lesquelles paissent les antilopes et les bœufs sauvages.

A.la chute de Doume, s’arrête le pays des .Adoumas, et, commence celui des Awangis et des Obambas. La rivière venant du Sud-Sud-Est, traverse une contrée peu accidentée. Lgs palmiers disparaissent ; les forêts diminuent de plus en plus, d’importance,, surtout , près de la rivière Sebe, où les

plaines reparaissent pour ne plus 1 laisser au-delà de la rivière Nconi, que quelques ravins boisés.

A la rivière Né'oni les rapides recommencent. La nature géologique du sol ne paraît pas avoir changé; mais't'es ' rapides ont changé d’aspect, et offrent une particularité asèfez remarquable. Ils sont formés de roches plates presque horizontales, et formant des séries' de gradins.

Les rapides finissent au pays des Bakanigue; et le fleuve, devenu calme, conservo la même direction jusqu’au confluent de la rivière Liboumbi ; puis, il court Est-Ouest, jusqu’à la rivière Passa, et Nord-Sud jusqu'à Machogo, par un degré quaranle minutes de latitude Sud, et onze degrés vingt minutes de longitude Est, où se rencontre une nouvéile succession de rapides. Il continue ensuite vers le Sud, audelà de la grande chute de Poubara, et atteint les montagnes sablonneuses qui se trouvent dans cette direction et qui lui donnent le jour.

Au-delà de Poubara, et des pays où se trouvent les sources des affluents de la rive droite, nous entrons dans le pays des Bateke. Non seulement l’aspect de la contrée a changé, mais la nature du sol aussi n’est plus la même. Aux collines fertiles et couvertes d’une végétation de hautes herbes, succèdent des montagnes sablonneuses, sur lesquelles ne croît qu’une herbe basse et sans vigueur, les palmiers reparaissent.

Géminé 1 la Végétation, le' climat a changé, ce n’est plus 'celte chaleur humide, cette atmosphère étouffante qui caractérise la région basse voisine de la Côte. L’air 'est devenu plus sec, la température supportable, et les pluies

moins abondantes. On retrouve en salubrité ce qu’on a perdu en fertilité.

Quittant alors l’Ogooué et les voies fluviales, nous nous dirigeons vers l’Est. Nous traversons d’abord un plateau ondulé couvert de prairies et de bbuquets-d’arbres, qui s’élève à cent mètres environ au-dessus du niveau de la rivière. A cinq ou six milles au-delà des rives, le plateau s’élève de nouveau, et forme des bandes de collines à sommet plat. Laies prairies cessent etfonl place à une bande de bois peu épaisse et parfois très étroite. Puis s’élèvent, courant du Nord-Nord-Ouest au Sud-Sud-Est, les montagnes sablonneuses du pays des Bateke„au pied desquelles quelques petits cours d’eau coulent vers le Sud-Est.

En avançant vers l’Est, on monte une pente peu rapide, dans un pays découvert, où uné herbe mince et clairsemée croît au milieu du sable. A part quelques bouquets d’arbres, qui couronnent les sommets des collines, ou qui bordent les ruisseaux, dans les vallées, tout 1 bois a disparu, et on n’en retrouve plus dans le pays des Bateke.

Le manque de végétation naturelle et les palmiers qui ombragent les villages, donnent à la contrée un aspect caractéristique, Les bananiers qui ne prospèrent que dans les terrains humides et fertiles ont, disparu : et le millet entièrement inconnu jusque-là commence à paraître.

Jusque-là, le sol, d’une exubérante fertilité, prodiguait à l’habitant presque sans travail tous ses-trésors; ici, la terre exige de l’homme sa sueur, pour lui fournir une récolte périodique ; mais ce travail que la nature impose aux Bateke, les a beaucoup élevés dans l’échelle sociale.

Malheureusement l’eau est rare dans celte région, et il

faul souvent l'aller chercher au loin dans les ruisseaux limpides, qui de loin en loin traversent .ces plaines arides, à moins de se la procurer à l’aide de fosses creusées au lond des vallées, fosses dont la profondeur atteint à peine trois mètres.

Après avoir franchi une crête dont l’altitude n’a pas dépassé 700 mètres, nous commençons à descendre vers un bassin nouveau, vers des ruisseaux dont les eaux se dirigent à l’Est, et bientôt le sable commence à se mélanger d’humus et à- devenir fertile.

La rivière Ngambo, qu’on rencontre d’abord, est bordée des deux côtés par des collines. Ses rives sont habitées par diverses familles de la tribu des Baleke. Elle se dirige dans la Diele qui vient du Sud et se dirige vers l’Est-Nord-Est, dans une grande vallée bordée également par des collines fertiles. Puis elle rencontre la Mpama qui a un débit d’eau égal au sien. C’est a la réunion de ces trois cours d’eau qu’on a donné le nom d’Alima, et nous commençons à entrer sur le territoire des Apfourous ou Abangi, qui habitent surtout en réalité, à une centaine de milles en aval. Les deux rives sont bordées de plaines boisées et marécageuses, couvertes par les eaux pendant la crue du fleuve, et découvertes pendant la saison sèche. L’insalubrité re-

Nous étions arrivés ainsi par quinze degrés trente minutes de longitude Est, et un degré quinze minutes de latitude Sud, quand sans aucune raison, nous fûmes attaqués par ces mêmes Apfourous que nous avions comblés de présents. Pendant deux jours nous eûmes à subir leurs attaques, et ce n’est que quand le danger devint imminent

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pour les nôtres et pour nous, que nous nous décidâmes à nous défendre. Après les avoir mis en déroute, devant la perspeclivc de nouveaux combats, n’ayant plus qu’un petit nombre de cartouches, nous quittons l’Alima, non. sans regret pour remonter vers le Nord. Mais nous n’avions plus qu’un nombre restreint de porteurs; il nous fallut abandonner tout ce qui n’était pas absolument nécessaire. Ge qui nous restait de la vie européenne, provisions, instruments devenus inutiles, livres, collections botaniques et zoologiques, récoltées avec tant de peines, au prix de tant de souffrances et de fatigues, tout fut impitoyablement jeté dans le fleuve pour alléger notre marche.

Nous étions épuisés par la fatigue et la maladie, et c’est au milieu des plus cruelles souffrances, qu’il nous fallut continuer notre route par terre en nous dirigeant vers le Nord.

Nous entrons alors dans un pays accidenté et fertile, mais peu boisé, coupé de nombreux ruisseaux, pour traverser bientôt une grande rivière, le Lebaïngouc, puis sous l’équateur, une nouvelle grande rivière, la Licona, qui coule vers l’Est, et enfin une autre plus petite, la rivière du Sel, ainsi nommée parce qu'on extrait des eaux des ruisseaux qu’elle reçoit, un mélange de chlorure de sodium et de salpêtre.

Mais les fatigues devenaient de plus en plus grandes. Profondément épuisés par la fièvre et l’anémie, les pieds et les mains rongés d’ulcères, devant la menace d’un nouvel hivernage, nous dûmes songer à revenir en arrière. Nous étions au mois d’août 1878.

Quelques mois plus lard, nous étions au Gabon, et au commencement de 1879 nous rentrions en France.

PRESSION BAROMÉRIQUE. RÉGIME

11 n’y a en réalité que deux saisons bien tranchées, la saison des pluies qui dure huit mois, du 15 septembre au 15 mai environ, et la saison sèche qui dure quatre mois, du 15 mai au 15 septembre.

Cependant comme vers le milieu de la saisondes pluies, il y a une diminulion dans la quantité d’eau tombée surle sol, on a subdivisé l’année en quatre saisons :

Grande saison sèche du 15 mai au 15 septembre. C’est la meilleure saison dépannée, au point de vue de la santé. Pendant quatre mois il ne tombe: pas une goulte de pluie ; rarement, il fait un léger brouillard. Très souvent, pendant toute la journée, le soleil est entièrement: caché par un «épais rideau de‘images. La température moyenne a baissé 4e quelques'degrés. L’atmosphère conserve cependant:,toujours un peu d’humidité, mais beaucoup moins que dans le reste'de l’année. La tension électrique a considérablement diminué. Les arbres sont toujours verts, mais il y a un arrêt de: développement dans la végétation. Lés prairies «jaunissent, des fruits mûrissent.

C’est alors que l’Européen et l’indigène doivent donner da plus grande quantité d’efforts physiques. Les:cputes devenant praticables, c’est pour le'nègre, de temps du dé-

placement et du commerce. Pour l’explorateur, c’est le moment de la marche en avant.

Vers le milieu de septembre quelques pluies fines commencent à tomber. La nouvelle végétation se monlre. De jeunes feuilles d’un vert plus tendre, viennent remplacer les anciennes, qui tombent à mesure. On est averti qu’il va falloir se préparer à l’hivernage.

Puis, les pluies deviennent de plus en plus nombreuses. Il pleut bientôt- tous les jours pendant quelques heures, quelquefois pendant tout le jour ou toute la nuit. La température augmente, l’humidité devient extrême. La tension électrique est plus intense et les orages éclatent. Nous sommes dans la petite saison des pluies qui dure jusqu’au 15 décembre.

En janvier et février arrive ce que l’on a appelé la petite saison sèche. La quantité de pluies a diminué ; il pleut cependant encore presque tous les jours. La température demeure toujours très élevée ; la surcharge électrique considérable. Il y a de fréquents orages. L’humidité est extrême. Cependant, la quantité d’eau fournie par les nuages ayant diminué en abondance, la baisse des rivières commence à se faire sentir. Les marais ne sont plus entièrement submergés ; mais la pluie qui continue à tomber de temps en temps, les entretient fangeux et putrides, jusqu’au retour définitif des pluies abondantes. C’est la plus mauvaise saison de l’année. C’est celle où la fièvre règne en maîtresse Il n’est pas d’Européens habitant dans les parties basses et marécageuses qui lui échappent à cette époque.

En mars, la pluie augmente, et nous entrons dans la grande saison humide. C’est le temps des violents orages et

des tornades. Presque tous les jours, la tempête se déchaîne avec tonnerre, éclairs, ouragans brisant tout sur leur passage, pluies torrentielles qui durent deux ou trois heures. Puis le soleil reparaît brûlant, pour le reste du jour, au milieu d’un ciel sans nuages.

La grande saison humide est en même temps la plus chaude. L’atmosphère est presque saturée d’humidité, d’où obstacle permanent à l’évaporation du produit de l’exhalation cutanée, et accumulation plus grande du calorique dans l’économie.

Le thermomètre ne varie guère qu’entre 26” et 33” dans la saison des pluies. Dans la saison sèche, il descend quelquefois, mais rarement, jusqu’à 21” ; mais se tient plus généralement entre 25” et 29”. En avril, il marque dans le jour 32° ou 33” ; la nuit 28°.

La température moyenne de l’année est de 28”.

Bien que le refroidissement nocturne de la température soit très faible, il amène cependant, à cause de la grande humidité de l’air, des brouillards d’une extrême intensité, et de très fortes rosées, qui ne disparaissent que vers huit ou neuf heures du matin.

Les variations de la pression barométrique sont àpeu près nulles dans un même lieu. Les plus grandes ne dépassent pas huit millimètres. Les variations diurnes sont de trois ou quatre millimètres. Je n’ai jamais vu le baromètre arriver à 760.

La direction des vents est invariable. Les brises douces qui s’établissent dans le jour, viennent toujours de l’Ouest; les vents violents qui accompagnent l’orage et brisent tout sur leur route, viennent toujours de l’Est. C’est une règle

absolument constante dans toute la région parcourue, et qui peut être très utile pour l’orientation des habitations.

La grêle est inconnue dans tout le bassin de l’Ogooué. Une seule fois dans trois ans, pendant la saison des pluies de 1877, j’cn ai vu tomber, sur le plateau de séparation des doux bassins. Les indigènes;habitant lepays n’en parurent pas surpris. Les hommes de notre escorte, au contraire qui venaient du Gabon et du bas .Ogooué, étaient fort étonnés de ce phénomène.

A mesure qu’on avance dans l’intérieur, toutes les saisons sont légèrement retardées, quoique se présentant dans le même ordre et delà môme façon. La différence est surtout marquée entre les deux bassins. Elle est d’un mois entre le bas Ogooué, et la portion du bassin du Congo que nous avons parcourue. Nous avions quitté le premier de ces fleuves en pleine saison sèche, et nous arrivons dans le second, avant que les pluies ne fussent terminées.

Le régime des eaux est complètement en rapport avec la succession des saisons. Les deux plus fortes crues du fleuve correspondent aux deux époques de pluies. C’est quand celles-ci diminuent, que les eaux arrivées à leur maximum de hauteur commencent à baisser. Elles ont une baisse drès marquée en janvier. C’est du mois de juillet au mois de septembre, que l’on constate le volume d’eau minimum.

La flore de ces régions est extrêmement riche. Les nouveautés abondent dans les-échantillons peu nombreux, Ce-

pendant, qui en ont été rapportés. J’avais pu réunir un assez grand nombre de plantes, et particulièrement de légumineuses. Malheureusement, celte collection a dû être sacrifiée, sans qu’on ait pu faire la détermination des plantes qu’elle contenait.

M. le professeur Bâillon a publié, il y a plusieurs années, un travail intéressant sur l’herbier du Gabon.

Parmi les plantes qu’on y rencontre fréquemment, il faut citer :

Le landolphia, ou liane a caoutchouc de la famille des apocynées. C’est actuellement une des plus grandes ressources commerciales du pays. On obtient le caoutchouc en saignant cette liane, et évaporant le liquide obtenu.

La même famille nous fournit encore 1 ’inée, strophantus hispidus. La graine sert à obtenir le poison dont les Pahoins empoisonnent leurs'flèches. Ce poison a été étudié en France par MM. Carville et Bâillon, Gallois et Hardy. C’est un poison du coeur des plus énergiques, qui agit plus rapidement sur les mammifères que sur les animaux à sang

Les ébénacées nous donnent le diospyros ebemm, très commun egalement, et qui fournit beaucoup au commerce de l’Ogooué.

Parmi les myristicées, on remarque : le combo-combo, en grande abondance, dont le bois extrêmement léger sert à la construction des pirogues. Le fruit fournit une espèce de suif.

L’ocoumè, de la famille des burséracées, est un arbre de très grande taille. 11 sert à la construction des très

grandes pirogues. C’est la résine de cet arbre, qui sert d’éclairage.

L’oba, de la même famille, a un fruit comestible. On le trouve en grande quantité dans certaines régions. C’est l’amende de son fruit, broyée et séchée, qui constitue le dika, assaisonnement indispensable de la cuisine des indigènes. Le dika contient 65 pour 100 de graisse analogue au beurre de cacao.

Les papilionacées nous donnent : le (pterocarpus angolensis), santal rouge du Gabon dont il se fait un grand commerce comme bois de teinture. L’ossani, dont l’écorce est employée comme laxative. Le guibourtia copalifera, gomme copale, qu’on trouve surtout abondamment dans la région de l’Alima. La cassia occidentales, le physostigma venenosum, ou fève de Calabar ; les indigènes connaissent ses propriétés vénéneuses, mais ne paraissent pas toutefois en faire usage comme poison d’épreuve ; plusieurs variétés d ’arachis hypogœa, dont les graines bouillies ou grillées, forment une partie importante de l’alimentation.

Les mimosées fournissent diverses variétés de pentaclethra, dont les graines oléagineuses contiennent 50 pour 1 100 de graissse ; le tetrapleura, plante dont la graine ressemble à quatre gousses accolées. Son écorce est employée dans la médecine des indigènes pour le pansement des plaies.

Les sapotacées fournissent le bassia njavi, très grand arbre, dont le fruit est comestible. On extrait des graines de ce fruit, une graisse l’agali-njavi, comestible à l’état frais. Cette graisse est la plus employée des noirs, après l’huile de palme. Elle entre dans la composition de leurs médicaments externes.

Les rizophorées fournissent le manglier ou palétuvier» dont l’écorce est un objet de commerce.

Les cücurbilacées nous fournissent : l’ouendo ( cucume ropsis), dont le fruit est comestible en entier avant sa maturité, et dont les graines pilées sont un assaisonnement pour les aliments.

Les anonacées fournissent l’ogana ou poivre d’Éthiopie (uvaria œthiopica) dont le fruit stimulant sert de condi-

Les euphorbiacées nous donnent : le manioc doux et le manioc ordinaire ( manihot utilissima ) dont la racine contient, un suc très vénéneux qui disparait par la fermentation et le lavage. C’est le principal élément de la nourriture des nègres de cette région. Ils se nourrissent également de la feuille broyée et cuite. Le ricin, plusieurs variétés. La Jatropha curcas, dont les graines sont purgatives.

Les màlvacées nous donnent le coton, très fréquent dans la région moyenne de l’Ogooué.

Les loganiacées fournissent un strychnos, le mboundou, qui est employé comme poison d’épreuve.L’écorce de laracine est râpée et macérée dans l’eau. On la fait absorber par l’individu accusé d'un crime. Ce poison agit sur le système nerveux. D’après le récit des indigènes,.il, doit s’éliminer assez rapidement par les urines, car ils ont remarqué que la miction .était le premier symptôme de guérison après l’absorption de cette substance.

Les cannabinêes fournissent le cannabis indica, assez rare, mais cultivé avec le plus grand soin. Les noirs en fument les feuilles, sous le nom de liamba, et se procurent ' ainsi une ivresse absolue, qui abrutit rapidement ceux qui

en asenl fréquemment. C’est une des passions les plus funestes qu’ils possèdent.

On trouve également une variété de tabac, de la famille des solanées. Le tabac est surtout cultivé dans les parties élevées du fleuve et sur l’Alima, où le tabac européen ne pénètre pas. Les Fans et les Bateke en font spécialement un grand commerce.

Les palmiers sont représentés par le palmier à huile (e/aïs guineœsenm ) et par le sagus vinifera qui fournit le vin de palme et dont les feuilles et les nervures servent à la construction des cases.

On y trouve également de très nombreuses espèces de champignons, dont plusieurs comestibles ; un grand nombre d’arbres dont l’exploitation commerciale serait utile et pourrait devenir importante, soit pour les bois de construction, soit pour les matières textiles ou oléagineuses. Beaucoup également pourraient être employées en chimie ou en pharmacie ; les uns servant dès aujourd’hui de médicament aux indigènes ; les autres leur tenant lieu de poisons.

De toutes les familles qu’on rencontre, c’est la famille des légumineuses qui prédomine le plus tant dans la composition des forêts qhe parmi les plantes herbacées.

La faune des régions voisines de l’Ogooué et de l’Alima n’est pas très riche.

On y rencontre le lion qui habite exclusivement Ja partie sablonneuse qui sépare les deux rivières, la panthère qu’on rencontre partout et qui, très souvent, attaque l’homme ; l’éléphant, l’hippopotame, le gorille, le chimpanzé, des singes varies, etc.

Parmi les animaux nuisibles à l’homme, il y a un grand

nombre de serpents, parmi lesquels les plus redoutés sont le serpent noir et une vipère cornue, l’échidne gabonensis. Parmi les insectes, un grand nombre de diptères s’attaquent à l’homme et leur piqûre amène des plaies que l’anémie rend inguérissables. La chique qui paraît n'être pas indigène, mais avoir été récemment importée, s’est promptement répandue dans tout ce pays et y fait des ravages dont je parlerai plus loin.

Les fourmis y .ont des variétés très nombreuses. Il en est une surtout, la chiooué, qui s’avance par innombrables bandes qui couvrent entièrement le sol sur une longueur de plusieurs centaines de mètres et une largeur d’une vingtaine, dévorant tout sur leur passage, La chicoué est de couleur marron; elle a un centimètre de longueur, une énorme tête armée de robustes crochets. Quand elle a saisi quelque proie, on liai sépare la tête du corps, plutôt que de lui faire lâcher prise.

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