EXCURSION A L'EST DE SENLIS COMPIÈGNE
De Senlis, nous pouvons, par un crochet au nord, aller visiter Chamanl, ancienne résidence de Lucien Bonaparte, devenu champ de la mort de M. Odenl et des otages, ou gagner directement Baron par la route de Meaux, laissant à notre gauche le curieux donjon deMontepilloy où, en 142'J, le ducdeBedford l'ut vaincu parles Français et d'où en d914 les Allemands bombardèrent Viilemètrie, l'abbaye de la victoire fondée par IMiilippe-Auguste, Mont-1'Evèque, Borest, Fontaine... Admirons a Baron l'église des xn«, xiii» et XV" siècles où Jeanne d'Arc communia en cette môme année 14i"J e( rappelons un sombre drame de 1014. Le compositeur Magnard s'y enferma dans une maison dont on voit les ruines, au malin du 3 septembre. Après trois sommations, les Allemands tirèrent du jardin sur la façade. M. Magnard riposta d'une fenêtre et tua un soldat ennemi. Le commandant allemand ordonna l'incendie de la petite ville. Les instances du notaire. M» Robert, modifièrent la sentence et l'ordre ne fut appliqué qu'à la villa Magnard. Dans l'instant que les soldats meltaieni le feu dans la cuisine, on entendit une
EXCURSION A l'est DE SENLIS. GOMPIÉGNE 63
détonalion : M. Magnard, barricade dans sa chaml)re, se brCilaitla cervelle... Le village, comme tous ceux de l'Oise d'ailleurs, fut soigneusement pillé.
En tournant à gauche, après être revenu surnos pas, nous pénétrerons dans la foret d'Ermenotiviilc et nous visiterons l'abbaye de Ghaalis où Le Tasse en lo70, travailla à la Jérusalem délivrée et que M"» Edouard André (le peintre Nelly Jacquemard), a laissée à l'Institut ; puis nous verrons le désert d'Ermenonville, le château du prince Kadziwill — envahi comme Ghaalis en 11)14 — et là, nous serons en pleine histoire du romantisme. A Ermenonville, le marquis de Girardin, dessinateur des premiers jardins anglais, accueillit en 1778 Jean-Jacques Rousseau, dont la vieillesse angoissée « s'éteignit au milieu des arbres, des fleurs et des oiseaux ». On y montre son tombeau, vide de ses cendres, el sa cabane au milieu des dunes, des roches grises, des bouleaux et des chênes empourprés chaque automne dans l'encerclement doré des hêtres. Au bord des étangs glauques, où naviguent les cygnes blancs, on sent la mélancolie profonde d'un paysage désolé où soupire la brise des pins.
D'Ermenonville, on peut gagner Nanteuil, un des champs de bataille de l'Ourcq les plus importants dans l'Oise, dont il faudrait longuement parler... ou gagner Meaux. Mais ceci nous entraîne hors de « chez nous » el mieux vaut, si nous nous en tenons à l'Oise, gagner Grépy par la voie ferrée de Dammartin.
Grépy est en effet l'une de ces petites villes somnolentes qui parlent si bien du passé... La cité a conservé une allure pittoresque et noble d'ancienne capitale, encore que le jjaiais des comtes de Valois
soit en ruines, que l'église Saint-Thomas soit en ruines, que les Anglais, pendant le siège de 1431, aient mis la ville en ruines...
Les Allemands auraient vivement désiré parachever cette œuvre.
En 1914, ils saccagèrent la ville, puis, en 1018 ils bombardèrent violemment par avions ce centre très important de voies ferrées. Les églises, la partie du château qui demeure debout, les maisons souffrirent. Les habitants se réfugiaient chaque soir dans les carrières.
Que ne puis-je continuer ce pèlerinage dans les plaines du Valois! Il faudrait parler des combats (l'Jl4) deVersigny, Droiselles, Rosières, il faudrait, dans une excursion do Nanteuil à Betz. rappeler l'intensité de la bataille de i'Ourcq. dire qu'autour d'Acy-en-Multien, de Bouillancy, etc., l'armée de Kluck fut définitivement maintenue, il faudrait, en un pèlerinage spécial, visiter dans la plaine le camp d'aviation du Plessi.s-Belleville d'où s'envolèrent tant de héros, il faudrait, dans les forêts et les vallées accom|)agner, dès le 'J septembre, nos soldats, qui suivant la vieille expression rajeunie, chassaient l'ennemi l'épée dans les reins, il faudrait dire l'aspect de ces terres si riches jadis en gerbes blondes, dont la bataille de I'Ourcq avait fait un charnier de la première heure... Mais de si grandes choses ne se peuvent exprimer en pou de mots...
La nature a repris ses droits. On laboure et l'on sème là où l'on tuait. De la mort est née la vie. Les routes, les cham|)S, les bois, plus fortunés que ceux du Noyonnais ont repris sous les caresses du cVel d'été leur aspect d'autrefois et leur sourire parfumé.
EXCURSION A l'est DE SENLIS. COMPIÈGNE 65
Mais, comme l'a dit M. Roussel-Lépine, est-ce bien les mêmes bois, les mêmes champs et les mêmes routes? Non certes, car la terre du souvenir conservera toujours, vision de fantômes derrière l'aspect réel des choses, une expression de tristesse déchirante pour ceux qui l'ont vue au lendemain du jour où nos frères y sont tombés, lavant de leur jeune sang les souillures de l'invasion... Non, ne l'oublions jamais, ces plaines du Valois et du Multien à la porte de Paris, où nous avons vu la flamme claire des incendies, les capotes criblées de balles, les corps exsangues de ceux qui, pour nous, se sont endormis dans la mort en des soirs de sanglante apothéose, seront toujours les chemins de croix des mères et des femmes, le lieu de prière de ceux qui viennent « remercier ».
Ils sont là, nos défenseurs... Si le soc de la charrue a repris son travail au chant joyeux de l'alouette, si les fruits embaument au printemps, si le soleil s'endort sur les sainfoins empourprés et sur les épis d'or... que notre joie de voir revivre la France soit grave... Dans la nuit, il y a des sanglots; sous terre, il y a des morts... et « c'est sous l'aspect tragique et sacré d'un champ de bataille (|ue nos routes, nos champs, nos bois, doivent entrer dans l'Histoire ».
... Et plus nous monterons vers le nord du département, plus nous sentirons le caractère sacré qu'a imposé la guerre aux sites sur lesquels s'est abattu sa lourde main... Dans tout le Valois, les échos nous parlent de 1914... Mais, dès que nous sommes à Compiègne, notre émotion s'accroît... nous sentons déjà les grandes blessures de 11)18... Il est peu de solitudes verdoyantes alliant mieux la grâce
A. UE MAHlCOLRr. 5
à la splendeur que la forêt de Gomplègne ; et les chemins pour s'y rendre sont d'une beauté si heureuse que l'embarras est grand pour guider le choix des pèlerins.
Si l'on aborde la forêt de Compiègne par Crépy, on y voit se confondre la majesté des arbres à la grâce des clochers que les Allemands, en 1914, n'ont point eu le loisir de vouer à la mort. La vallée de l'Autbomnc comme celle de l'Oise a vu finir l'école rom.ane et naître l'art gothique dont les arcs brisés se sont inspirés sans doute des lignes harmonieuses et des voûtes sombres de la forêt voisine... Au voyageur qui veut se pénétrer de notre art architectural et religieux, il faut recommander la visite des églises de Morienval, de Bcthisy et de tant d'autres... Et s'il aime les antithèses, il verra à Champlieu, sur les ruines d'une ville romaine de civilisation raffinée, le camp de chars d'assaut ou de tanks, instruments fantastiques de mort que la grande guerre inventa pour permettre à de jeunes soldats, sortis semblc-t-il des flancs du cheval de Troie, de semer l'épouvante dans les l'angs des ennemis.
Quand, au contraire, « le voyageur » gagne Compiègne par Verberie, là encore il feuillette une page d'histoire car tout le pays en vérité est bien le berceau de nos monarchies défuntes. Si Crépy fut la capitale des premiers Valois qui devinrent nos rois Capétiens de la seconde race, "Verberie se peut vanter de plus anciens souvenirs (Charles Martel y mourut dans le palais préféré des Carolingiens...) et si nous montons plus haut, vers le nord, nous montons aussi plus haut dans l'histoire, car à la Groix-Saint-Ouen le bon roi Dagt)bert chassant avcr
EXCURSION A l'est DE SENLIS. COMPIÈGNE 67
Saint-Ouen vit, dit-on, une croix blanche se dessiner sur le sol.
... Tout ce sol donc, que l'ennemi depuis des siècles nous veut enlever en des ruées successives, possède avec les richesses du présent et de l'avenir celles d'un passé profond .. C'est un reliquaire dont la garde nous est confiée...
Reliquaire aussi des temps abolis, ce château de Pierrefonds dont la restauration par Viollet le Duc a atteint les extrêmes limites du zèle; et dont les hautes tours émergeant des bouquets d'arbres rappellent, en un décor émouvant, quelque féerique manoir dont Gustave Doré serait le peintre.
Construit au début du xv» siècle par Louis, duc d'Orléans, ce château est le seul en France qui nous montre dans sa plus puissante expression la grandeurd'une forteresse féodale destinée à défendre le Valois.
Il a échappé aux bombardements allemands, plus heureux que Verberie qui demeure debout, mais où il y eut, comme on l'a vu, un engagement assez chaud au début de la grande guerre...
Nous voici aux portes de Gompiôgnc... Entrons dans celte ville élégante dont les vieux hôtels se regardent dans les eaux claires de l'Oise et dirigeons-nous vers l'incomparable hôtel de ville delà Renaissance qui est comme une préface des maisons communes de la Picardie et des Flandres. Si l'on désirait enseigner l'histoire de France à un enfant, par cet heureux système qui consiste à faire parler les pierres à sa jeune imagination ravie, il suffirait de le conduire à l'Hôtel de Ville de Compiègne et de lui conter le passé de la vjlle royale. La beauté de sa situation et ses bois giboyeux y amenèrent nos
rois de la première et de la seconde race. Et le premier château de Compiègne fut donné par Charles le Chauve aux religieux qui en firent l'abbaye Sainl-Gorneille. Les Capétiens eurent aussi à Compiégne leur manoir dont il ne subsiste rien. Charles V en construisit un autre que ses successeurs embellirent. Mais Louis XV le mit à bas pour édifier sur son emplacement le château actuel qui fut, en i728, l'œuvre de Gabriel de Fontaine et de Percier.
A Compiégnc, Dagoberl et Thierry III reunirent des synodes d'évéques, Pépin leBref re<,ul de Constantin Copronyme le premier orgue que connut l'Europe, Charlemagne se livra à des chasses q;ie célébra Alcuin dans ses poèmes : Eudes, comte de Paris, y fut élu roi de Fiance en 888 par les Etats Généraux; le dernier Carolingien, Louis V, y fut sacré et y mourut. A la bataille de Bouvines, les habitants de Compiégne se battirent si bien contre les Allemands qu'à la ville si française, Louis-Philippe donna pour armoiries un blason dont elle s'enorgueillit : D'argent au lion d'azur armé et lampassé de gueules, couronné d'or et chargé de six fleurs de lis de môme ; avec cette devise : Fidèle à son Roi. Fidèle au pays.
C'est à Compiègne aussi que les idées de liberté prirent leur première forme concrète : Louis VI octroya à la ville le plus ancien document écrit qui, sous le nom de charte de commune, contient des lettres de sauvegarde pour le clergé comme pour le peuple, pour le riche comme pour le pauvre. Philippe- Auguste les confirma; et c'est ainsi <iu'au centre de cette forêt de Cuise, convoitée par les Teutons, se cristallisa une forme de la pensée fran-
EXCURSION A l'est DE SEXLIS. COMPIÉGNE 69
çaise qui devait si largement développer l'idée de patrie dans le cœur de nos aïeux.
Sous tous les Capétiens d'ailleurs les habitants de Compiègne indépendants et fiers, luttèrent pour le maintien de leurs privilèges et les Rois firent droit à leurs demandes. Ils comprirent même si bien, nos rois, que Compiègne était éminemment ville française que pendant la captivité du roi Jean, le Dauphin convoquant les Etats généraux (1358) voulut que la réunion eût lieu dans une ville dont la fidélité lui fût assurée. Et il choisit cette cité pour assembler les représentants de la nation.
Pendant la guerre des Armagnacs et des Bourguignons Compiègne fut disputé par les différents partis, mais c'est la guerre de Cent ans avec Jeanne d'Arc qui devait la rendre à jamais célèbre.
La Pucelle y fut atteinte par un archer de Picardie et faite prisonnière le 25 mai 1430. Ce fut un des derniers chapitres de l'épopée... C'est de Compiègne qu'elle marcha lentement au supplice après s'être écrié : « Dieu layra-l-il mourir ces bonnes f/ens de Co7npièf/ne qui ont résisté et sont si loyaux à leur Seigneur ? »
Cinq mois plus tard Charles 'Vil délivrait Compiègne dont les Anglais levaient le siège et il exemptait ses habitants de la taille pour leurs loyaux services.
Pendant la Ligue Compiègne demeura fidèle au Roi; si bien (prilonri 111, avant d'expirer, manifesta le désir que son corps fut transporté à l'église Saint-Corneille pour que les ligueurs ne le profanent pointu Saint-Denis... Sous Louis XIV et Louis XV, les chasses de Compiègne — résidence royale — dépassèrent toutes les magnificences; et quand
les abeilles eurent remplacé les lis sur le ciel bleu du blason de France le château de nos rois devint celui des Empereurs... Compiègne évoque le souvenir des fêtes au luxe un peu lourd de l'Empire... des réceptions élégantes et fastueuses; et parfois il semble que. comme un fantôme au fond des bois, on voit passer dans ce nouveau Versailles dun régime nouveau la silhouette du rêveur doux et triste que fut le malheureux empereur vaincu de 1870.
1870 ! A Gompiégne on est assez près des frontières pour n'avoir point oublié l'année terrible. .et ceux des habitants demeurés fermes au logis près du Iront — sous la rafale — ont patiemment attendu de 1914 à 1918 que sonnât l'heure de la revanche.
Un de ces « hommes d'autrefois » qui conservent comme un héritage sacré les traditions de l'honneur, M. de Scroux faisait en 1914 — M. Fournier-Sarlovèze étant aux armées — fonction de maire à Compiègne. Assisté de M. Martin et de neuf conseillers municipaux, il reçut les Allemands avec une dignité froide qui leur on imposa. Il fut otage et prisonnier. Mais les ennemis ne saccagèrent point la ville. La visite du château eut lieu sans dommage. Il semble que la grandeur qui pèse parfois avec une telle majesté sur certains lieux ait intimidé le général von Kluck lui-même.
Comme M. Mourcy, conservateur. lui faisait visiter le palais il s'étonna de la triste nudité des murs puis... il comprit f'exode des objets d'arts et des tapisseries incslimablcs : « ... Ah oui! les Barbares... » murmura-l-il avec un sourire énigmalique où il y avait de l'ironie, de l'amertume et i)eut-être
EXCURSION A l'est DE SENLIS. COilPIÈr.NE 71
un peu de mélancolie ... Et dans la chambre du grand empereur il demeura songeur, impressionné... En face de cette force mystérieuse, de cette « ombre » si démesurée : a Kolossal ! Kolossal!... murmura-t-il... » mais ce fut un « Kolossal » discret, à peine prononcé... l'exclamation atténuée du vaincu de demain en face du vainqueur d'hier... Puis il promit qu'aucun dommage ne serait causé à ce temple du souvenir...
Soupçonneux et rude, le commandant d'étapes Sabath soumit la ville à une régime sévère. Les pillages furent nombreux et la municipalité fut audessus de tout éloge en évitant les conflits et les assassinats.
Dès le 6 septembre l'inquiétude, que les Allemands ne purent dissimuler, fut une joie pour les habitants. La nervosité des officiers devenait insupportable. Le commandant Sabath (qui avait succédé au général von Marwitz) tenta la défense de la place et le château fut bien près d'être une « victime de la guerre ». Les Allemands pratiquèrent des meurtrières dans divers immeubles pour tenter la défense, bombarder la rue de Paris en cas d'irruption des troupes françaises et ils renforcèrent la grille de la grande allée du parc par des mottes de lern; et de gazon. Plus loin ils entassèrent les unes sur les autres des tables d'écoliers afin de pouvoir tirer sur le mur d'enceinte. Une reconnaissance de hussards français vers Royal-Lieu fut le seul événement militaire ce jour-là. Aucune attaque ne fut livrée. Les ennemis avaient déjà placé devant eux M. Lacour, agent voyer, et le directeur de l'école Saint-Germain que l'énergique intervention de M. dé Seroux fit relâcher.
Le 13 septembre une patrouille de dragons français purgea la ville de ses indésirables occupants. Et à la fin de 1914 le génie militaire posa à Gompiègne, comme dans les autres villes du bord de rOise, de nouveaux ponts qui facilitèrent la circulation dans cette cité d'importance stratégique primordiale.
En 1915 commencèrent les bombardem.ents par pièces à longue portée qui se renouvelèrent trop fréquemment pendant la guerre et causèrent des victimes.
Le Grand Quartier Général s'installa au château pendant l'été 1917 et y demeura jusqu'au printemps 1918. Pendant les longues nuits d'automne et d'hiver la ville était silencieuse comme une cité fantôme. Aucune lueur au.\ fenêtres, aucune rumeur dans les nuits obscures et mortes... Proche la forêt dont on humait l'odeur de mort des feuilles qui tombent, la silhouette du château — vague — se dessinait imposante... On y percevait à un tel point le travail de l'Idée française, s'envolant de par le monde, (|ue, par un phénomène d'extension, l'édifice lui-même semblait palpiter d'une vie intense et secrète, que ses multiples fenêtres calfeutrées rappelaient les yeux clos d'un grand corps muet fermées sur les frémissements d'une- pensée intérieure.
Une nuit fut belle, je m'en souviens. Dans l'atmosphère tranquille et embaumée des paysages silvestrcs un monstre — la sirène — jeta ses appels éperdus et déchirants sur les bords de la rivière endormie puis les canons parlèrent de leur voix monotone. Et le lendemain nous apprîmes la fameuse débandade échevelée des zeppelins et la
EXCURSION A l'est DE SENLIS. COMPIÈGNE 73
mort d'un des grands oiseaux nocturnes qui gisait proche.
1918, hélas marqua des heures plus sinistres. Dès mars Compiègne se trouva comme un objet de convoitise entre deux des bras de la tentacule allemande... Les bombardeinents par avions se succédaient dont le premier tombant sur une « popote » causa plusieurs victimes. C'était le violent « coup de surprise » de l'attaque, suivi à peu près tous les jours de plusieurs autres... Et l'on revint au plein moyen âge avec toute la civilisation moderne : Les officiers découvrirent à l'entrée du château, et dans un des fossés, les entrées de profonds souterrains dans lesquels ils installèrent, avec le téléphone et l'électricité, divers « services » — correspondant à ceux des salles — dans lesquelles ils purent travailler la nuit.
Le 22 mars fut une mauvaise date. « Cela va mal », disait-on dans toutes nos régions. A 7 heures du soir le G. Q. G. était alerté et prévenu qu'il faudrait peut-être partir. A minuit la nouvelle se cunlirmait et le lendemain en cinq heures par suite d'un vrai prodige d'organisation, tout était i)rêt pour le départ... L'immense ruche quittait l'Oise et se repliait sur l'rovins tandis que Bertha parlait aux Parisiens — dont beaucoup s'émurent et s'ébrouèrent — en ces heures où la France fut bien mal.
Compiègne à peu près évacué prit l'aspect d'un désert. Les pièces à longue portée faisaient assidûment leur méchante besogne. En septembre, les dommages étaient considérables. L'hôtel de ville était intact mais tout autour de lui les maisons effondrées se faisaient nombreuses. Toute la partie entre la rue Saint-Corneille et la gare était aux trois
quarts abîmée; le quartier de la gare et la rue Solférino étaient fortement touchés. Le Palais était quelque peu atteint du côté de la rue d'Ulm et les entrepreneurs évaluaient à 50 p. 100 le nombre des immeubles abîmés. Bref, pour employer un terme qu'a forgé la guerre actuelle, les immeubles sont pour la plupart « piqués » et la ville offre l'aspect lamentable d'une malade qui se défend pour ne point tomber. Regardez-la de loin : Elle a bel air. Elle tient... Regardez-la de près : C'est une « façade a et la cité charmante qu'on surnomma la reine des forêts s'écroule sourdement sous un « mauvais coup » dont il la faut guérir.