VERS LASSIGNY UN PÈLERINAGE DE RIBÈCOURT A NOYON
Les projets d'attaque des armées Maunoury et Castelnau n'ayant pu réussir en septembre 1914, par suite de l'occupation solide de Lassigny par l'ennemi, et les Allemands conservant le front nord-sud Balny-Plumont tandis que des batailles acharnées se livraient le '28 et le t'i autour de Roye et se continuaient pendant toute la première quinzaine d'octobre, les deux lignes de front se stabilisèrent d'ans le Noyonnais.
Les défenses françaises avaient par endroit jusqu'à 7, 10 et 15 lignes non continues, enchevêtrées, se soutenant les unes les autres par des tranchées tantôt en cercle, tantôt parallèles, établies à intervalles sur des points choisis, utilisant tous les mouvements de terrain et transformant parfois des villages entiers en véritables petites forteresses.
On a tant de fois tenté de décrire ces indescriptibles ouvrages, échappant au vocabulaire banal de notre langue naguère déshabituée des « choses
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de guerre », qu'on ne sait comment parler de ce système fantastique de tranchées profondes et couvertes, de ces boyaux convergents et défendus avec soin des lignes de tir, de ces abris, de ces ruisseaux barrés ou détournés de leur cours, de ces réseaux de pieux enchevêtrés, réunis par des fils de fer barbelés, des mines et des chevaux de frise...
Avant que la civilisation ait repris ses droits il est nécessaire d'en recevoir la vision que notre œil noubliera point...
Suivons cette ligne de Ribécourt à Lassigny en gagnant Ribécourt par la rive droite de l'Oise que nous quitterons y Gompiègne.., Les sites sont évocateurs et beaux : Nous passons au pied des ruines du château de Goudun qui appartint à deux maisons illustres, les d'Ailly puis les dHumières... Mais déjà, au pied du Mont Ganelon, ancien fort de Gharlemagne, au nord de la falaise abrupte, apparaissent les premiers signes de la guerre : les traces des tranchées et des réseaux de fil de fer, reste d'un système de défense maintenu plus de trois ans. Non loin un camp d'aviation y tint longtemps aux heures de repos ses grands oiseaux encagés sous la voùtè monstrueuse des toiles camouflées pour lesquelles l'intelligence de l'homme avait emprunté à l'instinct du simple insecte le mystérieux système du mimétisme... Nous ne pouvons certes nommer tous les villages!.. Dès 1914 ils connurent des heures sombres. .Notons Gambronne où est la cote 113 conservée par nous après un violent combat en septembre l'Jl4;Longueil, où le poète Roucher écrivit son bucolique poème : Les Mois; Thourotte qui, au moyen âge, eut sa forteresse défendant le
passage de l'Oise et qui voisine avec la double ligne des tranchées d'attaque et de défense.
Les méfaits allemands ont ici laissé leurs marques... Pauvres maisons dont la façade rappelle un visage balafré, murs croulanls dont la vie s'est envolée et qui, sous les stigmates de la guerre, semblent rongés par d'incurables plaies... En 1917 on pouvait encore suivre pas à pas sur les routes de tous ces villages les traces de la grande mêlée humaine... Çà et là des pierres calcinées rappelaient les feux de bivouac. Des bouteilles brisées scintillaient sous le soleil, des fourgons de munitions blessés par la rupture d'une roue gisaient comme de grands corps dans .les herbes folles de fossés... Foulés et refoulés les chamiis incultes portaient sur leur sol grisâtre d'émouvants vestiges : pantalons en lambeaux, capotes souillées, débris de harnachement maculés de boue évoquant tous la souffrance et la lutte... et, plus émouvants encore, des tertres remués fraichemcnt, monticules discrets, modestes comme ceux qu'ils recouvraient, décorés dune croix fruste ou d'une simple branche de feuillage déjà roussi... les tombes...
Puis c'était le fracas incessant et monotone des véhicules sans nom, invraisemblables et touchants, car tous parlaient aux yeux de la grande misère humaine patiemment supportée pour notre salut... Des fantassins passaient dont la tête couverte de sacs rappelait celle des bédouins du désert, les convois d'approvisionnement marchaient lentement dans le chaos des ornières; et leur silhouette était sombre sur la ligne bleue d'horizon, des files d'au-" tobus peinis en gris terne avaient perdu leurs vitres à la bataille et les toiles métalliques des fenêtres
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laissaient apercevoir des quartiers de viande géants destinés semblait-il à quelque ogre des contes de fée tapi dans la forêt qui rougeoie dans les lointains... Et du côté des collines qui apparaissaient, hypocritement paisibles dans la brume violette des seconds plans, s'échappaient comme des plumes blanches de cotonneux et légers flocons : le feu de nos batteries qui démolissaient et tuaient.
Nos gros canons étaient installés sur la cote 113 dans le bois d'Antoval (Cambronne) et dans une cavée qu"on peut visiter à Béthencourt.
Puis voici Ribécourt qui nous est resté lors delà stabilisation du front de 1914. Les caves y furent numérotées avec indication du nombre de lits etde places que chacune renfermait. La première ligne de nos anciennes tranchées longeait les dernières maisons et cent mètres plus loin se hérissaient les premiers réseaux allemands de fil de fer barbelé. Aussi bien les ruines de Ribécourt attestent-elles la violence de la lutte. Le château, construit vers 1770 par Louis le Conte de Nouant dit le chevalier de Raray, croula sous les obus ennemis en l'J17. De l'église, les murs, le portail et le toit s'effondraient. Avec ses quatre clochetons une partie de la tour demeure debout comme un membre pantelant... A côté un amas de lattes, de poutres, de pierres calcinées... Ici fut la mairie du village. Du 10 au 19 septembre 1914 Ribécourt vit des luttes atroces...
Le village de Fimprey qui se cachait au milieu des vergers et des fleurs entre la voie ferrée et le canal latéral de l'Oise a durement souffert. Les Allemands y arrivèrent le 30 août et y demeurèrent jusqu'au li septembre 1914 campés dans la plaine Saint- Mard... Les habitants n'eurent pas à se plaindre à
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l'excès de rocciipation. Les « anciens » qui se souvenaient de la « petite guerre » de 1870 avaient donné la consigne à ceux des jeunes qui ne voulaient point partir. Les mille cachettes dont les villageois, plus traditionalistes que la haute classe, avaient conservé le secret... car dans ces régions on parlait même encore de 1814... s'étaient rouvertes pour abriter ce pauvre trésor des humbles.
— On ne vous fera pas de mal, disaient les vieillards aux enfants, à condition que vous soyez sages...
Mais quand le 17 septembre, au moment du recul de l'ennemi, nous dûmes abandonner Pimprey aux Bavarois refoulés de la Marne, les habitants connurent mieux le « système Bernhardi ». Ils se virent emmener presque tous en captivité pour l'Allemagne le 24 septembre du même mois. Les Allemands gardèrentles femmes et construisirent leurs tranchées.
Le bombardement par l'artillerie française détruisit l'église reconstruite en 1787 et conservant quelques vestiges du xv siècle. On y remarquait les tombes du curé de Pimprey, Noël Moyen, mort en odeur de sainteté en 1701, auquel on demandait la guérison des enfants inlirmes et celle de l'abbé Nollet, né en 1700, qui — avant les expériences de Franklin, — avait essayé d'expliquer par l'électricité les phénomènes de la foudre.
Les Allemands complétèrent la destruction de l'église en faisant sauter le clocher le 11) janvier 1915. Le château de M"" Da fut rasé par les obus. En octobre l'J16 une cinquantaine de femmes furent emmenées à Baurepaire près Avesnes, puis rapatriées plus lard
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En mars 1917, ï'ennemi quitta subitement Pimprey, mais il eut le temps de saccager et de briser le matériel agricole et les meubles, de couper les arbres du canal, de détruire les ponts, les chemins et les écluses... Et c'est ici. comme dans bien d'autres villages, que la psychologie de l'Allemand nous échappe totalement. On ne le répétera jamais assez à ceu.x de chez nous trop confiants dans l'avenir.
Nous ne pouvons pas comprendre ces hommes dont certaines conceptions sont en retard de trois siècles sur les nôtres et dont la conscience n'obéit point à la même morale sociale que celle de la France. Dans combien de villes, dans combien de villages de l'Oise et d'ailleurs ont-ils dit pendant trente mois : « Nous briderons tout quand nous nous en irons »? Ils brûlèrent. Us brûlèrent les maisons de ceux avec lesquels une promiscuité de trente mois avait noué forcément bien des rapports... J'entends bien qu'ils agissaient par ordre — mais encore y a-t-il « la manière » d'exécuter un ordre barbare... Et là ils sont déconcertants car la plupart d'entre eux semblèrent agir sans remords, sans regret, inconscients presque, souvent inaccessibles à la pitié carie Moloch des forêts germaniques leur avait dit dès leur berceau : « La guerre est la guerre. »
Dans le Noyonnais interrogez les villageois qui furent longtemps sous la botte. Leurs réponses seront diverses, prouvant une fois de plus qu'il ne faut pas généraliser. Les uns parleront de l'ennemi avec une horreur profonde. D'autres, obéissant à l'inconsciente attraction des classes et à l'instinct sociable « d'humanité », vous diront le fameux ;
« C'est des hommes comme nous. C'est pas les soldats qu'étaient méchants, c'était les chefs, v
Erreur généreuse, mais erreur. Tels qu'ils se sont dévoilés les Allemands à l'heure actuelle ne sont pas « des hommes comme nous » quand le Dieu de la guerre réveille leurs instincts...
De Ribécourt à Lassigny, ai-je-dit, se dessinait la ligne du front (à peu près) stabilisé dès 1914. La ligne de démarcation passait au nord de Ribécourt dont les ruines étaient à nous tandis que Dreslincourt était tenu par l'ennemi, puis elle se dirigeait dans une remontée brusque vers le Nord, un peu à l'est du hameau dit le Harnel où les tranchées adverses étaient presque en contact. Une butte isolée et très élevée située sur le territoire de Dreslincourt, et portant à une altitude de 194 mètres la ferme d'Attiche, restait en notre pouvoir. Vainement les Allemands cherchèrent à s'en emparer. Notre grosse artillerie qui y était établie sur un' point dominant à 80 kilomètres à la ronde l'Oise, l'Aisne et la Somme rendait ce lieu très précieux aux combattants... Nos efforts nous le conservèrent... Montez sur cette colline, contemplez le panorama et là vous comprendrez bien la guerre... Si loin que vous regardiez vous ne verrez que villages en ruines...
C'est à Dreslincourt que, le 17 septembre 1914, les Allemands exercèrent leurs violences contre le curé M. l'abbé Aubry (dont il faut lire le volume Ma captivité en Alleiaayne), le maire et quelques notables menacés de mort puis emmenés sur Noyon. A Dreslincourt, l'église romane au curieux baptistère, saccagée et profanée par les Allemands, est en ruines, l'école en ruines, la mairie en ruines, le
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presbytère en ruines, vingt maisons en ruines. Quant au château de M. Morat il a été métliodiquement pille puis incendié et son squelette domine le squelette des arbres abattus et sciés dans le parc et les jardins d'alentour.
Plus tard nos tranchées s'accrochent aux flancs est du fameux bois de Thiescourt et celles des Allemands à l'ouest de celui de Lœrmont et à la cote 153 de la chapelle Saint-Aubin, lieu de pèlerinage vénéré. Puis la ligne glisse entre Thiescourt aux Allemands, le Marais et Belval, commune de Plessierde-Roye qui sont à nous jusqu'à la cote 80, vers Lassigny, en face la cote 84 (le Piémont) que tinrent si longtemps les Allemands.
Thiescourt était un important village. C'est maintenant un chaos de ruines et d'arbres déchiquetés dont une maison subsiste — curieuse. Poste de commandement, véritable repaire fortifié elle cache jalousement sa maçonnerie sous une cuirasse de rondins et de troncs d'arbres. De semblables abris ainsi que des tranchées aménagées sont à voir sur la route de l'Ecouvillon ainsi que le cimetière des Allemands aux monuments d'un goût douteux. Ici d'ailleurs laissons tomber nos haines sacrées... Morts les ennemis ne méritent que nos prières...
A Thiescourt cependant les brutalités furent grandes. Les Allemands s'acharnèrent sur trente otages dont le curé, l'abbé Bègue, maintenus pendantquatre mois en prison, furent traînés à Avesnes, à Noyon, à Beaurepaire, à Cartigny...
... Et nous voici dans le décor de nécropole, au point culminant de ces paysages lunaires que dans leur langue précise et forte les Anglais ont surnommé le « No man't land »... Aucune description
n'est possible. Il faut venir au Plessis (ou Plessicr) de-Roy et à Lassigny pour voir un des points les plus terrifiants du front de l'Oise, un des paysages les plus éloquents d'où jaillit le plus de beauté morale. On a dit brièvement plus haut — car encore une fois je n'ai point à conter ici des traits de guerre — la violence inouïe des combats du Piémont et du Plessier-de-Roye en 1918.
Fantassins, chasseurs, cuirassiers, tous, atteignirent là peut-être l'échelon le plus élevé du courage militaire — celui qui précipite dans la tombe mais aussi touche aux cimes.. On sait ce que coûta la reprise du Piémont en 1918 et celle du Plessier. Là dans un beau parc de 300 arpents s'élevait le château Louis XIII des du Pontavice, ancien fief des Condé, des Soyecourt et des Trudaine. Nous en fîmes pendant quatre ans une forteresse... Regardez maintenant cet amas fantastique de ruines... 11 serait bon peut-être qu'il demeurât ainsi pour parler à nos enfants de la grande guerre, comme à Paris la Cour des Comptes nous rappelait 70. Ce « tableaud'enseignement» conserverait dans son horreur une très grande noblesse qui ne permettrait jamais à l'émotion de se tarir...
Et voici Lassigny... Lassigny qui avec son château féodal, sa tour Roland, sa superbe église à trois nefs, fut une des plus belles parures de Picardie, le fief riche dont s'enorgueillissaient les évoques comtes de Noyon. les Sorel, les FoUevilIe. les d'Humiêre... Lassigny qui c tint les communiqués » pendant des mois longs comme des siècles, Lassigny dont le général von Kluck avait fait une citadelle où chaque maison était fortifiée. .
Lassigny?... Mais où donc est Lassigny"/ Un
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chaos de terre incolore, pétrifié, des ruines au ras du sol..., quelques arbres blanchâtres qui se dressent comme des chicots... voici Lassigny et regardez tout autour de vous dans la steppe... Pieusement, car vous foulez les corps des braves, descendez vers Gury, vers Roye-sur-ilatz célèbre par son église du xiii« siècle et son vaste mégalithe de grès, vers Canny-sur-Matz, ancienne seigneurie des Roye, des Condé, des Barbançon où la belle église flamboyante contenait des pierres tombales du xiii= siècle et de superbes vitraux... Allez à Fresnières, à Crapeaumesnii, descendez sur vos pas, tournez à droite vers Conchy-les-Pots, centre de distribution important pour le secteur de Roye, descendez même jusquà Ricquebourg au poétique château, et à Ressons, pour rentrer à Compiègne après avoir « situé » dans vos souvenirs la fameuse bataille du Matz, et partout vous ne rencontrerez — autour de Lassigny — sur une terre d'épouvante, que des éboulis déchiquetés. Encore une fois ces choses nous dépassent au point quelles sont indescriptibles... Oui les Anglais l'ont bien dit. C'est le No man's land... mais c'est aussi la vallée de Josaphat où leur présence est si proche qu'on y sent réellement « vivre nos morts ».
... J'ai écrit, je crois, descendez jusqu'à Compiègne mais... si vous êtes « de loisir » vous pouvez au contraire vous arrêter à Ribécourt d'où vous irez à Noyon. Là encore vous verrez — se juxtaposant sur les souvenirs de la guerre de tranchées — ceux de la guerre de mouvement et le « travail n des Allemands en retraite.
Dans cette zone funèbre le pèlerinage est impressionnant, car, partout le paysage est en quelque
sorte « pétri » par la guerre, les maisons semblent broyées par un monstre, leurs restes sont désarticulés et mâchés et, dans la plaine morne... toujours ... toujours les moignons sinistres des arbres sciés que les paysans retrouvèrent avec désespoir, quand après le recul ils purent rentrer dans les ruines de leurs demeures...
Franchissons le seuil marqué de sacrifices humains de cette frontière sanglante d'où enfin la victoire a bondi. Il eût fallu faire le voyage en 1918 quand les roules étaient coupées, défoncées, creusées d'entonnoirs et d'embûches, quand les fils de fer barbelés indiquaient encore près de Ribécourt l'intensité des luttes, quand par des chemins incroyables se succédaient, avec nos soldats revenant eu vainqueurs, la file interminable de camions poudreux, boueux sur lesquels l'esprit français — revenant au temps où naquirent les armoiries — avait tracé les emblèmes les plus fantaisistes, depuis le lion peint à la gouache sur le camouflage des toiles, jusqu'au chat noir faisant le gros dos dans un cercle lunaire... Il eût fallu saisir l'expression dune race dans la file, interminable elle aussi, des prisonniers allemands qui refeclionnaient le« routes, ou faisaient des fagots du même geste rude et fort que naguère ils sciaient nos arbres... Silhouettes grises, falotes, uniformes, aux larges faces généralement inintelligentes, aux oreiUes décollées, traînant leur pas lourd, travaillant aussi consciencieusement pour le bien que pour le mal, esclaves dont les larges épaules supportent depuis des siècles le joug d'une discipline qu'on ne discute point.
Nous avons quitté le panorama de Dreslincourt et les carrières superbes qui longtemps servirent
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de refujîe et, près d'une falaise très raide au pied de laquelle se blottit le village de Chiry en ruines, nous nous étonnons d'un château énorme et singulier : un manoir pseudo-Renaissance que la gaerre ne permit point à M. Mennechet de Bonval de terminer.
L'église gothique au portail du xv« siècle a été ruinée par les obus, mais c'est aux Allemands que sont dues la destruction des verrières et la lacération du tableau au-dessus de l'autel et la mutilation de la vierge. Ils n'ont point trouvé le « chef de sainte Anne » provenant de l'abbaye d'Ourscamps que les habitants y avaient caché. Pendant la guerre 80 habitants de Chiry furent déportés. Le 27 février 1917 les maisons furent dynamitées, le maire M. Duroyon fut malmené, emprisonné dans la carrière des cinq piliers, mourut des suites de ses souffrances... et le chef de la Kommandantur prononça à ses obsèques un discours dont le texte curieux est conservé. ,
La Tour ou la Folie Mennechet, qui dominait autrefois sur la falaise la douce vallée d'Oise, servait d'observatoire à l'ennemi. Malgré cela nos troupes l'épargnaient la croyant classée parmi les monuments historiques. Quant elles furent détrompées par l'institeur M. Bouvelot elles firent crouler ses 231 marches sous les obus.
Signalons à l'entour un lieu historique qui jadis vit aussi des batailles : le lieu dit Mauconseil où s'élevaitau moyen âge une forteresse dont Froissard conte le siège fameux entrepris contre les Anglais par l'évêque de Noyon, le sire de Coucy, le sire de Havenel, le sire de Chauny et le sire de Roye. A Chiry U- convient aussi de signaler quelques
maisons organisées en abris blindés, la Kommandantur sur laquelle on lisait après le recul de 1917 « Gasthof zum grauen Ritter — hôtel du chevalier gris » et la cagna simulant une gare du métropolitain de Paris sur laquelle les Allemands avaient écrit : « Vnterrjrinidbalui Reichlung zwr Berlin- Paris » au-dessous de l'aigle impériale... Mais un jour vint où le colonel français qui entra dans Chiry écrivit sous les mots Berlin-Paris : « Et retour »...
Apr^s Chiry on longe Passel, ce villages! disputé. Au-dessus des arbres massacrés et des maisons dévastées un grand Christ demeuré debout tend ses bras miséricordieux et protecteurs et semble plus grand encore et plus dominateur dans la tristesse de son immense isolement. Partout on sent la destruction qui suivit l'expression de la puissance. D'énormes poteaux de ciment armé porteurs de flls pour lorce motrice ont été démolis à la dynamite, jonchent le sol ou se dressent encore lamentables, brisés, lugubres comme des gibets de Montfaucon autour desquels tournaient les corneilles... Plus loin, dans le bois d'Orval qui domine la route de Conncctencourt on remarque un abri singulier. Scellée dans la colline la dalle massive qui le recouvre s'allonge au-dessus du ravin. Cet appareil sans doute dissimulait un emplacement de canon ou de mitrailleuse.
Les débris d'un parc d'artillerie jonchent encore à droite et à gauche de la route les champs et les prés.
Enfin, à 3 kilomètres avant d'accéder îi Noyon nous arrivons au fameux mont Renaud... l'édifice célèbre qui « pris et repris, 30 fois dit-on dans le