RÉGION AU-DESSUS DE LA RIVIÉKE DOISE
pays, « mourut » en défendant les portes de llle de France. Son histoire est ancienne... Etait-ce une lointaine légende du temps des moines ? Etait-ce une prévision inconsciente de l'avenir? Les vieux Noyonnais disaient avant la guerre « qu'un vautour noir, oiseau de malheur, planait sur le mont Renaud »...
Des Templiers condamnés au moyen âge, le monastère avait passé aux Chartreux. En 1593 Henri IV lors du siège de Noyon y avait établi ses pénates. A la fin du .\viii« siècle un ancien syndic de Chauny M. Boileau de Maulaville avait acquis et embelli le château de noble allure attenant aux restes du couvent. Son gendre M. de Bouilancy en hérita puis épousa en secondes noces M"« d'Escayrac- Lanture à charge de reprendre les nom et armes de cette vieille race éteinte. De ce mariage naquit un fils le marquis d'Escayrac actuel, maire de Passel, qui demeura en 1914 et facilita le départ des habitants.
J'ai conté la prise en 19! 4 du Mont Renaud par les Allemands qui, jusqu'en 1017, demeurèrent maîtres de celte position dont les pentes puissantes dominaient la vallée. Ils avaient fait de ce château aux collections précieuses une véritable forteresse qui souffrit peu. Avant la guerre, des massifs bien placés distribuaient tout autour le paysage en tableaux d'une variété charmante. Les loggia à l'italienne de ce manoir Louis Xlîlcommandaientun panorama tout de grâce et de délicatesse aux fins horizons que l'Oise et l'Aisne égayaient de leurs méandres d'étain... Montez maintenant au Mont Renaud, faites longuement regarder aux enfants, pour qu'ils comprennent ce qu'est la guerre, cet
amas inexprimable de poutres, de lattes, de pierres et de briques que dominent encore quelques arbres « tués » et faites-vous conter à Noyon les exploits des Allemands.
Dès 1914 ils constituèrent prisonnier M. d'Escayrac malgré ses cinquante-huit ans et la fermeté de son attitude. Ils l'emmenèrent à Noyon, où nous le retrouverons, puis en exil...
Enfin pendant la guerre les ennemis pillèrent soigneusement les merveilles d'art du château et quand ils partirent on connut qu'ils avaient enlevé les morts. Par un trou creusé à la pioche dans une pelouse du parc ils avaient atteint le caveau du château dans lequel les aïeux dormaient derrière une porte de fer... Ils avaient glissé une échelle dans la terre, renversé neuf bières et deux petits cercueils, fait voler en éclats le vieux bois poudreux, éventré les couches de plomb, enlevé par fragments les corps dont ils cherchaient les joyaux... Vainement la Vierge de ses mains étendues semblait protéger les tombes dans la pénombre sacrée du sanctuaire. Les Allemands, qui d'ailleurs avaient transformé en couchettes les niches de l'autel Renaissance dans lesquelles on renferme les reliques des martyrs, n'en avaient eu souci. Le « Marteau de Thor » avait frappé malgré la présence de celle que dès le début de la guerre, ils appelaient la « rebouteuse de Lourdes ».
De tels faits doivent être contés avec la sécheresse d'un procès-verbal car seul un Edgar Poe aurait osé donner le relief nécessaire au récit du sacrilège.
Du Mont Renaud allez si vous désirez connaître d'autres méfaits à la « Montagne » de Larbrove
RÉGION AU-DESSUS DE LA RIVIÈRE d'oISE 109
dont la hauteur domine à trois kilomètres le village du même nom aujourd'hui détruit... La vue y était splendide. Le courage manque maintenant pour se complaire à regarderies sites qui l'entourent. Il suffit' de dire que les points principaux sont Ham, Goucy, Chauny, Saint-Quentin... Et vient un moment où l'on est si las de considérer tant de ruines, où l'on souffre tant de tant de souffrances que la sensibilité cesse de les réaliser, que le cerveau n'enregistre plus...
Larbroye possédait deux châteaux : celui de la vallée qui appartenait à M""» Le Gentil et subit des dommages; celui de la Montagne, « le Petit Ourscamps », dont les propriétaires M. et M"" de Brunier content leur malheur avec une simplicité très digne.
Le 30 août 1914 les Allemands installèrent leurs batteries sur le versant de la montagne. Un capitaine — peu artiste — goûta mieux les attraits de la cave que l'incomparable beauté du panorama. Toute la nuit du 30 au ;J1 M. et M"»* de Brunier virent les feux des bivouacs s'allumer dans la plaine tandis qu'une cantate d'une harmonie mélancolique et profonde' — les Allemands sont si musiciens! — scandait la marche des soldats... Ils supportèrent l'occupation jusqu'au jour où ils furent emmenés prisonniers a Chiry, puisa Noyon.
A la lin de septembre on leur permit cependant... avec un peudegûne... de revenir vers leur château qu'ils avaient préservé. Ils ne trouvèrent plus que des ruines. Sur un soupçon d'espionnage que la moindre enquête aurait réduit à néant les Allemands l'avait pillé puis incendié...
De Larbroye descendons à Noyon.