‹ L'Oise dévastéeChapitre 14 sur 19 · CHAPITRE VIII NOYON · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII NOYON

Si nagii^res vous parcouriez le Noyonnais au malin de quelque beau jour d'automne, vous caressiez du regard les mouvements doux de ses riches collines, vous admiriez ses petits bois charmants où chantait la brise, ses gais villages dont les hauts toits ségayaient du voisinage des arbres k fruit dont les poires dorées et les pommes vermeilles tombaient à foison sur les gras pâturages qu'octobre piquait de son tapis de colchiques aux nuances délicates. Vous vous enivriez de la lumière tiède embrumant les lointains dans ses teintes d'opales, et vous admiriez l'ordonnance d'un paysage sans heurt où le travail ancestral des paysans de France avait mué la terre en un sol d'opulence. Comme dans toute l'Oise aussi, dont elles sont une des caractéristiques vous vous étonniez, en dominant Noyon du Mont Renaud, de ces dédales de rues archaïques et tortueuses sur lesquelles l'ùge n'avait point eu de prise et dont la vue vous replongeait en plein xviii* siècle...

Maintenant hàtez-vous de regarder ce grand cadavre autour d'une cathédrale aux toits effondrés... Le passé s'en va... on reconstruira sur

NOYOX 111

des plans nouveaux: et vous pouvez encore vous imprégner d'une page historique dont la guerre n'a pas encore tout à fait effacé les derniers traits.

Assiégée et prise par César la ville deNoyon — la suite l'a prouvé ! — fut considérée par les Romains comme un point assez important pour servir de résidence à l'un des préfets des Gaules. Ce fut là que saint Médard forcé de fuir la ville de Vermand incendiée... déjà... par les Barbares devint, en 530, le premier évéque de la ville et reçut en religion la reine Radegonde veuve de Glother dont Grégoire de Tours nous a conté la vie en termes encore cmouvants.

Un siècle après lui, saint Eloi, trésorier de Dagobert, l'un des plus grands artistes de son temps, donna un singulier essor à Noyon où il s'entoura d'élèves et fonda des écoles. Curieuse antithèse : Au VII' siècle ces élèves étaient de jeunes esclaves auxquels liloi donnait leur liberté dans cette ville. Au xx« siècle les libres jeunes gens du Noyonnais y étaient rassemblés par les Allemands pour y vivre en esclaves, puis partir prisonniers pour l'Allemagne.

Charlemagne fut sacré à Noyon dont il embellit l'église (incendiée en liai et remplacée par l'église actuelle). Deux conciles s'y tinrent sous Louis le Débonnaire. En 800 les Barbares de la Germanie pillèrent la ville et massacrèrent l'évéque Immon et tous ses chanoines sur le seuil de la cathédrale... .\u ix° siècle les Normands continuèrent leurs ravages...

En 987 Hugues Capet fut élu à Noyon qui donna à son évéque une grande puissance en le nommant un des cinc] pairs ecclésiastiques du royaume.

A Noyon comme à Compiègne la France connut ses premières libertés. L'évêque ^audry de Sarchainville prit en 1108 la généreuse initiative d'y établir une commune, réunit en une assemblée tous les habitants de la ville, clercs, chevaliers, notables et gens de métier, et il leur présenta une charte qui constituait le corps des bourgeois en association perpétuelle sous la conduite de magistrats appelés jurés. .. Le beffroi de cette commane fut construit deux siècles plus fard par ordre de Philippe VI, lorsque ce monarque fit à Noyon sa visite de joyeux avènement en !3i8.

Les Noyonnais étaient au moyen âge connus pour leur vaillance militaire. En 1214 à Bouvines. en 1403 au Grotoy. en 1414 au siège de Soissons les arbalétriers de Noyon se distinguèrent... On peut dire que la race n'a point dégénéré... Pendant celte guerre les anciens cuirassiers de Noyon recrutés — pour beaucoup — dans l'Oise se sont à jamais signalés au moulin de Laffaux et au Piémont taudis que le 54» et le 2o4« d'infanterie de Compiègne furent plusieurs fois entièrement renouvelés...

D'ailleurs Noyon connut bien des sièges. De 1591 à 1594 la ville fut, trois fois, prise et reprise par les Ligueurs du duc de Mayenne et par Henri IV. En 1552 les Impériaux l'avaient déjà partiellement incendié. En 1636 les Espagnols, commandés par le prince de Ligne et le duc de Wurtemberg, saccagent et braient ses faubourgs...

Ses faubourgs seuls... Depuis lors la science ayant perfectionné, par un singulier « progrès » de la race humaine, le moyen de nuire et de détruire, nous verrons ce qu'il est advenu de cotte petite

Page 1