LA GEOGRAPHIE DE L OISE
L'Ourcq et la Marne! Ces deux noms nous ramènent au Multien, dans lequel se déroulèrent les grands actes, et dont une partie sur la rive droite de l'Oiircq et de la Marne appartient au département de l'Oise. Ce haut plateau dénudé, au sol très fertile, est découpé de vallées profondes parla Gergogne et la Thérouanne ; et sesnombreu.x chemins courent vers le Nord-Est dans la direction de la Ferté-Milon, Villers-Cotterets et Soissons côte à côte jusqu'à la Ferté-Milon avec la ligne ferrée de Reims.
Le Multien est borné au Nord... mais nous empiétons ici sur le département de l'Aisne... par la forêt de Retz, dite de Villers-Cotterets aux somptueuses futaies belles comme le devaient être celles des bois enchantés de Brocélyande, cette forêt de •Retz dans laquelle en l'JlS nous apprîmes, le cœur serré, l'infiltration des Allemands. Et par cette forôl de Retz nous touchons au Soissonnais dont la partie enclavée dans le département de l'Oise ne saurait être citée sans émotion. Car ici nous arrivons aux terres de désolation et de sacrifices... mais aussi aux terres pleines de promesses puisque de ces sacrifices et de ces désolations est née dans un bond d'héroïsme la victoire de la pensée française...
Chaque nom de village de cette haute plaine (de 130 à IGO mètres) évoque des heures de sang, de mort, de triomphe qui demeureront à jamais gravées au cadran historique de la grande guerre. C'est Attichy, c'est Saint-Pierre-les-Bilry, c'est Autrôches, c'est Moulin-sous-Touvent, c'est Tracy-le-Mont dont le nom s'oppose dans l'effroyable lenteur des années de guerre à celui de Tracy-Ie-V'al, c'est le point culminant de la ferme des Loges (1(58 mètres) qui
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domine les villages cachés dans les dépressions au bord des vallées... Et dans la plaine mortelle et nue sélèvent des fermes isolées dont il sufflt de nommer une seule : Quennevières, pour qu'aussitôt surgissent en notre mémoire, emplie de cauchemars sanglants, les fiévreuses lectures des « communiqués officiels », les souvenirs des « creuses » où se battirent nos hommes.
Le Noyonnais, compris entre le Soissonnais au sud et au sud-ouest, la Picardie à l'ouest, a formé des cantons dont le nom, lui aussi, rappelle la souffrance, la lutte, l'oppression sous la lourde botte allemande : cantons de Noyon, Guiscard, villages de Lassigny et Ribécourt au sol tourmenté, aux altitudes variables, au.x massifs boisés dont les noms obscurs sont entrés dans l'histoire dont il ne faut point que notre esprit, parfois léger, les laisse sortir : Montagnes de Grandru, Béhéricourt, Autrecourt, Lagny, etc., forêt d'Onrscamps, bois du Plessis, de Thiescourt, de Lœrmont, de Cariepont, etc., que nous égrenons comme un chapelet de la mort.
Ne pouvant suivre tous les chemins à la fois nous avons négUgé de parler de la forêt de Compiègne et de celle de Laigue, somptueux vestige de l'immense foret de Cuise où nos rois mérovingiens chassaient dans le mystère de halliers profonds et sauvages. On verra. quel service nous rendirent ces bois que dès le début de la campagne redoutaient partout les Allemands... 11 nous faudrait aussi entraîner le lecteur vers le Clermontois, le Beauvaisis, la plaine du Thelle, le Vexin. où la neige fleurie des pommiers et les prés d'émeraude rappellent di'ji» la Normandie, mais volonlairemenl
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nous négligerons à regret toute cette partie ouest du département, caries Allemands, grâce à Dieu, n'y demeurèrent que quelques jours lors de leur attaque brusquée.
Pour nous résumer et nous efforcer de donner une vue d'ensemble de ce département, répétons que l'Oise constitue une vaste plaine sensiblement inclinée du nord au sud sur le bassin de la Seine auquel il appartient, sauf en la faible partie du terroir qui de Molliens à Maignelay se rattache à celui de la Somme.
La vallée de l'Oise est, hélas, et sera toujours la grande route de l'invasion. Large, plate, sinueuse, défendue par des collines d'élévation trop faible elle vient de Macquenoise en Belgique, traverse l'Aisne, entre dans notre département à Bretigny pour sorlir à Boran après un parcours de 105 kilomètres du nord-est et du sud-est par Varesnes, Gompiègne, Verberie, Pont-Sainte-Maxence, Greil. Saint-Leu, Précy, etc. Ses affluents sont nombreu.x et nous ont été précieux souvent au cours de notre histoire.
Près de Choisy-au-Bac elle reçoit l'Aisne. Au nord de Verberie elle reçoit l'Authomne dont nous avons parlé qui, née près de Villers-Cotterets, coule sur un parcours de 'ô^ kilomètres entre des falaises moins faibles que celles qui bordent l'Oise et se jette à Verberie dans les eaux de celte dernière.
La Nonette qui arrose Baron, Sentis et Chantilly est sur un parcours de 41 kilomètres une bien modeste défense.
Sur sa rive droite l'Oise reçoit plus de trente affluents. Les plus connus au cours de cette guerre sont la Verse qui dans son cours de 18 kilomèlres
passe près de Berlancourt, de Guiscard, de Biissy, de Noyon, de Pont-rKvéquc, la Divette qui couie vers Evricourt et Thiersoourt pour se fondre dans l'Oise auprès de Pont-L'Evèque après avoir passé sous laqueduc du fameux Mont-Renaud de sinistre mémoire, i^e Matz né près de Canny arrose Koye, Ricquebourg, la Neuville. Ressons, Marqueglise, Margny, Marcliemont, etc. ; et les opérations du printemps 1!H8 ont rendu célèbre cette petite « ligne du Matz » qui ne mesure que 26 kilomètres. Quant à l'Aisne, il suffit de dire que dans notre département elle arrose, en ses sinuosités, les territoires de Jauzy, d'Attichy. de Rethondes et du Franci)ort et qu'elle rejoint l'Oise à Choisy à - kilomètres de Compiègne pour que la suite de notre récit fasse comprendre son importance.
L'iiypsométrie du département montre que le large sillon nord de la vallée de l'Oise, élargi au confluent de l'Aisne, est en quelque sorte la ligne de vie du pays. La navigation emprunte cette voie fluviale et bifurque en amont de Compiègne pour se partager entre l'Aisne et le canal latéral de l'Oise. Celte môme vallée si basse et si favorable est suivie par le chemin de fer qui unit Paris à Bruxelles et forme la grande voie entre notre capitale et le Nord-Est, c'est-à-dire la Belgique et l'Allemagne rhénane. Compiègne et Creil sont les points vitaux de cet organisme. Compiègne vers lequel convergent les voies fluviales de l'Est et du Nord dont nous n'avons nommé que quelques-unes, pour se réunir en un tronc unique jusqu'à Paris, Creil, centre de démarcation de voies ferrées majeures sur Calais et Maubeuge et des voies secondaires sur Beauvais et Pontoise.
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Loin de nous endormir sur nos lauriers, suivant l'expression aussi juste qu'elle est ancienne, nous devrons toujours, si nous voulons que la France demeure la France, surveiller d'un œil attentif cette voie des Barbares qui — bien près de nous — ne cesseront jamais, n'en doutons point, de fourbir leur sabre dans l'ombre et d'enlrelenir leur « poudre sèche ' ».
1. Oulrii des soiiv iiirs personnels, les communicatious militaires, celles (le M. Maurice Lecomle, les ouvrages techniques, les carnets rie roule inériils, etc., mes principales sources ponr col ouvra^'e ont été : Les Allcmundx dans l'Oise, de M. Ed. Blanc, témoignage de première heure, les Champs de l'Oiircq, de M. Houssol-l^épine, les deux excellents volumes (lu comte de Caix (1<> Sainl-Aymon : L'i Marche de l'aile droite idlemande et les liarbares autour de Noyon, anx(|nels j'ai fait des emplois fré(|uenls, les articles de M.M. H. Bordeaux, \j. Madelin sur les halailles de la Marjie et de la l'icardie, ceux de M. (\. Hanotans. KrfVrléric Masson, de Civrienx, (i. Baliiii, de Pierrefpu, Pierre Dan/.et, Prince Ghika. etc., dans la Revue des Deux Mondes, le Correspondant, V Illustration, {'Almanach Haclielte et divers journaux el revues.