LES OPERATIONS MILITAIRES DA.NS L OISE
salcine et de Lassigny,.. puis ce lut de nouveau l'attente discutée de cette fameuse « rupture du front ».
... Et voilà qu'en 1917 1a grande retraite stratégique ramena, du 17 au 21 mars, le front ennemi sur la ligne « Hindenburg» de Roisel à la Fère. Dès le 13 mars Fayolle n'avait trouvé que des « rideaux » sur le Matz. Le surlendemain la cavalerie pénétrait dans Roye et Lassigny en ruines. L'ennemi refusait la bataille. LelSNoyon était délivré. Le Noyonnais cessait d'être la charnière du compas qui, pendant trente mois, avait tenu de la mer aux Vosges, entre ses branches, une vaste étendue du territoire français. Partout il est vrai les Allemands laissaient nos villages incendiés, nos puits souillés, nos arbres coupés. Des cartouches de dynamite éclataient sous les pas de nos soldats dans ces pays sans habitants que le Lokal Anzeiger appelait « le véritable désert et le royaume de la mort ».
Résumons maintenant les grandes offensives de 1918 dans « l'Oise dévastée ».
A la fin de 1917 le Kaiser avait menacé de donner la paix au monde en frappant de son gantelet de fer et de son épée flamboyante à la porte de ceux qui la refusaient. Cette porle, c'était celle du Vermandois qui devait — trois mois plus tard — s'entrebâiller par suite d'un coup puissant sur les plateaux qui descendent par la Somme vers la Manche et ])ar l'Oise vers Paris. Ce fut la bataille de Picardie (21 mars-4 avril 1918) dont le but était de rompre le front franco-anglais à son point de soudure et de menacer Paris... La vallée de l'Oise était toujours le chemin de la Terre promise... La 3» armée (llumberl) venait d'être relevée par la ii» armée
britannique (Gough) sur Saint-Quentin. En face, la Thiérache recelait la 17° armée allemande de von Bulow et la 18» (von Hutier) encadrant lune au nord et l'autre au sud la 2= armée (von Marwitz). Les attaques allemandes se précipitèrent le 21 et 22. Tergnier est pris. Le o« corps avec le général Pelle marche vers la trouée, le canal Crozat, mais Hutier fonce sur Ham, Chauny, le Noyonnais...
L'exode lamentable des populations recommence... le torrent ennemi déferle. L'accès du Santerre, dont les collines sont les clefs d'Amiens, est libre ; au sud Lassigny ouvre, par Compiègne, la porte de l'Oise et le chemin de Paris. Le 23 mars Humbert doit couvrir l'Oise et Debeney doit organiser — à Meignelay — une position de repli sur l'Avre, de Mareuil à Boye. La journée du 24 mars est tragique : Prise de Guiscard et de Chauny. Mais Ludendorff, en appliquant à Guiscard et à Combles la fameuse doctrine de l'enveloppement par les deux ailes, commet une erreur. S'il avait lancé toutes ses réserves en direction de Montdidier. il pouvait amener la rupture définitive et prendre à revers les armées anglaises du Nord. Il y manque et, avec des renforts, nous allons rétablir la situation. Humbert lance son magnifique ordre du jour sur la « nécessité de défendre le cœur de la France ». Nous établissons à l'est un ])ivot qui est le massif de Lassigny. Hutier cherche à l'enserrer, attaque Noyon, prend Bussy et, tandis que la 1'» division de cavalerie et les troupes anglaises repassent l'Oise à Varennes, Noyon est en flammes.
Noyon est en flammes, mais nous tenons un pivot de résistance : la montagne de Porquericourt (164 mètres) et le fameux Mont Renaud (100 mètres)
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contre lesquels l'ennemi multiplie avec fureur ses coups de bélier. Nous contre-attaquons... le sang de France coule à flots, mais le 30 mars le Mont Renaud nous demeure et nous cherchons à rétablir la liaison avec l'armée britannique. Le 28, l'ennemi, après trois tentatives, a pris pied à Canny mais l'enlèvement par nous de Conchy, Boulogne, le Monchel, etc., a fait passer notre ligne un peu plus haut.
Avec des troupes fraîches et un maximum d'intensité les Allemands se ruent le 30 mars contre Rollot, Orvillers, le Plessier, le Piémont. Les hauteurs du Plessier et du Piémont, à 1 kilomètre environ au sud de Lassigny, sont de toute importance. Là se déroulent de furieux combats. Les ennemis s'accrochent aux collines, s'infiltrent dans le parc du Plessier. C'est l'heure critique... Avec moins de « mordant » de la part de nos troupes la digue serait brisée, le flot des Barbares déferlerait sur Paris... Mais... on voudrait trouver ici des mots que l'usage n'ait point banalisés à outrance... le courage de nos troupes est porté à la suprême puissance.:, pendant sept jours consécutifs nous nous acharnons contre l'Allemand qui s'acharne... E), demeurés maîtres de la situation sur ces deux hauteurs et dans les villages voisins, nous conservons « les portes qui ouvraient un accès dangereux sur la « capitale de la France ».
Le i" avril le front de nouveau se stabilise dans roise et Foch peut dire : « L'ennemi est endigué depuis le 25, le flot expire sur la grève. »
Mais voici, le 27 mai, la nouvelle attaque allemande qui après le « Chemin des Dames » eut son contre-coup dans l'Oise! La bataille du Matz (9-12 juin) est une des offensives de Ludendorff dont
l'échec donnera moins d'ampleur à celles de Reims et du Soissonnais. L'armée von Hutierveuf. en deux jours, enlever Compiègne par le Matz qui marque une dépression entre le plateau deMéry et celui de Lassigny. .. Par la forêt de Compiègne et celle de Retz c'est toujours la marche sur Paris, mais notre Etat-Major a nettement pénétré les vues de l'ennemi. Le 9 juin à 4 h. 30 du matin Hutier lance quatorze divisions (170.000 hommes) entre Montdidier et Noyon. Notre aile gauche cède un peu de Rubescourt à Mortemer et notre aile droite de Ville- Connectancourt à Belval. C'est la fameuse « poche » qu'llutier veut agrandir mais queMangin s'acharne à défendre. Le massif de Lassigny et le saillant de Carlepont tombent. Nous reportons nos lignes le lendemain sur Bailly, Tracy-le-Val, Montmacq, Moulin-sous-Touvent, mais le soir une contre-altaque nous rend Méry d'où l'on peut battre le couloir du Matz et, sur 12 kilomètres, entre Rubescourt et Saint-Maur, nous repoussons Hutier qui n'a pas vu le danger assez tAt. C'est la victoire complète de notre aile gauche : Compiègne est sauvé...
Dès lors Fochva sans trêve poursuivre l'ennemi. Dansl'Oiselesoffensivesde juillet nous rendent Moulin-sous-Touvent, Autrèche, Passy-en-Valois, etc. Après la seconde victoire de la Marne nous sommes ])arlout vainqueurs dans l'Oise. La manœuvre française d'Humbert. le 10 août, indique le jeu de l'intelligence et l'esprit d'initiative. Dans une course fantastique nous dépassons Mortemer, Cuviliy, Hcssonsur-Matz, Marquéglise, Vignemont, Beilenglise, la ferme Saint-Claude, etc.. Dans les bas-fonds marecageu.x du Matz « on souffre et on patauge ». Mais on franchit la rivière et notre étreinte se resserre
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autour de Noyon débordé tandis que 120 avions bombardent Lassigny à outrance. Nous voulons relever notre aile droite de l'Avre à l'Oise et vider la poche du Santerre. Foch peut écrire au roi Albert que « l'ennemi est ébranle ». Il cherche en elïet à se terrer de Roye à Lassigny sur la ligne de 1914 à 1917 et constitue des lignes de résistance. Mais après avoir enlevé dans le courant du mois les positions environnantes voici qu'un magnifique effort nous rend maîtres de Lassigny même.
Par ailleurs, Mangin, dans une attaque vigoureuse, nous a donné le 16 août Autrèches. Le 17, notre ligne a été avancée de 2 kilomètres et le 20 août à 7 h. 20 nous attaquons sur 2o kilomètres... La progression est rapide, l'aviation est maîtresse de l'air, le mont de Choisy qui domine la route de Noyon est emporté. Blérancourt tombe. L'Oise est audacieusement atteinte le 21 après la prise de Cuts. Le lendemain nous avons Quierzy et Manicamp. Comme Foch presse l'ennemi surtout le front, les Allemands sont remplis d'inquiétude... Leur moral fléchit et nous ne leur laissons aucun répit. Humbert reprend le Mont Renaud et ses positions environnantes ; Noyon est maintenant menacé parle nord-ouest et par le sud. . . l'ennemi qui tient le mont Saint-Siméon défend chaudement la ville mais notre cercle se resserre... Le 3U août au matin la ville de Noyon est prise !
Reste la ligne de défense générale de l'ennemi, très importante de Noyon à Gizancourt. L'armée Debeney enlève le l*"^ septembre la cote 77 et permet à Humbert de gagner la ligne Salency-Frétoy-le- Chateau... Nous sommes désormais en Vermandois, le département de l'Oise est délivré et l'Allemand
bientôt verra se réaliser la parole de Foch dont la simple beauté se passe de commentaires : « Nous poursuivrons notre action sans relâche et nous arriverons sur le Rliin. »
Nous y sommes. Dieu veuille que les Alliés puissent s'y maintenir après les plus grandes victoires que depuis Constantin la civilisation ait remportées contre la barbarie. Cela ne sera aisé que si après avoir su se battre la France sait s'organiser poQr le travail. Et qu'on me permette de citer ici une parole admirable de profondeur que Foch a prononcée devant nous au lendemain de la victoire : « La tâche n'est pas finie. Elle commence... »