ACTE TROISIÈME
attentive et lucide qui ne peut pas se tromper. Eh bien, il faut que nous partions, que nous quittions Paris... Et tu sais bien que je ne dis pas ça parce que je tiens à être ambassadrice? Ah! Dieu non! Mais ce que je ne veux pas, c'est que tu te réveilles un jour malheureux et désabusé, avec l'affreux remords d'avoir manqué ta vie! Tu souffrirais trop! Et c'est là que tu vas, tu le sens, si tu ne rentres pas dans ton vrai destin par un acte de volonté, par un effort sur toimême, que tu me dois et que je mérite... Enfin! enfin! entre cette femme et moi, tu ne peux pas hésiter... et s'il est nécessaire d'en sacrifier une, tu n'as pas le droit de me choisir!
SALVIÈRE
Je n'ai pas à hésiter, je te jure... Tu es tout pour moi. Je n'aime que toi... Je n'ai jamais cessé de t'aimer... Entre Yvonne et moi, il n'y a rien eu... rien... Tu me parles de la sacrifier... Ah! je t'affirme que c'est un sacrifice qui ne lui serait pas bien pénible, car je lui suis complètement indiffé-
rent... et moi, j'ai eu peut-être, je le reconnais, une heure de tentation, de vertige... une espèce de curiosité vite déçue... vite déçue... Et c'est fini! c'est fini! Mais, cependant, tu as eu raison de me parler comme tu viens de le faire... Je traversais, depuis quelque temps, sans savoir pourquoi, une crise de dégoût, de paresse... de doute. Ma volonté devenait indécise... comme lointaine. Tu m'as dit ce qu'il fallait me dire et au moment où mon esprit avait besoin d'une forte et loyale influence comme la tienne. Et tu as été, une fois de plus, celle qu'on trouve aux heures décisives de la vie et qui vous donne les conseils du cœur... Ya, je t'aime!
(Il la prend dans ses bras et l'embrasse avec passion.
Après un temps.) Maintenant, je vais aller voir
Yillerat... et je vais accepter. (Entre le domestique. Au domestique.) Qu'y a-t-il?
LE DOMESTIQUE
Mademoiselle Janson revient du ministère et demande si madame a quelque chose à lui dire.
SALVIÈRE, après avoir échangé un coup d'œil avec Madeleine.
Priez-la d'attendre.
(Sort le domestique.) MADELEINE
Je ne veux pas la voir. Je n'ai plus de haine contre elle. Qu'elle disparaisse de ma vie, c'est tout ce que je lui demande... Je te prie de le lui dire... oui... toi... Il faudra toujours que tu aies une explication avec elle... J'aime mieux que ce soit ici.
SALVIÈRE, réfléchissant.
Oui... laisse-moi avec elle... ce sera plus simple et plus vile fini. Va... Rapporte-t'en à moi et n'aie pas peur, ce ne sera pas un drame.
MADELEINE
Je descends chez moi.
SALVIÈRE
Quand tu reviendras, elle ne sera plus là.
(Sort Madeleine. Salvière appelle le domestique et lui dit :)
Priez mademoiselle Janson de vouloir bien monter ici.
(Sort le domestique.) SALVIÈRE, seul.
Allons! il faut arracher ça tout de suite... J'allais à l'abîme!...
(Entre Yvonne.)