ACTE TROISIÈME
nerait pas d'ailleurs que vous ayez pensé ça.., Qu'est-ce que j'étais pour vous? Une petite créature sans cœur et sans conscience, qui n'a jamais réfléchi à la vie, qui n'attache d'importance à rien... qui ne peut pas souffrir... Oh! je me rappelle vos paroles, une petite bête... une petite bête de proie... Ah! Raymond, vous vous êtes cruellement trompé sur moi! Je vous avais aimé tout de suite, au contraire, parce que je sortais d'une crise où j'avais été humiliée et blessée et que je vous voyais tout à coup devant moi, souriant et ému, et me témoignantune sympathie subite. Et maintenant, il n'y a pas de femme plus malheureuse et plus triste que moi !
SALVIÈRE
C'est effrayant ce que tu me dis là... Alors, quand tu me paraissais perverse et acharnée contre moi, je me trompais... Oui... oui.., je me trompais ! Tu n'es pas la femme que je croyais, en effet... J'ai été d'une inintelligence et d'une frivolité qui m'épouvantent... et, quoi qu'il in 'arrive, je n'aurai que ce que je
mérite. Je me demandais ce qu'il y avait dans notre liaison, une aventure banale ou un désastre; je suis fixé, je suis fixé... Et, d'ailleurs, tu m'avais prévenu, la première fois... Tu m'avais dit : « Il y a deux femmes en moi. » Et tu avais raison, tu avais une clairvoyance admirable. . . De ces deux femmes l'une était frémissante et pleine de colère sous les coups qu'elle venait de recevoir, ets l'autre était celle que j'ai là sous les yeux, tremblante, blessée et douloureuse.
YVONNE
Ah! Je n'aurai plus jamais de chance... c'est fini, à présent... Quand je pense ace qui m'est déjà arrivé et je n'ai pas vingt-cinq ans ! . . . Mais c'est naturel, c'est j uste en somme. J'ai trop mal commencé ma vie.
SALV1ÈRE
Tais-toi !... tu n'es qu'une enfant... une enfant que je n'abandonnerai pas... Ah! comme j'aurais été fort devant ton indifférence, devant