‹ L'oiseau de proie: drame en cinq actes et six tableauxChapitre 93 sur 118 · SCENE III · texte numérisé non relu

SCENE III

l'exemple que vous m'avez donnés, plus enclin au mal que porté au bien. La vie de Paris m'assomme. Les femmes qu'on aime vous trompent; celles qui vous aiment voudraient être épousées. Le jeu m'amuserait, mes moyens ne me permettent pas de risquer une somme décente. — Si je soupe un soir au cabaret, j'en ai pour tout un mois à dîner ici. — Je n'ai pas de famille, pas d'amis, pas de carrière; je m'expatrie. — Ce soir je serai au Havre, dans trois semaines en Amérique.

SORLIN

Et qu'est-ce que tu vas faire, dans ton Amérique?

LÉON

Ce qu'on y fait : fortune, si je puis.

SORLIN

Tu n'auras pas un centime de moi.

LÉON

Je laisse ma procuration et les papiers concernant l'héritage de ma mère à quelqu'un qui vous poursuivra.

Mais c'est odieux, ce que tu veux faire là : je suis ton père!

LÉON

Oui, et je ne vous en ai, je vous assure, aucune reconnaissance, car, si vous m'avez donné la vie, je n'ai jamais reçu que cela de vous, — et c'est un pauvre cadeau quand il n'est pas accompagné de la manière de s'en servira

SORLIN

Malheureux !

LÉON

Ne recommençons pas une discussion oiseuse. Je vais faire ma valise et je reviendrai vous présenter mes salutations, — parce qu'il faut que je passe par ici pour sortir. (Il sort.)

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