ACTE PREMIER 3l
Brander.
Rien. Cela me faisait penser à Francis, qui veut aller en mer.
Paul.
A-t-il toujours cette idée?
Brander.
Il n'en démord pas. Ah ! vous vous valez bien, entêtés et ingrats! Deux enfants pour lesquels nous avons tant sacrifié, que nous avons élevés avec tant de soins! Mais patience! Un jour je me lasserai peut-être, et alors je retirerai ma main de vous.
Paul.
Voyons, père, ne vous fâchez pas. Cela me ferait beaucoup de peine de vous voir partir mécontent. Causons plutôt avec calme. Que vous importe au fond que j'habite ici ou chez vous? Ici, je peux recevoir mes amis en toute liberté. Je ne pourrais le faire à la maison, bien que ces réunions où l'on discute, où l'on parle du métier, des derniers livres parus, soient tout à fait indispensables à celui qui veut rester dans le mouvement, se maintenir à hauteur des idées du jour. Puis, je suis presque heureux dans
cette chambre. J'y travaille plus facilement qu'ailleurs. [Monti-ant vers les baies.) Ici tout me donne des idées, m'inspire! Et cela ne vient pas tout seul l'inspiration, je suis certain que chez vous elle me ferait défaut. {Avec hésitation.) Enfin, si vous vouliez m'aider, vous intéresser à mon avenir, cela ne m'empêcherait point que je vinsse de temps en temps, même tous les jours, à la maison.
Brander.
Oui, à l'heure du dîner. Vous serez toujours le bienvenu.
Paul.
Et pourquoi pas? Pourquoi ne m'accorder une pension mensuelle, un crédit chez votre tailleur et le reste, qu'à condition que je revienne à la maison ?
Brander {éclatant, d'une voix irritée).
Parce que je ne veux pas vous aider à entretenir votre maîtresse !
Paul.
Ma maîtresse?