‹ L'oiseau mécanique; piece en quatre actesChapitre 9 sur 89 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

votre art, vous me suivrez. La misère est une faiblesse, un obstacle.

Paul.

Ou un stimulant !

Brander.

Ne le croyez pas, enfant! Vains mots! vains mots! La misère il faut la vaincre, commencer parla vaincre et c'est une antagoniste terrible. On y laisse toujours un peu de son âme, de son cœur ou de sa peau quand on se commet avec elle. Un stimulant! Oui a la manière de l'alcool : un stimulant qui tue. Tout ça ce ne sont que des forces perdues !

Paul.

Des forces perdues?

Brander.

Oui perdues toute cette persévérance, toute cette énergie qu'il vous faudra dépenser pour la combattre, et qui vous resteraient intactes pour l'accomplissement de votre tâche, de votre œuvre, si vous m'écoutiez. (Lui mettant les mains sur les épaules.) Allons, Paul, si vous voulez être, devenir un artiste, tant mieu.x !

3o L'OISEAU MÉCANIQUE

Mais ne dites pas que la bohème soit nécessaire, ni même utile. Puis-je annoncer à maman qu'elle doit préparer votre chambre? Ta chambre de gamin, à côté de celle de Francis, du bon petit Francis?

Paul {d'une voix douloureuse).

Non, père, non, je le répète, il est trop tard à présent !

Brander.

Trop tard?

Paul.

Ma vie est engagée. Je ne peux, ni ne veux plus reculer. J'ai quitté le port et vogue le navire.

Brander.

Cruelle drôle de figure employez-vous là. {Songeur.) Il vaudrait peut-être mieux que ce ne fût pis une figure pour vous et que...

Paul.

Que dites-vous ?

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