ACTE PREMIER Sg
mourir au bon moment, gagne du ventre et de la vertu, pendant que son amant s'encanaille.
Paul.
Oh! de l'esprit, c'est ce que je comprends le moins.
Brander.
Ainsi non? Vous ne voulez pas me suivre? Revenir chez nous, reprendre une vie régulière, même si je vous le demandais doucement. Presque en vous suppliant. Paul, à mon âge on a vu trop d'hommes se perdre pour ne pas être averti quelque peu. Il ne s'agit pas de dire : et vogue le navire! Les navires qui voguent au hasard se brisent contre les écueils de l'océan aussi sûrement que deux et deux font quatre. Au hasard! Mais tout le secret de l'existence est là : laisser le moins possible au hasard. Diriger sa barque avec science pour diminuer les chances de cet adversaire sournois contre lequel on joue son destin.
Paul.
C'est un point de vue. Mais la vie vaut-elle tant de calculs?
Brander.
Croire le contraire est un tort et une faiblesse! Mais enfin puisque je suis là, venez. Je serai votre pilote encore.
Paul.
Non, père, c'est impossible, je ne vous suivrai pas, pardonnez-moi.
Brander.
Vous me faites une peine affreuse. Promettezmoi au moins... Mais non, je ne veux rien prédire. Vous ne voulez pas? C'est bien. En tout cas, je considère comme un devoir dem'opposer, par tous les moyens, à cette liaison stupide. Vous viendrez voir votre mère, nous voir quand il vous plaira, mais pour le reste je ne vous aiderai jamais en rien. Adieu!
Paul.
Vous vous en allez furieux, je n'ai jamais été un mauvais fils.
Brander.
Je m'en vais désespéré, adieu. {Déjà sur le seuil.) C'est une gatîe ! Une abominable gaffe!