‹ L'oiseau mécanique; piece en quatre actesChapitre 6 sur 89 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

Paul.

Mais c'est une habitation agréable. J'ai les avantages de la ville et les agréments de la campagne en même temps, de l'air pur et puis une vue magnifique {Montrant les baies.) On a un coup d'oeil sur tout le port! Du balcon, l'on voit vers le nord jusqu'au coude de Saint- Philippe. Par là, ce sont les nouveaux quais, les chantiers d'Hoboken, et la tour trapue de Burght.

Brander.

Vous devez rôtir en été, geler en hiver et avoir du tangage quand il y a du vent.

Paul.

On s'y habitue! {S' approchant du balcon.) Regardez, comme c'est admirable. Là-bas, toute la Tête de Flandre, avec ses prairies vertes et désencombrées, son fort vieilli et peu redoutable, baignant ses bastions dans l'eau immobile des fossés où se mirent les grands arbres des glacis. C'est derrière lui que tous les soirs le soleil se couche, et tous les soirs cette fin du jour est d'une beauté nouvelle.

Brander.

Oui, mais...

Paul.

J'ai encore une mansarde qui donne sur la ville même. De là, on peut contempler les toits, la bousculade des toits ! Ourlés de gouttières humides, hérissés de cheminées noires et fumantes, le tout dominé, écrasé par la tour de Notre-Dame qui, elle aussi, change d'aspect chaque jour. S'élevant, légère, élancée, baignée de lumière et comme bâtie de marbre blanc, quand le ciel est pur; se dressant âpre et grise comme un pan de falaise, lorsqu'il est lourd des nuées inquiètes qui annoncent la tempête..,

Brander.

J'ignorais que vous aimiez à ce point de voir les choses d'en haut. Il eût fallu me le dire, j'aurais fait construire pour vous, au-dessus de notre maison, un pigeonnier semblable à celui-ci.

Paul.

Un pigeonnier! L'ancien atelier du fameux paysagiste Vervin.

Brander.

Vous n'êtes pas devenu artiste peintre, je suppose?

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