ACTE TROISIÈME
peuvent rien. Mon père à vu la jeune tille dans son lit ; elle était blanche et maigre et se consumait comme un cierge. Il a vu un sorcier aussi qui voulait la guérir, mais des gendarmes sont venus pour l'arrêter.
Paul.
C'est toujours le père où le grand-père qui ont vu ou assisté à des événements semblables, jamais celui qui raconte même. Vous n'avez jamais vu ni sorcier, ni sorcière, ni miracle, ni fantôme, Madame Wilders?
{Eîi ce moment, un des dessins attachés an mur, se détache et tombe.)
Mme Wilders.
Ce sont des nouvelles. Que disiez-vous? Un fantôme, appelez-vous un fantôme l'esprit d'un trépassé?
Paul.
Oui, un spectre, un revenant.
{On entend plusieurs sifflements brefs de sirèîie, qui résoîinent comme les appels d'un navire en détresse.)
Mme Wilders {d'une voix étouffée).
J'ai été visitée par l'àme de mon mari, le jour qu'il s'est noyé là-bas.
L'âme de... comment?
Oui, je l'attendais. Il devait rentrer de la Hollande. Je l'attendais sans impatience, car on ne sait jamais à quelle heure ils rentrent. Cela dépend du courant et surtout du vent. Le vent était encore plus mauvais qu'aujourd'hui, ce soir-là. C'était comme si une bande de fous ou de démons nichaient sur les toits. J'étais un peu inquiète. Je pensais au bateau qui était bien vieux, puis nous étions dans notre mauvais mois. Vous savez ce mauvais mois, qui revient presque pour tout le monde et tous les ans avec une nouvelle tristesse ou un nouveau malheur. Vers onze heures, je me mis à trembler, je ne sais pas pourquoi. J'allais me rassurer, lorsqu'on frappa trois coups à la porte. Vous n'allez pas me croire et cependant c'est la vérité. On frappa trois coups, ainsi : {Elle frappe trois petits coups sur la table.) Je fus saisie d'un grand effroi d'abord, puis je criai : (( Qui est là? Est-ce toi, Jean? n Un grand soupir me répondit et j'entendis quelqu'un s'éloigner lentement comme en marchant sur la pointe des pieds. Quand j'ouvris la porte après je ne vis plus rien. Tout était fermé et