‹ L'oiseau mécanique; piece en quatre actesChapitre 73 sur 89 · ACTE QUATRIÈME l6l · texte numérisé non relu

ACTE QUATRIÈME l6l

Paul.

Te voilà guéri.

ViNCK.

Un peu remis, mais le mal est incrusté dans ma chair jusqu'aux os. Je suis un type fichu.

Paul.

Ça se remettra doucement.

ViNCK.

Non. Tous les hivers ça me reprendra. Si je restais ici je deviendrais un client régulier des hôpitaux; mais je quitte la ville.

Paul.

Comment, tu comptes partir?

ViNCK.

J'ai encore quelque part au fond de la Campine une sœur pas trop pauvre, une fermière, chez qui je vais me retirer en attendant le mauvais quart d'heure. Cela vaut mieux que de finir bêtement dans le lit de ceux que la fosse commune attend.

Paul.

Tu exagères sans doute? Voici le printemps. Il te rendra la gaîté et le courage; bientôt la vie te paraîtra de nouveau belle.

ViNCK.

La vie! Elle ne m'a jamais parue aussi belle. Il me semble même que je ne l'ai jamais comprise auparavant et que c'est maintenant seulement qu'elle se révèle à moi... (// se lève et se place près d'une des baies.) Hier c'était l'hiver encore mais cette nuit, peut-être à l'aube, un frisson nouveau a passé. Le soleil est devenu plus tiède, le ciel plus bleu. Malgré la boue qui noircit encore les chemins, une odeur de violettes flotte partout tenace et pénétrante. Regarde notre vieux fleuve, ses flots depuis de longs mois gris et mornes, s'écoulent plus transparents, portant au loin les paillettes de la lumière, frôlés par le vol des mouettes qui passent en poussant des cris aigus. La vie... ! Voir, ne fût-ce qu'une fois, la retraite des étoiles à l'heure où sonne l'oiseau du matin. Ressentir, ne fût-ce qu'à peine, les joies d'aimer, de créer et de chanter ! Tout cela suffirait à racheter bien des souffrances?

Paul.

Francis aussi aimait la vie et la trouvait belle.

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