‹ L'oiseau mécanique; piece en quatre actesChapitre 79 sur 89 · ACTE QUATRIÈME lyS · texte numérisé non relu

ACTE QUATRIÈME lyS

Tu sais bien qu'il voulait s'embarquer malgré tout et que si même il eût été retenu cette fois, il serait parti plus tard.

Paul.

Plus tard ! Mais cela n'aurait-il point suffi pour le sauver peut-être? Oh! personne ne m'accuse. Père est même très doux avec moi quand je viens à la maison; mais je sens bien qu'il y pense sans cesse et que dans son silence même gît un reproche.

Pierre.

Tu ne fus qu'un instrument de la fatalité. Il faut secouer de semblables pensées. Sais tu que je suis étonné de te retrouver si triste, toi si courageux autrefois. Certes ce fut un affreux malheur que cette perte de l'/care, mais il ne faut pas ainsi t'empoisonner l'existence d'inutiles regrets. Aux maux irréparables il ne reste que la résignation.

Paul.

C'est que d'autres malheurs me menacent encore. Puis je n'ai plus cette confiance qui m'aidait à vivre. Il fut un temps où je croyais qu'il suffisait d'avoir reçu quelques dons de la nature pour réussir. Qu'il suffisait de se sentir

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un appelé pour devenir un élu ensuite. Je croyais que certains hommes (je me comptais parmi eux) avaient la Providence pour eux et qu'ils parvenaient à franchir tous les obstacles, comme ces plantes qui naissent dans le lit des rivières profondes et dont les fleurs parviennent toujours à s'épanouir sur la surface de l'eau sous les baisers d'or du soleil et les caresses tièdes de l'air. Mais à présent je sens bien qu'il n'en est point ainsi. La nature est prodigue et sans pitié. C'est une semeuse trop riche qui gaspille des milliers de graines pour récolter un épi; qui laisse mourir des milliers de larves avant de produire le papillon aux ailes éclatantes qui périra après avoir conçu. Autrefois j'avais foi en l'avenir, à présent je doute et il me semble quelquefois que j'ai lutté en vain !

(Vinck, Jack et Rosette re7itrent.)

Pierre.

Que veux-tu, quand on est jeune on s'emballe toujours trop, on est un peu présomptueux. Moi aussi en ce temps-là je me croyais une manière de Dante.

Paul.

Oui, mais toi tu n'as rien sacrifié à tes illusions. Au contraire, tes tentatives de poésie

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