ACTE PREMIER
pousser dans les affaires, vous établir; j'ai réfléchi depuis et j'y ai renoncé.
Paul.
Vous avez bien fait, père. Je n'ai aucun goût pour cet avenir, nous nous sommes assez expliqués là-dessus. Je veux devenir un écrivain et rien d'autre.
Brander,
Bien! Puisque je vous dis que j'ai renoncé à mes projets. Vous espérez donc toujours devenir un homme de talent?
Paul.
Certes je le veux ! Je sacrifie tout à cet espoir. Ma jeunesse, le bien-être relatif que me procurerait une vie ordinaire.
Brander.
Ce dernier sacrifice est de trop. J'ai réfléchi. Si vous croyez que ce soit là votre destin, c'est bien! Je ne veux plus rien empêcher. Mais pour faire de l'art, de la littérature, est-il nécessaire que vous habitiez un taudis comme ccUii-ci :" Que vous traîniez dans les rues mal vêtu, peutêtre mal nourri? Il faut rentrer chez moi, vous
y aurez tout ce qu'il faut : un cabinet de travail, une bonne table et même de l'argent de poche au besoin.
Vous venez me dire cela après de longs mois de lutte et de misère, à présent que j'ai su me créer une situation, me l'aire une petite place dans l'existence ?
Brander.
Vous n'appelez pas une situation les quelques leçons que vous donnez au cachet à des cancres ?
Paul.
Elle me suffit.
Brander.
Vous ne gagnez pas de quoi vivre?
Paul.
Oh! à peu près, loo francs par mois.
Brander.
Mais je vous les donnerai pour vos menus plaisirs ! D'ailleurs si vous aimez vraiment