MIES
J’ai toujours, méme enfant, partagé la £& pulsion qu’inspirent 4 la plipart des esprit francais les imaginations de lutins et de farfa dets, si chéres aux bonnes Ames germaniques:
Nos gros pieds restent de gros pieds ét voul aurez beau les rétrécir, ce ne sera que pour le: rendre capables d’accrocher des choses plu:
délicates. Notre grosse viande n’a rien & faire dans le monde du rayon et de la goutte. Li nature a bien d’autres inventions pour l’ex ploration de l’impalpable, savante 4 touche?
comme le sont les aveugles. J’ouvre mi fenétre sur la forét et la lumiére de ma lampe attire les mies de l’ombre. Ce sont des flocon: de fumée organisée, des riens vivants faits d’haleine et de brouillard, des pétales de peni
-sée. Ailes moins qu’une palpitation de |’esprit, séparées de |’évanouissement par le seul duvet, et moins ailes encore que 1l'infime souffle qu'elle produit. Quelle araignée déja a tendu pour les attraper un invisible rets ? A cété de ces messagers de la nuit comme un ange en mille morceaux dont la livrée souvent porte le signe mystérieux d’un ceil, les imperceptibles ouvriers, comme des serruriers apportant leur trousse d’outils, palpes, forets, tariéres, petites — clefs pergantes, cheveux qui sont des organes et des instruments, nos délégués vers le microscopique, — tacts. Plus petit encore, des paillettes d’argent, des poussiéres d’or, des traits de phosphore, des rapures d’atomes, qui sous le jet d’un feu latéral ne se révélent que pour nous faire sentir l’infinie divisibilité — du temps, points qui voient, piqires sur notre Ame. Aussi les coléoptéres noirs et durs comme des boulettes de nuit comprimée; comme une poignée de sable brutalement qu’on vous jette. Et quand j’éteins la lampé en méme temps cette aile supréme sur ma bouche comme le baiser d’un mort.
Chuzenji, aoat 1926.