‹ L'ombre ardente: poésiesChapitre 16 sur 82 · VISIONNAIRE · texte numérisé non relu

VISIONNAIRE

C'était au fond d'ua rêve obsédant de regrets. J'errais seul au milieu d'un pays insalubre.

Disque énorme, une lune éclatante et lugubre Émergeait à demi des herbes d'un marais.

Et j'arrivais ainsi dans un bois de cyprès, Où des coups de maillet attristaient le silence : Et l'air était avare et plein de violence, Comme autour d'un billot dont on fait les apprêts.

Un bruit humide et mat de chair et d'os qu'on froisse, Des propos qu'on étouffe, et puis dans l'air muet Un rAle exténué, qui défaille et se tait, Y faisaient l'heure atroce et suante d'angoisse!

Une affre d'agonie autour de moi tombait, .l'avançai hardiment entré les herbes sèches, Et je vis une fosse et, les pieds sur leurs bêches, Deux aides de bourreau, qui dressaient un gibet.

^Pl^

Lès deux bras de la croix étaient encore à terre ; 'Des ronces la cachaient : devant elle à genoux Trois hommes, trois bandits a visage de loups -Achevaient d'y clouer un être de mystère,

Un être enseveli sous de longs cheveux roux Tout grumelés de pourpre, et dont les cuisses nues, Entre cet or humide et vivant apparues, Brillaient d*un pâle éclat d* étoile triste et doux.

Au-dessus des cyprès la lune énorme et rouge Éclaira tout à coup la face des bourreaux Et le Crucifié, dont les blancs pectoraux Devinrent les seins droits et pourprés d'une gouge!

Et, les paumes des mains saignantes, et deux trous J)ans la chair des pkds nus se crispant d'épouvante, Je vis qu'ils torturaient une A' ierge vivante, X^ontre la croix pâmée avec des grands yeux fous. .

lies hommes, l'œil sournois allumé de luxures Devant ce corps de femme à la blôme splendeur, Dont l'atroce agpnie aiguisait l'impudeur.

Prolongeaient savamment la lenteur des torlures.

L OMBHE ARDENTE

Et daD8 ces bourreaux, sûrs de Timpunité, RafQnant la souffrauce et creusant le supplice. Je reconnus la Peur, la Force et la Justice, Torturant à jamais la blême Humanité.

L OMBRE AKDENTE

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