‹ L'ombre ardente: poésiesChapitre 61 sur 82 · LES HEROÏNES · texte numérisé non relu

LES HEROÏNES

Lys de splendeurs et de mensonges, Eclos au seuil des vieux palais,.

Au son des harpes, dans les songes l)es mystiques chanteurs de lais,

Des .femmes, reines enivrantes, Princesses aux yeux ingénus, A réclat des tresses errantes Mêlant Téclat de leurs seins nus,

Les Héroïnes, fleurs divines, Au bruit savant des rythmes d'or, Sous la pourpre et les perles fines Consentent à renaître encor.

Moulant dans d'étroites simarres A fantasques et lourds dessins Leurs bras surchargés d'anneaux rares £t la souplesse de leurs seins,

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L OMBRE ARDEXTE

Dans l'ombre des Brocéliande Pleine d'embûches et d'efîrois, Leur troupe magique enguirlande Les preux et leurs blancs palefrois.

Leurs yeux troublants d'aigue-marine Ont le languide attrait des flots.

Les lys en feu de leur poitrine Sèment la guerre et les sanglots.

Leur lèvre est rouge et leurs fronls pâles; Et, sous le hennin couleur ciel, Leurs cheveux roux, semés d'opales, Bondissent en flots d'hydromel.

Les Héroïnes sont farouches.

Il faut des meurtres et des morts Pour atteindre au miel de leurs bouches.

Leurs lents baisers sont des remords.

Les batailles, les épopées, Les trahisons, les vains serments, Mieux qu'au clair fracas des épées, .

Revivent dans leurs noms charmants.

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Mélusine, Vseulie, Genèvre^ Triste comme un appel de cor, Leur nom baise et meurtrit la lèvre...

Qui Ta dit le redit encor;

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Et, s'animant daus l'ombre noire, Où leur cœur est enseveli, Les Héroïnes, dans leur gloire, Jaillissent du féroce oubli.

La tunique entr*ouverte aux hanches.

L'or des cheveux en fusion, .

Les sveltes reines aux mains blanches Surgissent, lente vision.

La clarté du songe les haigne, Allumant en humide éclair - Les perles rondes de leur peigne Et les tons nacfés de leur chair;

Et, dans les feuilles trilobées Ues chardons bleus et des lys d'or, Des reines au temps dérobées Le clair essaim triomphe encor.

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L OMBBE ARDENTE

ENILDE

Sous la fine archivolte en granit rose assise L'humble Enilde, Enilda dont le père est Yniol, File au rouet la laine ; k ses pieds un grand vol De clématite en fleur s'eileuille dans la brise.

Enilde songe à Tàtre empli de cendre grise, A sa tunique i trous qui se déchire au col» «Aux fleurs qui vont bientôt, mortes, joncher le sol Avare, aux jours plus courts, à sa mère indécise.

Enilde songe au lin trempant dans le lavoir.

Au troupeau dans Tétable et soupire sans voir Qu'entr'ouvrant doucement le volefqui Tabrite,

Un prince, un fils de rois a fait halte au manoir ; Et dans Tombre à ses pieds, tel un fragile espoir. Blanche étoile au cœur d'or, s'ouvre une marguerite.

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