LA NYMPHE
Frolant le vert cytise et ses branches fleuries,
— Celle-la que la Fable evoque avec amour Sous le ciel de l'Hellade etalant ses feeries, — Elle marche au sentier plus belle que le jour.
Deesse des forets, naiade des fontaines,
Dans l’or du frais matin, sa forme, eperdument, Reporte ma memoire aux princesses lointaines Qui melaient du mystere a leur enchantement.
Elle garde en ses yeux le secret des magies Qui font bondir les coeurs et les rendent jaloux: Et possedant les dons sacres des epigies,
Elle incline la terre heureuse a ses genoux.
Entre ses doigts divins toute rose palpite ;
Sa presence a rendu leur voix aux clairs ruisseaux ; Et toute brise a son appel se precipite,
Ajoutant ses parfums aux chansons des oiseaux.
II semble qu’il faudra que tout mortel renaisse De la source oil s’emeut la nymphe en s’y plongeant, Car on y voit surgir l’eternelle jeunesse Qui prodigue sa force au breuvage d’argent.
Et voici que, d’un pas certain, je me dirige Vers la source de vie ou la nymphe aux doux yeux, Comme une vision dont j’eprouve un vertige,
S’ebat en m’evoquant un songe merveilleux.
Puis, tout ensoleille, le matin, tantot ivre Du rustique decor, de lumiere et de bruit,
Se croyant immortel, veut encore survivre Au jour qui reconquiert son empire sur lui.