‹ L'ombre dans le miroir: poèmesChapitre 32 sur 73 · VENI, VIDI · texte numérisé non relu

VENI, VIDI

Ce soir, pelerin que la route A lasse, je m’arrete en silence, et j’ecoute.

Toutes les voix du monde envahissent ces lieux :

Les siecles un a un passent devant mes yeux ;

Et comme aux jours passes, le Present, spectre etrange, M’offre un tableau que rien n’altere ni ne change. Toujours l’humanite prise d’enervement,

Accuse le malaise inquiet du moment.

Qui voudrait recreer l’univers a son reve,

S’attarde a denombrer les sables de la greve.

Le monde est ce qu’il fut et ce qu’il restera :

Sphinx aux yeux convulsifs en qui s’incarnera Le vieux probleme obscur renfermant dans ses normes Les tares, les instincts, les vains dSsirs, les formes,

Les haines, le amours, tous les espoirs, les deuils,

La meme ambition et les memes orgueils.

Spectacle lamentable a chaque heure visible : Sisyphe se reprend a tenter l’impossible.

(Edipe, Timmortel, retrouve son pouvoir Et heurte avec fracas aux portes du Savoir. L’Hlusion tenaille encor la chair vivante Apres avoir rempli les ames d’epouvante. Aphrodite apparue au coin des carrefours,

Plus perfide, renait en ses brillants atours.

Atlas se reincarne en nos esprits modernes.

Par sa force hante, Savant, tu te prosternes,

Les yeux pourtant femes par un epais bandeau, Pour lever l’univers comme un leger fardeau. L’Atlantide a garde ses formes grandioses,

Et croyant en l’Eden oh renaissent les choses Que le Sort n'atteint pas de son glaive mortel, Dans les ages presents l’homme nous parait tel Qu’aux siecles oh cherchant d’illustres renommees, II s’en allait franchir des routes innommSes.

Enclin a s’eblouir du vain echo qui ment,

Tout reve est un pretexte a son enchantement. II abdique parfois la Raison qui l’entraine, Pour se livrer au jeu trompeur d’un phenomene, Et devient le Protee au regard incertain,

Si changeant qu’il parait dejouer le Destin.

Et lorsque je regarde au fond de sa prunelle Oh tremble un pur rayon de la vie eternelle, Comme au passe, j’y vois son desespoir amer. Et toujours emporte sur les flots de la mer, Le rivage entrevu dans un songe 1’obsSde,

Car un astre le guide et la-bas le precede Qui lui montre la proie impossible h saisir,

Et, malgre lui, l’astreint au vouloir du Desir.

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