‹ L'ombre dans le miroir: poèmesChapitre 33 sur 73 · LOUIS MERCIER · texte numérisé non relu

LOUIS MERCIER

A regarder de pres le siecle qui se leve,

Dont l'aube s'assombrit et s’empourpre de sang ; A voir l’homme reprendre insolerament le glaive Qu’il brandit sur un monde, helas! agonisant ;

A le voir defier le Temps inexorable

Qui ne lui laisse prendre aucun jour de repos ;

A le voir couronner son orgueil formidable Du laurier qui convient aux plus nobles heros ;

L'OMBRE DAXS LE MIBOIR

A le voir s'avancer sur la cendre fumante,

Et franehir d'un pas sur les rivages mouvants, N’est-on pas effraye de sa course demente,

Et n'est-on pas surpris de ses mots decevants ?

Les disillusions ni la lutte infeconde,

Ni les amours, ni les projets qui l’ont decu Et dressent sous ses pas les embucbes du monde, Ayant blesse son cceur, ne l'auront pas vaincu.

Epris de durs exploits, mais comble d’amertume, Ne s’est-il pas soumis au plus apre destin ?

En efforts superflus sa force se consume :

II apporte a souffrir un front toujours hautain.

Sans cesse pres de lui, les Desirs en supplices Chaque fois plus nouveaux et toujours raf fines, De ses deceptions deviennent les complices,

Et se sont, a le suivre, a jamais condamnes.

Ainsi, ces Tentateurs ont entraine les races Pareilles aux fetus de paille au gre des vents ;

Et plus nombreux, et plus pervers, et plus voraces, Tourmenteront jusqu’a la tombe les vivants.

Mais leurs forces enfin se seront epuisees . . . A cet instant ou l’homme, une derniere fois, Seul devant l’inconnu, seul avec ses pensees, Se rememorera son passe dont les voix

Clameront une ultime et dechirante plainte,

Les Desirs un a un seront precipites

Dans l’ombre ob, sans laisser leur fatidique empreinte,

Le silence et l’oubli les auront emportes.

Et l’homme promenant autour un ceil farouche, Consteme de leur mort, furieux et dement, Fremira tout entier d’entendre de sa bouche Sortir, morne regret, un long gemissement.

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